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Citations sur la communauté

Le plus pénible du monde moderne…

« Le témoi­gnage le plus impor­tant et le plus pénible du monde moderne, celui qui ras­semble peut-être tous les autres témoi­gnages que cette époque se trouve char­gée d’assumer […] est le témoi­gnage de la dis­so­lu­tion, de la dis­lo­ca­tion ou de la confla­gra­tion de la com­mu­nau­té. »

Jean-Luc Nan­cy
La com­mu­nau­té dés­œu­vrée, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2004

Le plus insupportable dans une société de masse…

« Ce qui est le plus insup­por­table dans une socié­té de masse, ce n’est pas (ou du moins pas essen­tiel­le­ment) le nombre de gens qui la com­posent, mais le fait que l’espace entre eux a per­du sa capa­ci­té de les réunir, de les relier les uns aux autres et en même temps de les dis­tin­guer. »

Han­nah Arendt
Condi­tion de l’homme moderne (The Human Condi­tion), 1958, trad. Georges Fra­dier, édi­tions Cal­mann-Lévy, 2018

S’il faut une opposition pour défendre et sauver la personne…

« S’il faut une oppo­si­tion pour défendre et sau­ver la per­sonne, nous sommes de cette oppo­si­tion. Mais nous refu­sons, en com­bat­tant pour la per­sonne, de com­battre pour cette réa­li­té agres­sive et avare qui se retranche der­rière elle. Une per­sonne, ce n’est pas un fais­ceau de reven­di­ca­tions tour­nées vers le dedans à l’intérieur d’une fron­tière arbi­traire, et je ne sais quel désir d’affirmation. C’est un style réduc­teur des influences, mais lar­ge­ment ouvert à elles, une puis­sance orien­tée d’attente et d’accueil. C’est une force ner­veuse de créa­tion et de maî­trise, mais au sein d’une com­mu­nion humaine où toute créa­tion est un rayon­ne­ment, toute maî­trise un ser­vice. C’est une liber­té d’initiative, c’est-à-dire un foyer de com­men­ce­ments, une pre­mière pente vers le monde, une pro­messe d’amitiés mul­tiples, une offre de soi. On ne se trouve qu’en se per­dant ; on ne pos­sède que ce qu’on aime. Allons plus loin, jusqu’au bout de la véri­té qui nous sau­ve­ra : on ne pos­sède que ce qu’on donne. Ni reven­di­ca­tion, ni démis­sion : nous refu­sons le mal de l’Orient et le mal de l’Occi­dent. Mais un mou­ve­ment croi­sé d’intériorisation et de don […]. »

Emma­nuel Mounier
« Pour une réha­bi­li­ta­tion de la com­mu­nau­té », in Kri­sis n°16, juin 1994

Puis-je dire je de cet individu abstrait…

« Puis-je dire je de cet indi­vi­du abs­trait, bon sau­vage et pro­me­neur soli­taire, sans pas­sé, sans ave­nir, sans attaches, sans chair, sur qui est des­cen­du le feu d’une Pen­te­côte qui n’unit point : sa liber­té sou­ve­raine. Le monde moderne l’a vou­lu suf­fi­sant comme un dieu, léger de tous liens et vivant du pré­cieux dérou­le­ment de sa spon­ta­néi­té. Il s’est repré­sen­té le dévoue­ment, la com­mu­nion, le don sous l’image gros­siè­re­ment spa­tiale de l’extériorité et s’est per­sua­dé, en rejoi­gnant son égoïsme fon­cier par une habile déli­ca­tesse morale, que tout rap­port avec l’autre est une odieuse contrainte […]. On veut l’individu si léger et inté­rieur à lui-même que ses propres déci­sions l’importunent. Il sent peser même son poids, sa volon­té lui est à charge et avec elle toute fidé­li­té à une épais­seur de temps. »

Emma­nuel Mounier
« Pour une réha­bi­li­ta­tion de la com­mu­nau­té », in Kri­sis n°16, juin 1994

