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Athéna règne partout où les hommes produisent…

« Homère nomme Athé­na πολύμητις [polúmē­tis], la conseillère aux mul­tiples res­sources. Que signi­fie don­ner conseil ? Cela veut dire : pré­mé­di­ter quelque chose, y pour­voir d’avance et par là faire qu’elle réus­sisse. De ce fait Athé­na règne par­tout où les hommes pro­duisent quelque chose, mettent au jour quelque chose, la mènent à bonne fin, mettent en œuvre, agissent et font. »

Mar­tin Heidegger
« La pro­ve­nance de l’art et la des­ti­na­tion de la pen­sée », confé­rence à l’Académie des sciences et des arts d‘Athènes, 4 avril 1967, trad. Jean-huis Chré­tien et Michèle Rei­fen­rath. Mar­tin Hei­deg­ger, Cahiers de L’Herne n° 45, Édi­tions de l’Herne, 1983

Il existe au total un fond de pensées helléniques très diversifié…

« Il existe au total un fond de pen­sées hel­lé­niques très diver­si­fié, qui fut dans toute l’Europe, et vingt-sept siècles durant, l’inspirateur de longs débats entre écoles. Plus que les que­relles de doc­trines qui agitent les com­men­ta­teurs, on peut en rete­nir deux leçons déci­sives. Elles sont, aujourd’hui encore, très éclai­rantes dans l’examen des erreurs qui par­sèment les his­toires res­pec­tives des nations euro­péennes.
La pre­mière leçon hérite de l’Iliade, pré­ci­sé­ment de ce pas­sage dans lequel le maître de l’Olympe, en pleine bataille confuse, sai­sit un détail déci­sif : un archer vise le com­bat­tant Hec­tor. Homère note : Cela n’échappa pas (ou lèthé) à la saga­ci­té pru­dente de Zeus”, lequel dévia la flèche. Il y a là une forme ver­bale (ou lèthé) de ce qui, chez les phi­lo­sophes, dési­gne­ra sous une forme nomi­nale la véri­té (alè­théïa). La véri­té, ici, n’est pas un conte­nu doc­tri­nal des­cen­du de cieux incon­nais­sables, mais l’expression d’une sub­ti­li­té d’observation dont le sage sait tirer les bonnes conclu­sions. Toutes les écoles phi­lo­so­phiques antiques s’accordèrent sur ce point : la véri­té est d’abord ce qui, à l’expérience ou à la réflexion, n’échappe pas à un exa­men sub­til et sagace, évi­dem­ment condi­tion­né par les cir­cons­tances du moment. Pen­ser, c’est s’adapter.
Un second point d’accord unit les dif­fé­rentes écoles : l’hubris, la déme­sure, l’excès, est pour elles une faute car­di­nale met­tant en dan­ger non seule­ment ceux qui frayent avec elle, mais aus­si ceux qui les écoutent ou les imitent et, à terme, la Cité elle-même. Toute action, en d’autres termes, doit s’accorder à ses fins par­ti­cu­lières, qui sont pré­cieuses mais limi­tées ; et les actions des uns et des autres n’ont qu’une seule fin géné­rale : la pro­tec­tion et l’accroissement de l’oïkos, de ce bien com­mun suprême qu’est la Cité, mal­heu­reu­se­ment absente des sou­cis euro­péens modernes. »

Jean-Fran­çois Gautier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

La nature n’est pas seulement sentiment d’appartenance ou motif d’exaltation…

« La nature n’est pas seule­ment sen­ti­ment d’appartenance ou motif d’exaltation.
Elle est le siège de puis­sances, béné­fiques ou malé­fiques, qu’il convient avant toute chose de se conci­lier. Ce fut le rôle de l’animisme et de ses légions d’initiés arpen­tant l’espace euro­péen pen­dant trente, cin­quante, cent mille ans. Les sor­ciers peints dans les grottes, à l’origine peut-être des figures d’Odhinn-Wotan (Odhinn qui reçut les runes sus­pen­du à un arbre et la sagesse en buvant à une source, Odhinn et sa Chasse sau­vage !) et plus tard de Mer­lin-Myrd­din, étaient entiè­re­ment liés à la nature qu’ils inter­ro­geaient, uti­li­saient et conjuraient. »

