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Le sans-couronne redeviendra roi…

« Tout ce qui est or ne brille pas,
Ne sont pas per­dus tous ceux qui vagabondent ;
Ce qui est vieux mais fort ne se flé­trit pas,
Le gel n’atteint pas les racines profondes.
Des cendres, un feu sera attisé,
Une lueur des ombres surgira ;
Refor­gée sera l’épée qui fut brisée :
Le sans-cou­ronne rede­vien­dra roi. »

John Ronald Reuel Tolkien
La Fra­ter­ni­té de l’Anneau (1954), trad. Daniel Lau­zon, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2014, Livre I, chap. 10.

À cinq heures, le feu prend à l’église…

« À par­tir de trois heures, l’ar­tille­rie lourde alle­mande bom­barde Rem­ber­court. À cinq heures, le feu prend à l’é­glise. Le rouge de l’in­cen­die se fait plus ardent à mesure que les ténèbres aug­mentent. À la nuit noire, l’é­glise est un immense bra­sier. Les poutres de la char­pente des­sinent la toi­ture en traits de feu appuyés et en hachures incan­des­centes. Le clo­cher n’est plus qu’une braise énorme au cœur de laquelle on aper­çoit, toutes noires, les cloches mortes.
La char­pente ne s’ef­fondre pas d’un seul coup, mais par larges mor­ceaux. On voit les poutres s’in­flé­chir, céder peu à peu, res­ter sus­pen­dues quelques ins­tants au-des­sus de la four­naise, puis y dégrin­go­ler avec un bruit étouf­fé. Et chaque fois jaillit, très haut, une gerbe d’é­tin­celles claires dont le rou­geoie­ment, comme un écho, flotte long­temps sur le ciel sombre. Je suis res­té des heures les yeux atta­chés à cet incen­die, le cœur ser­ré, dou­lou­reux. Mes hommes, endor­mis sur la terre, jalon­naient de leurs corps inertes la ligne des tran­chées. Et je ne pou­vais me déci­der à m’é­tendre et à dor­mir, comme eux. »

Mau­rice Genevoix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Dans les Andes, on ne compte pas quatre éléments…

« Dans les Andes, on ne compte pas quatre élé­ments, mais cinq : l’air dia­phane, l’eau inson­dable des lacs, le feu des vol­cans, la terre qui tremble, et le silence. Un silence de sépulcre, d’ordre divin, que seule trouble la voix des esprits en sou­le­vant des trombes de pous­sière qui emportent l’âme des humains : le vent. L’homme écoute le vent, dans les Andes, comme la voix de son créa­teur. Confon­du dans sa peti­tesse, relé­gué à l’é­tat d’é­pi­sode, conscient de son impuis­sance, il s’est cher­ché des alliés dans l’au-delà. Soleil, lune, lacs, mon­tagnes, cas­cades, rivières, rocs et vents, gla­ciers, et toutes les forces de la nature, tout est déifié. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Un dieu qui sache danser…

« Ce qui peut nous sau­ver, c’est quelque chose comme l’esprit d’une beau­té” qui s’épanche dans notre sang, vivi­fie notre vie, redonne de l’élan à notre être.
Serons-nous capables d’assumer un jour que c’est de quelque chose de tel qu’il s’agit ?
Serons-nous capables de com­prendre que seul un tel dieu peut être celui que nous recherchions ?
Un dieu qui, comme celui de Nietzsche, sache danser.
Un dieu dont la marque du beau, de l’inouï, soit gra­vée au feu sur son cœur ivre et joyeux. »

Javier Por­tel­la
Les esclaves heu­reux de la liber­té, édi­tions David Rein­harc, 2012

Car elle aimait la flamme…

« Car elle aimait la flamme et plai­gnait les pauvres gens des villes dont on lui avait dit qu’ils ne voyaient plus jamais le feu et n’avaient qu’à tour­ner un bou­ton pour faire bouillir l’eau du café. Ils appe­laient ça le pro­grès. »

Hen­ri Vincenot
Le maître des abeilles, édi­tions Denoël, 1987

Le feu me tient compagnie…

« …Le feu me tient com­pa­gnie. C’est un cher petit ami que je peux faire jaillir de mes doigts chaque jour, un petit dieu bien vivant qui réchauffe l’âme, les sau­cisses et les mains. J’aime lire de la poé­sie à mon petit feu. »

Syl­vain Tesson
L’axe du loup, édi­tions Robert Laf­font, 2004

Voici 8 000 ans commençait pour nous l’aventure néolithique…

« Voi­ci 8 000 ans com­men­çait pour nous l’aventure néo­li­thique. Je l’appelais révo­lu­tion parce que j’y dis­cer­nais l’apparition d’un état d’esprit nou­veau. La volon­té y tenait la pre­mière place et elle n’allait pas ces­ser de domi­ner notre monde, jusqu’à l’avènement des idées sui­ci­daires aujourd’hui à la mode. Pas­ser de la cueillette et de la chasse à l’agriculture et à l’élevage repré­sente un bond en avant pro­di­gieux. En un sens, dans cette plaine nor­dique si cruelle aux pay­sans aux prises avec un cli­mat impi­toyable, c’était un défi qui rejoi­gnait la légende hel­lène de Pro­mé­thée déro­bant le feu aux dieux. »

Jean Mabire
Thu­lé : le soleil retrou­vé des Hyper­bo­réens, édi­tions Robert Laf­font, 1977

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