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Citations sur les dieux

Un germe vivace et indestructible de paganisme…

« L’art chré­tien, dès le pre­mier jour de son exis­tence, por­tait en lui-même un germe vivace et indes­truc­tible de paga­nisme. Ce germe ne s’est épa­noui dans toute sa richesse qu’au souffle de Raphaël ; néan­moins l’éclosion en avait été pré­pa­rée par un tra­vail tan­tôt lent et sou­ter­rain, tan­tôt prompt et mani­feste, mais pen­dant douze siècles jamais inter­rom­pu. L’auteur des Trois Grâces, de Gala­tée et de Psy­ché n’avait donc, pour réin­té­grer la beau­té phy­sique dans sa digni­té, ni à bri­ser la tra­di­tion chré­tienne, ni à rame­ner l’homme en arrière jusqu’au culte exclu­sif de la nudi­té. Sa tâche, clai­re­ment indi­quée, était d’opérer le rap­pro­che­ment défi­ni­tif de deux forces esthé­tiques admi­ra­ble­ment fécondes, qui, depuis notre ère, s’appelaient, se cher­chaient et ne deman­daient qu’à se confondre. »

Charles Lévêque
L’Œuvre païenne de Raphaël, in Revue des Deux Mondes, tome 76, 1868

La voix lointaine des muses grecques est encore entendue…

« Aux plus mau­vais jours, au milieu du fra­cas des villes qui tombent et des temples qui s’écroulent, la voix loin­taine des muses grecques est encore enten­due. Ain­si, au sor­tir des cata­combes, le culte nou­veau, loin de sup­pri­mer les fêtes antiques, les tourne à son usage. Par exemple, on avait retar­dé la fête de la Visi­ta­tion afin que les pay­sans d’Enna, en Sicile, pussent appor­ter à l’autel du Christ les épis mûrs dont ils avaient cou­ron­né jusque-là les sta­tues de Cérès. Grâce à une tran­si­tion habi­le­ment ména­gée, les ambar­vales s’étaient chan­gées en cette pompe rus­tique nom­mée la pro­ces­sion des roga­tions. Les murs des vieilles basi­liques conquises et consa­crées par la foi chré­tienne se cou­vraient de mosaïques où brille çà et là un rayon d’élégance et de noblesse. Par­fois sévère jusqu’à la dure­té envers les repré­sen­ta­tions qui tra­his­saient la plus légère pal­pi­ta­tion de la chair, l’église avait des retours de jus­tice et des heures de pro­tec­tion pour les restes d’un pas­sé qu’elle n’était pas tenue de défendre. »

Charles Lévêque
L’Œuvre païenne de Raphaël, in Revue des Deux Mondes, tome 76, 1868

Les dieux païens eux-mêmes vivent encore aujourd’hui…

« Les dieux païens eux-mêmes, que nous ne trai­tons plus que de risibles images, vivent encore aujourd’hui ; ils n’ont peut-être pas toute leur puis­sance d’autrefois, mais ils en ont encore plus que les hommes, et je ne vou­drais jamais en mal parler. »

Achim von Arnim
Les Héri­tiers du Majo­rat, trad. Théo­phile Gau­tier fils, Contes bizarres, Lévy frères édi­teurs, 1856

Ils reviendront, ces Dieux…

« Ils revien­dront, ces Dieux que tu pleures toujours !
Le temps va rame­ner l’ordre des anciens jours. »

Gérard de Nerval
« Del­fi­ca », in Les Chi­mères, 1854, édi­tions Mille et une Nuits, 1999, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 2005

À force d’avoir tutoyé les dieux…

« À force d’a­voir tutoyé les dieux, Dumé­zil a fini par deve­nir l’un des leurs. Ain­si, l’on ne sau­rait plus, impu­né­ment, le défier, par-delà les années, sans s’at­ti­rer les foudres de ses naïves incon­sé­quences, sauf, lit­té­ra­le­ment, à ren­ver­ser la struc­ture ter­naire des Indo-Euro­péens. »

Aris­tide Leucate
Dumé­zil, édi­tions Par­dès, coll. « Qui suis-je ? », 2021

Hommes, femmes, dieux ou déesses…

« Hommes, femmes, dieux ou déesses, chefs de clan, repré­sen­ta­tion de la Grande Mère, gar­diens des seuils, des morts ou des vivants, œuvres d’art ou de culte, les hypo­thèses ne manquent pas sans qu’il ait été pos­sible, à ce jour, d’en mettre une en exergue qui inva­li­de­rait ou amoin­dri­rait la valeur des autres. Quoi qu’il en soit, les sta­tues-men­hirs sont œuvres de mon pro­fond peuple pri­mi­tif, signes à nous envoyés par-delà les temps, pré­sences muettes gra­vées dans la pierre immuable qui dési­gnent au moins la per­ma­nence d’un long peu­ple­ment. Fichées en terre, enra­ci­nées, elles bornent notre mémoire com­mune, blocs rocheux semés qui balisent un che­min de cam­pagne dont nous avons per­du le sens mais dont nous conser­vons la pré­sence éclatée. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

L’obscurcissement du monde, la fuite des dieux…

« L’obscurcissement du monde, la fuite des dieux, la des­truc­tion de la terre, la gré­ga­ri­sa­tion de l’homme, la sus­pi­cion hai­neuse envers tout ce qui est créa­teur et libre. »

Mar­tin Heidegger
Intro­duc­tion à la méta­phy­sique (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, trad. Gil­bert Kahn, édi­tions Gal­li­mard, 1958, coll. TEL, 1980

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