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Citations sur le silence

Avec ou sans arme…

« Avec ou sans arme, par la chasse, je fais retour à mes sources néces­saires : la forêt enchan­tée, le silence, les mys­tères du sang sau­vage, l’ancien com­pa­gnon­nage cla­nique. Avec l’enfantement, la mort et les semailles, la chasse est peut-être le der­nier rite pri­mor­dial à échap­per par­tiel­le­ment aux défi­gu­ra­tions et mani­pu­la­tions d’une mor­telle déme­sure. »

Domi­nique Venner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Dans les Andes, on ne compte pas quatre éléments…

« Dans les Andes, on ne compte pas quatre élé­ments, mais cinq : l’air dia­phane, l’eau inson­dable des lacs, le feu des vol­cans, la terre qui tremble, et le silence. Un silence de sépulcre, d’ordre divin, que seule trouble la voix des esprits en sou­le­vant des trombes de pous­sière qui emportent l’âme des humains : le vent. L’homme écoute le vent, dans les Andes, comme la voix de son créa­teur. Confon­du dans sa peti­tesse, relé­gué à l’é­tat d’é­pi­sode, conscient de son impuis­sance, il s’est cher­ché des alliés dans l’au-delà. Soleil, lune, lacs, mon­tagnes, cas­cades, rivières, rocs et vents, gla­ciers, et toutes les forces de la nature, tout est déifié. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Le malheur est par lui-même inarticulé…

« Le mal­heur est par lui-même inar­ti­cu­lé. Les mal­heu­reux sup­plient silen­cieu­se­ment qu’on leur four­nisse des mots pour s’exprimer. Il y a des époques où ils ne sont pas exau­cés. Il y en a d’autres où on leur four­nit des mots, mais mal choi­sis, car ceux qui les choi­sissent sont étran­gers au mal­heur qu’ils interprètent. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Je n’ai pas de téléphone portable…

« Je n’ai pas de télé­phone por­table car je trouve d’une inson­dable gou­ja­te­rie d’ap­pe­ler quel­qu’un sans lui en deman­der préa­la­ble­ment l’au­to­ri­sa­tion par voie de cour­rier. Je refuse de répondre au dre­lin” du pre­mier venu. Les gens sont si pres­sés de bri­ser nos silences… J’aime Degas, lan­çant : C’est donc cela le télé­phone ? On vous sonne et vous accou­rez comme un domes­tique.” Les son­ne­ries sec­tionnent le flux du temps, mas­sacrent la pâte de la durée, hachent les jour­nées, comme le cou­teau de cui­si­nier japo­nais le concombre. »

Syl­vain Tesson
S’a­ban­don­ner à vivre, édi­tions Gal­li­mard, coll. « nrf », 2014, 978−2−07−014424−2, p. 38

Les nuits étaient déjà froides et annonçaient l’hiver…

« Les nuits étaient déjà froides et annon­çaient l’hiver. Les étoiles avaient per­du leur trem­blo­te­ment esti­val et leur éclat était net et fixe : au cœur de la nuit elles allaient innom­brables. Dans ce pro­fond silence on per­ce­vait le vol des oiseaux migra­teurs et le pas­sage du temps. C’étaient des nuits faites pour mar­cher sans fin, avec bon­heur. »

Mario Rigo­ni Stern
Sen­tiers sous la neige (Sen­tie­ri soto la neve), 1998, trad. Monique Bac­cel­li, édi­tions La Fosse aux ours, 2000

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