L’Appel se faisait entendre…

« Une nuit, il fut réveillé tout à coup en sur­saut : alerte, les yeux brillants, les narines fré­mis­santes, le poil héris­sé en vagues… L’Ap­pel se fai­sait entendre, et tout près cette fois. Jamais il ne l’a­vait dis­tin­gué si clair et si net. Cela res­sem­blait au long hur­le­ment du chien indi­gène. Et, dans ce cri fami­lier, il recon­nut cette voix, enten­due jadis, qu’il cher­chait depuis des semaines, et des mois. »

Jack Lon­don
L’Ap­pel de la forêt (The Call of the Wild), 1903, trad. Ray­monde de Galard, Édi­tions du Rocher, coll. Motifs, 2006

C’était une nuit extraordinaire…

« C’é­tait une nuit extra­or­di­naire.
Il y avait eu du vent, il avait ces­sé, et les étoiles avaient écla­té comme de l’herbe. Elles étaient en touffes avec des racines d’or, épa­nouies, enfon­cées dans les ténèbres et qui sou­le­vaient des mottes lui­santes de nuit.
Jour­dan ne pou­vait pas dor­mir. Il se tour­nait, il se retour­nait.
– Il a fait un clair de toute beau­té, se disait-il.
Il n’a­vait jamais vu ça.
Le ciel trem­blait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immo­bile, même le plus petit pom­pon d’o­sier. Ça n’é­tait pas le vent. C’é­tait tout sim­ple­ment le ciel qui des­cen­dait jus­qu’à tou­cher la terre, racler les plaines, frap­per les mon­tagnes et faire son­ner les cor­ri­dors des forêts. Après, il remon­tait au fond des hau­teurs. »

Jean Gio­no
Que ma joie demeure, 1935, Édi­tions Gras­set, coll. Les cahiers rouges, 2011

Les montagnes, les belles montagnes qui lui avaient tant plu…

« Les mon­tagnes, les belles mon­tagnes qui lui avaient tant plu alors qu’il s’en appro­chait, s’obscurcissaient à pré­sent tou­jours davan­tage, et fai­saient tom­ber de sombres taches mena­çantes sur la sur­face de lac que paille­tait encore l’or pâle du cou­chant, par­mi les noirs reflets des monts ; tout pre­nait autour de lui, en s’enveloppant dans les ombres de la nuit, des formes de plus en plus étranges. Le noir et l’or du lac se tou­chaient et se confon­daient comme s’il y pas­sait un léger cou­rant d’air. Le regard de Vic­tor, seule­ment habi­tué aux belles et heu­reuses impres­sions du jour, ne pou­vait pas se détour­ner de ce spec­tacle, où les choses imper­cep­ti­ble­ment chan­geaient de cou­leur en se lais­sant enve­lop­per par la tran­quilli­té de la nuit. »

Adal­bert Stif­ter
L’Homme sans pos­té­ri­té, 1844, cité par Éric Gro­lier dans Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Je vouais mon cœur à la terre grave et souffrante…

« Et ouver­te­ment je vouais mon cœur à la terre grave et souf­frante, et sou­vent, dans la nuit sacrée, je lui pro­mis de l’aimer fidè­le­ment jusqu’à la mort, sans peur, avec son lourd far­deau de fata­li­té, et de ne mépri­ser aucune de ses énigmes. »

Frie­drich Höl­der­lin
La Mort d’Empédocle (Der Tod des Empe­dokles), inache­vé, 1798, trad. Eloi Recoing, édi­tions Actes Sud, coll. Babel, 2004

Les nuits étaient déjà froides et annonçaient l’hiver…

« Les nuits étaient déjà froides et annon­çaient l’hiver. Les étoiles avaient per­du leur trem­blo­te­ment esti­val et leur éclat était net et fixe : au cœur de la nuit elles allaient innom­brables. Dans ce pro­fond silence on per­ce­vait le vol des oiseaux migra­teurs et le pas­sage du temps. C’étaient des nuits faites pour mar­cher sans fin, avec bon­heur. »

Mario Rigo­ni Stern
Sen­tiers sous la neige (Sen­tie­ri soto la neve), 1998, trad. Monique Bac­cel­li, édi­tions La Fosse aux ours, 2000

Aux jeunes gens qui, dans la nuit et le brouillard…

« Aux jeunes gens qui, dans la nuit et le brouillard, quittent la mai­son fami­liale, leur sen­ti­ment dit bien qu’il faut s’en aller très loin à la recherche du dan­ger. Ain­si peuvent appa­raître des per­son­nages qui osent à peine par­ler leur propre langue, si supé­rieure pour­tant : que ce soit celle du poète qui se com­pare lui-même à l’albatros dont les ailes puis­santes, bâties pour la tem­pête, ne sus­citent qu’importune curio­si­té dans un milieu étran­ger où le vent est tom­bé ; ou celle du guer­rier-né qui passe pour un bon à rien parce que la vie des bou­ti­quiers l’emplit de dégoût. »

Ernst Jün­ger
Le Tra­vailleur (Der Arbei­ter), 1931, trad. Julien Her­vier, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 1989

Ils marchent et ils chantent…

« Ils marchent et ils chantent. Ils sont des mil­lions dans la nuit froide de jan­vier. Mais ils sont morts. Et nous ne sommes que quelques-uns. Mais nous sommes vivants. Et nous ne lâche­rons pas nos épées et nous n’éteindrons pas nos torches. »

Jean Mabire
La torche et le glaive, édi­tions Libres opi­nions, 1994

La beauté n’est pas affaire d’argent ni de consommation…

« La beau­té n’est pas affaire d’argent ni de consom­ma­tion. Elle réside en tout et sur­tout dans les petits détails de la vie. Elle est offerte gra­tui­te­ment par la nature : poé­sie des nuages dans un ciel léger, cré­pi­te­ment de la pluie sur une toile de tente, nuits étoi­lées, cou­chers de soleil, pre­miers flo­cons de neige, pre­mières fleurs du jar­din, cou­leurs de la forêt… »

Domi­nique Ven­ner
Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013

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