Éric Gro­lier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Être de son lieu, ce n’est pas donné à tout le monde…

« Elle est une com­pli­ci­té totale entre l’homme et son envi­ron­ne­ment, une inti­mi­té constante entre l’individu qui vit dans un lieu don­né, et toutes les com­po­santes de ce lieu. C’est la vieille his­toire du pois­son dans l’eau. L’homme de la terre en arrive à connaître si bien son milieu natu­rel qu’il évite autant que pos­sible de se trou­ver en conflit avec lui, qu’il en connaît tout ce que cet envi­ron­ne­ment com­porte de leçons pour toutes les époques et toutes les cir­cons­tances de la vie. […] Il est facile d’être de son temps. La belle affaire ! N’importe quel imbé­cile peut être de son temps ! Il suf­fit de suivre tout le monde et de bêler avec le troupeau.
Mais être de son lieu, ce n’est pas don­né à tout le monde. Être de son lieu, c’est jus­te­ment éta­blir entre l’endroit où l’on vit, où l’on a ses occu­pa­tions, où l’on mène son exis­tence tout entière, entre l’endroit où l’on vit, donc, et soi-même, cette espèce d’entente qui fait qu’on finit par appro­cher de ce qu’on appelle la sagesse. »

Pierre-Jakez Hélias
La sagesse de la terre (avec Jean Mar­kale), Petite Biblio­thèque Payot, 1978

Marcher régulièrement dans la nature, s’immerger dans la splendeur…

« Dans sa sagesse d’homme éter­nel­le­ment libre, Domi­nique Ven­ner pro­po­sait quelques pistes aux modernes pour se retrou­ver : mar­cher régu­liè­re­ment dans la nature, s’immerger dans la splen­deur, les par­fums, les cou­leurs, renouer avec la beau­té et la poé­sie – pre­mières rup­tures fon­da­men­tales avec le monde moderne, pre­mières condi­tions au réen­chan­te­ment du monde ; se reti­rer dans la forêt-sanc­tuaire, le calme, le silence, et faire la paix avec soi-même ; péré­gri­ner libre­ment, dans l’effort, la cama­ra­de­rie et le sen­ti­ment de liber­té ; s’inscrire dans la tra­di­tion de rites ryth­mant l’année et célé­brant les cycles natu­rels. Ces démarches sont plus que jamais néces­saires et d’actualité si nous vou­lons tra­ver­ser le siècle sans clore défi­ni­ti­ve­ment le cha­pitre euro­péen de l’histoire du monde. »

Éric Gro­lier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Je redoute l’indifférenciation nihiliste…

« Je crois à la grande sagesse et à la pro­fonde intel­li­gence de l’existence de pôles mas­cu­lins et fémi­nins, et je redoute l’indifférenciation nihi­liste à laquelle se livrent les post­fé­mi­nistes qui, par res­sen­ti­ment, cherchent désor­mais moins à s’occuper des femmes et à pro­mou­voir le fémi­nin qu’à haïr les hommes et vou­loir liqué­fier les genres. Je veux croire qu’il est tou­jours beau, bon et heu­reux qu’il y ait des hommes et qu’il y ait des femmes, pour le bon­heur des deux d’ailleurs. »

Julien Roche­dy
Entre­tien à Valeurs Actuelles, 19 décembre 2019

Les Dieux et les hommes sont liés entre eux par une communauté…

« Le ciel et la terre, les Dieux et les hommes sont liés entre eux par une com­mu­nau­té, faite d’ami­tié et de bon arran­ge­ment, de sagesse et d’esprit de jus­tice, et c’est la rai­son pour laquelle à cet uni­vers est don­né le nom de cos­mos, d’arrangement, et non celui de déran­ge­ment non plus que de dérèglement. »

Pla­ton
Gor­gias, 507d-508a, IVe siècle av. notre ère. Cité par Éric Gro­lier dans Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

