Le livre
Citadelle

Citadelle

Auteur : Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Édi­teur : édi­tions Gal­li­mard (1984), coll. Folio (25 mai 2000)

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : Cita­delle, œuvre post­hume publiée en 1948, consti­tue la « somme » de Saint-Exu­pé­ry et ras­semble les médi­ta­tions de toute une vie. Michel Ques­nel, avec Pierre Che­vrier, avait éta­bli le texte de la pre­mière publi­ca­tion. Dans cette nou­velle édi­tion abré­gée, il a réus­si à dis­tin­guer et mettre en lumière les thèmes essen­tiels qui illus­trent cet ouvrage et il nous livre les secrets, les modu­la­tions d’une pen­sée ori­gi­nale et poé­tique.
Saint-Exu­pé­ry envi­sa­geait la tra­ver­sée de Cita­delle à la façon de ces pro­me­nades « dans une cam­pagne étran­gère » qu’il évoque au cours même du livre. « Et peu à peu au cours du lent pèle­ri­nage, tan­dis que mon che­val boi­tait dans les ornières, ou tirait les rênes pour brou­ter l’herbe rase le long des murs, me vint le sen­ti­ment que mon che­min dans ses inflexions sub­tiles et ses res­pects et ses loi­sirs, et son temps per­du comme par l’effet de quelque rite ou d’une anti­chambre de roi, des­si­nait le visage d’un prince, et que tous ceux qui l’empruntaient, secoués par leurs car­rioles ou balan­cés par leurs ânes lents, étaient, sans le savoir, exer­cés à l’amour. »

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Découvrez 10 citations extraites du livre

Sentinelle, sentinelle, c'est en marchant...

« Sen­ti­nelle, sen­ti­nelle, c’est en mar­chant le long des rem­parts dans l’en­nui du doute qui vient des nuits chaudes, c’est en écou­tant les bruits de la ville quand la ville ne te parle pas, c’est en sur­veillant les demeures des hommes quand elles sont morne assem­blage, c’est en res­pi­rant le désert autour quand il n’est que vide, c’est en t’ef­for­çant d’ai­mer sans aimer, de croire sans croire, et d’être fidèle quand il n’est plus à qui être fidèle, que tu pré­pares en toi l’illu­mi­na­tion de la sen­ti­nelle, qui te vien­dra par­fois comme récom­pense et don de l’a­mour. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

On marche une certaine nuit...

« On marche une cer­taine nuit de l’année dans la neige, laquelle est cra­quante, sous les étoiles, vers des mai­sons de bois illu­mi­nées. Et si tu entres dans leur lumière après ta route et colles ton visage aux car­reaux, tu découvres de cette clar­té qu’elle vient d’un arbre. Et l’on te dit que c’est une nuit qui a le goût des jouets de bois ver­nis et une odeur de cire. Et l’on te dit des visages de cette nuit-là qu’ils sont extra­or­di­naires. Car ils sont l’attente d’un miracle. Et tu vois tous les vieux qui fixent les yeux des enfants, et se réparent à de grands bat­te­ments de cœur. Car il va pas­ser dans ces yeux d’enfants quelque chose d’insaisissable qui n’a point de prix. Car tu as bâti toute l’année par l’attente et sur­tout par tes airs enten­dus et tes allu­sions secrètes et l’immensité de ton amour. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point...

« Ceux que je hais, c’est d’abord ceux qui ne sont point. Race de chiens qui se croient libres, parce que libres de chan­ger d’avis, de renier (et com­ment sau­raient-ils qu’ils renient puisqu’ils sont juges d’eux-mêmes ?). Parce que libres de tri­cher et de par­ju­rer et d’abjurer, et que je fais chan­ger d’avis, s’ils ont faim, rien qu’en leur mon­trant leur auge.
[…] Mais tous ceux-là je les dirai de la racaille, qui vivent des gestes d’autrui et, comme le camé­léon, s’en colorent, et aiment d’où viennent les pré­sents, et goûtent les accla­ma­tions et se jugent dans le miroir des mul­ti­tudes : car on ne les trouve point, ils ne sont point, comme une cita­delle, fer­més sur leurs tré­sors et, de géné­ra­tion en géné­ra­tion ils ne délèguent pas leur mot de passe, mais laissent croître leurs enfants sans les pétrir. Et ils poussent, comme des cham­pi­gnons, sur le monde. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

Je te désire permanente, fidèle...

« Je te désire per­ma­nente, fidèle. Il n’est point de fidé­li­té dans un camp et non dans l’autre. Qui est fidèle est tou­jours fidèle. Tu n’as rien à attendre de la tra­hi­son car les nœuds te sont longs à nouer qui te régi­ront, t’animeront, te feront ton sens et ta lumière. Seule la fidé­li­té crée les forts. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

La seule invention véritable est de déchiffrer le présent...

« La seule inven­tion véri­table est de déchif­frer le pré­sent sous ses aspects inco­hé­rents et son lan­gage contra­dic­toire. Mais si tu te laisses aller aux bali­vernes que sont tes songes creux concer­nant l’avenir, tu es sem­blable à celui-là qui croit pou­voir inven­ter sa colonne et bâtir des temples nou­veaux dans la liber­té de sa plume. Car com­ment ren­con­tre­rait-il son enne­mi et, ne ren­con­trant point d’ennemi, par qui serait-il fon­dé ? Contre qui modè­le­rait-il sa colonne ? La colonne se fonde, à tra­vers les géné­ra­tions, de son usure contre la vie. Ne serait-ce qu’une forme, tu ne l’inventes point mais tu la polis contre l’usage. Et ain­si naissent les grandes œuvres et les empires.
Il n’est jamais que du pré­sent à mettre en ordre. À quoi bon dis­cu­ter cet héri­tage ? L’avenir, tu n’as point à le pré­voir mais à le per­mettre. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

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