Parce qu’elles sont le fruit d’expériences historiques…

« Parce qu’elles sont le fruit d’expériences his­to­riques de la vie en com­mu­nau­té, les liber­tés ne durent que tant qu’on les défend concrè­te­ment contre la ten­ta­tion de leur for­ma­li­sa­tion et de leur stan­dar­di­sa­tion dans un droit abs­trait et uni­ver­sel. »

Guillaume Tra­vers
La socié­té de sur­veillance, stade ultime du libé­ra­lisme, édi­tions La Nou­velle Libraire, coll. dans l’arène, 2021

Le divorce entre l’ethnos et la polis semble aujourd’hui bel et bien consommé…

« Le divorce entre l’ethnos et la polis semble aujourd’hui bel et bien consom­mé, de telle sorte que la nation […] ne ras­semble plus, en de larges por­tions de son ter­ri­toire, qu’une agré­ga­tion de « citoyens », dont cer­tains – le plus sou­vent d’origine autoch­tone – sont pri­vés de toute mémoire iden­ti­taire, tan­dis que d’autres s’assemblent en com­mu­nau­tés sou­dées autour d’une iden­ti­té eth­no­cul­tu­relle de plus en plus clai­re­ment reven­di­quée, très dif­fé­rente pour­tant de celle que pos­sé­dait le pays d’accueil quelques décen­nies aupa­ra­vant. Tous ces indi­vi­dus, res­sor­tis­sants d’une nation désor­mais écla­tée, sont moins ani­més du désir de « vivre ensemble » que sou­mis à la néces­si­té de « vivre côte à côte »

Hen­ri Levavasseur
L’identité, socle de la cité, édi­tions La nou­velle Librai­rie, 2021

L’enracinement implique une dimension communautaire et organique…

« L’enra­ci­ne­ment implique une dimen­sion com­mu­nau­taire et orga­nique, mais, aus­si, la conscience d’un héri­tage à faire fruc­ti­fier, donc, la mémoire d’une dette à l’endroit de ceux qui nous ont pré­cé­dés : l’homme se pense lui-même comme un débi­teur, non un créan­cier, un homme de devoirs avant d’être un sujet de droits. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Le paysan a un triple rôle…

« Le pay­san a un triple rôle : un rôle éco­no­mique, nour­rir la socié­té, c’est un rôle de sou­ve­rai­ne­té poli­tique. Il a aus­si un rôle eth­nique, l’agriculture a un pou­voir assi­mi­la­teur extra­or­di­naire. Le pay­san a un rôle éco­lo­gique, c’est grâce à lui que la nature est habitable. »

Ray­mond Delatouche
Le pay­san révol­té : entre­tiens avec Ray­mond Dela­touche, édi­tions Mame, coll. Tra­jec­toires, 1993

L’état de nature revêt la fonction d’une hypothèse scientifique…

« L’état de nature revêt la fonc­tion d’une hypo­thèse scien­ti­fique. L’état de nature est fait d’une pous­sière d’hommes iso­lés, et la socié­té, les ins­ti­tuions seront néces­sai­re­ment recons­truites à par­tir des hommes. Ren­ver­se­ment de la phi­lo­so­phie d’Aris­tote. Car Aris­tote observe dans la nature” des hommes enser­rés dans des groupes sociaux ; l’homme est natu­rel­le­ment poli­tique. »

Michel Vil­ley
Le droit et les droits de l’homme, Presses Uni­ver­si­taires de France, coll. Qua­drige, 2014

Cette science du droit n’est pas concentrée sur l’individu…

« Cette science du droit n’est pas concen­trée sur l’individu. Elle ne fait pas de robin­son­nades. Héri­tière de la phi­lo­so­phie réa­liste de l’Antiquité, elle envi­sage l’individu tel qu’il est, situé dans un groupe. Le droit est rela­tion aux autres, avec qui nous com­mu­ni­quons par l’intermédiaire du par­tage des choses extérieures. »

Michel Vil­ley
Le droit et les droits de l’homme, Presses Uni­ver­si­taires de France, coll. Qua­drige, 2014

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