La pertinence est la règle de base de l’apprentissage…

« La per­ti­nence (per­ti­nere : « appar­te­nir à », « être dans le sujet ») est la règle de base de l’apprentissage du savoir. Il est indis­pen­sable d’être d’abord per­ti­nent dans toutes les matières abor­dées. Mais lorsque la crise déborde et frappe d’inanité ces modestes sapiences – modestes par leur faible enver­gure et pro­fon­deur, mais ter­ri­ble­ment immo­destes par leur volon­té d’hégémonie – le recours à l’impertinence est une sagesse rebelle qui ouvri­ra de nou­velles pers­pec­tives, lève­ra les grilles de nos pri­sons idéo­lo­giques. »

Jacques Mar­laud
Inter­pel­la­tions – Ques­tion­ne­ments méta­po­li­tiques, édi­tions Dual­pha, 2004

Nous avons perdu notre âme parce que nous…

« Nous avons per­du notre âme parce que nous avons per­du le sens des valeurs com­munes qui for­maient l’antique sagesse” de nos peuples. Il nous faut faire revivre l’âme des Hyper­bo­réens et redé­fi­nir” Dieu. Car le sacré ne se trouve pas hors de nous, mais en nous. Car Dieu n’est pas du Ciel, mais de la Terre. Car il ne nous attend pas après la mort, mais nous offre la créa­tion de la vie. Dieu n’est pas sur­na­tu­rel et il n’est pas trans­cen­dant. Il est au contraire la Nature et la Vie. Il est dans le soleil et dans les étoiles, dans le jour et dans la nuit, dans les arbres et dans les flots. Dieu naît avec les fleurs et meurt avec les feuilles. Dieu res­pire avec le vent et nous parle dans le silence de la nuit. Il est l’aurore et le cré­pus­cule. Et la brume. Et l’orage.
Dieu s’incarne dans la Nature. La Nature s’épanouit sur la Terre. La terre se per­pé­tue dans le Sang.
Nous savons, depuis Héra­clite, que la vie est un com­bat et que la paix n’est que la mort. Notre reli­gion se veut d’abord culte des héros, des guer­riers et des ath­lètes. Nous célé­brons, depuis les Grecs, les hommes dif­fé­rents et inégaux. Notre monde est celui du com­bat et du choix, non celui de l’égalité. L’univers n’est pas une fin mais un ordre. La nature diver­si­fie, sépare, hié­rar­chise. L’individu, libre et volon­taire devient le centre du monde. Sa plus grande ver­tu reste l’orgueil – péché suprême pour la reli­gion étran­gère. Dans notre concep­tion tra­gique de la vie, la lutte devient la loi suprême. Est un homme véri­table celui qui s’attaque à des entre­prises déme­su­rées. Une même ligne de crêtes unit Pro­mé­thée à Siegfried. »

Jean Mabire
Thu­lé : le soleil retrou­vé des Hyper­bo­réens, édi­tions Robert Laf­font, 1978, édi­tions Par­dès, 2002

La tradition est un choix, un murmure…

« La tra­di­tion est un choix, un mur­mure des temps anciens et du futur. Elle me dit qui je suis.
Elle me dit que je suis de quelque part.
Je suis du pays de l’arbre et de la forêt, du chêne et du san­glier, de la vigne et des toits pen­tus, des chan­sons de geste et des contes de fées, du sol­stice d’hiver et de la Saint-Jean d’été, des enfants blonds et des regards clairs, de l’action opi­niâtre et des rêves fous, des conquêtes et de la sagesse. Je suis du pays où l’on fait ce que l’on doit parce qu’on se doit d’abord à soi-même.
Voi­là pour­quoi je suis un cœur rebelle. Rebelle par fidélité. »

Domi­nique Venner
Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

Celui qui aime la gloire met son propre bonheur…

« Celui qui aime la gloire met son propre bon­heur dans les émo­tions d’un autre. Celui qui aime le plai­sir met son bon­heur dans ses propres pen­chants. Mais l’homme sage le place dans sa propre conduite. »

Marc Aurèle
Pen­sées pour moi-même, VI, 51, vers 170 – 180, trad. Mario Meu­nier, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 1964

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