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Citations sur l’art

L’insécurité et le caractère frelaté de la vie intellectuelle…

« L’insécurité et le carac­tère fre­la­té de la vie intel­lec­tuelle de cette époque qui, à bien des égards, fai­sait pour­tant montre ailleurs d’énergie et de gran­deur, s’expliquent aujourd’hui à nos yeux comme un symp­tôme de l’épouvante qui sai­sit l’esprit lorsque, au terme d’une ère de triomphe et de pros­pé­ri­té appa­rents, il se trou­va sou­dain en face du néant, d’une grande détresse maté­rielle, d’une période d’orages poli­tiques et de guerres, en proie du jour au len­de­main à la défiance de soi, dou­tant de sa force et de sa digni­té, voire de son existence. »

Her­mann Hesse
Le Jeu des perles de verre (Das Glas­per­len­spiel), 1943, trad. Jacques Mar­tin, Cal­mann-Lévy édi­teur, 1955

Nous voyons dans la musique classique l’essence et la somme de notre culture…

« Nous voyons dans la musique clas­sique l’essence et la somme de notre culture, car elle est son geste et sa mani­fes­ta­tion la plus évi­dente et la plus révé­la­trice. Nous pos­sé­dons en elle l’héritage de l’Antiquité et du chris­tia­nisme, un esprit de pié­té sereine et cou­ra­geuse, une morale d’un che­va­le­resque inéga­lable. Car c’est en fin de compte le sens d’une morale que revêt toute mani­fes­ta­tion clas­sique de culture, l’abrégé en un geste d’un idéal du com­por­te­ment humain. »

Her­mann Hesse
Le Jeu des perles de verre (Das Glas­per­len­spiel), 1943, trad. Jacques Mar­tin, Cal­mann-Lévy édi­teur, 1955

Le compositeur est celui qui sait résoudre les contraintes…

« Une socié­té est un sys­tème de contraintes visant à cana­li­ser les inté­rêts diver­gents des indi­vi­dus qui la consti­tuent. De même, le com­po­si­teur est celui qui sait résoudre les contraintes de la musique pour faire entendre une œuvre d’autant plus puis­sante que les diver­gences sont fortes. »

Thier­ry DeCruzy
Démon­dia­li­ser la musique. Une réponse au nau­frage musi­cal euro­péen, édi­tions de La Nou­velle Librai­rie, coll. Iliade, 2022

La technologie révolutionne le rapport des individus et des sociétés à la musique…

« La tech­no­lo­gie, avec l’enregistrement et la radio, révo­lu­tionne le rap­port des indi­vi­dus et des socié­tés à la musique et au son. D’une pra­tique natu­relle et vivante dans une écoute col­lec­tive, l’enregistrement a per­mis une écoute arti­fi­cielle indi­vi­duelle, cor­ro­sive pour les liens socié­taux entre­te­nus tra­di­tion­nel­le­ment par la musique. »

Thier­ry DeCruzy
Démon­dia­li­ser la musique. Une réponse au nau­frage musi­cal euro­péen, coll. Iliade, édi­tions de La Nou­velle Librai­rie, 2022

Le public aime les images de marque…

« Il y a des œuvres illustres qui donnent une idée incom­plète, par­fois même une idée tout à fait fausse, de l’é­cri­vain qui les a faites. C’est même plus fré­quent qu’on ne croit, car le public aime les images de marque” et ne se fatigue pas à aller au-delà. »

Mau­rice Bardèche
Intro­duc­tion de « Madame Bova­ry », Librai­rie Géné­rale Fran­çaise, 1972, coll. Le Livre de Poche, 1978

Un germe vivace et indestructible de paganisme…

« L’art chré­tien, dès le pre­mier jour de son exis­tence, por­tait en lui-même un germe vivace et indes­truc­tible de paga­nisme. Ce germe ne s’est épa­noui dans toute sa richesse qu’au souffle de Raphaël ; néan­moins l’éclosion en avait été pré­pa­rée par un tra­vail tan­tôt lent et sou­ter­rain, tan­tôt prompt et mani­feste, mais pen­dant douze siècles jamais inter­rom­pu. L’auteur des Trois Grâces, de Gala­tée et de Psy­ché n’avait donc, pour réin­té­grer la beau­té phy­sique dans sa digni­té, ni à bri­ser la tra­di­tion chré­tienne, ni à rame­ner l’homme en arrière jusqu’au culte exclu­sif de la nudi­té. Sa tâche, clai­re­ment indi­quée, était d’opérer le rap­pro­che­ment défi­ni­tif de deux forces esthé­tiques admi­ra­ble­ment fécondes, qui, depuis notre ère, s’appelaient, se cher­chaient et ne deman­daient qu’à se confondre. »

Charles Lévêque
L’Œuvre païenne de Raphaël, in Revue des Deux Mondes, tome 76, 1868

La voix lointaine des muses grecques est encore entendue…

« Aux plus mau­vais jours, au milieu du fra­cas des villes qui tombent et des temples qui s’écroulent, la voix loin­taine des muses grecques est encore enten­due. Ain­si, au sor­tir des cata­combes, le culte nou­veau, loin de sup­pri­mer les fêtes antiques, les tourne à son usage. Par exemple, on avait retar­dé la fête de la Visi­ta­tion afin que les pay­sans d’Enna, en Sicile, pussent appor­ter à l’autel du Christ les épis mûrs dont ils avaient cou­ron­né jusque-là les sta­tues de Cérès. Grâce à une tran­si­tion habi­le­ment ména­gée, les ambar­vales s’étaient chan­gées en cette pompe rus­tique nom­mée la pro­ces­sion des roga­tions. Les murs des vieilles basi­liques conquises et consa­crées par la foi chré­tienne se cou­vraient de mosaïques où brille çà et là un rayon d’élégance et de noblesse. Par­fois sévère jusqu’à la dure­té envers les repré­sen­ta­tions qui tra­his­saient la plus légère pal­pi­ta­tion de la chair, l’église avait des retours de jus­tice et des heures de pro­tec­tion pour les restes d’un pas­sé qu’elle n’était pas tenue de défendre. »

Charles Lévêque
L’Œuvre païenne de Raphaël, in Revue des Deux Mondes, tome 76, 1868

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