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Citations sur les mythes et religions

Les modernes s’imaginent qu’il existe une sorte de nature normale…

« Les modernes, en effet, depuis Rous­seau, s’imaginent qu’il existe une sorte de nature nor­male, à laquelle la culture et la reli­gion seraient venues sur­ajou­ter leurs faux pro­blèmes… Cette illu­sion tou­chante peut les aider à vivre, mais non pas à com­prendre leur vie. Car tous, tant que nous sommes, sans le savoir, menons nos vies de civi­li­sés dans une confu­sion pro­pre­ment insen­sée de reli­gions jamais tout à fait mortes, et rare­ment tout à fait com­prises et pra­ti­quées ; de morales jadis exclu­sives mais qui se super­posent ou se com­binent à l’arrière-plan de nos conduites élé­men­taires ; de com­plexes igno­rés mais d’autant plus actifs ; et d’ins­tincts héri­tés bien moins de quelque nature ani­male que de cou­tumes tota­le­ment oubliées, deve­nues traces ou cica­trices men­tales, tout incons­cientes et, de ce fait, aisé­ment confon­dues avec l’instinct. Elles furent tan­tôt des arti­fices cruels, tan­tôt des rites sacrés ou des gestes magiques, par­fois aus­si des dis­ci­plines pro­fondes éla­bo­rées par des mys­tiques loin­taines à la fois dans le temps et dans l’espace. »

Denis de Rougemont
L’amour et l’Occident, édi­tions Plon, 1939, réédi­tions, 1956, 1972, édi­tions 1018, 2001

Le curé ressemblait au maire…

« Le curé res­sem­blait au maire, sauf qu’il n’a­vait pas de mous­taches. C’é­tait en effet, de par la fonc­tion, son frère jumeau. C’est ain­si que fonc­tionne le monde : dans chaque vil­lage, dans chaque cam­pe­ment, il y a un sor­cier et un chef. Ils se détestent, mais sont com­plices, et les bonnes gens ont bien besoin d’eux. »

Pierre Drieu la Rochelle
La Comé­die de Char­le­roi, 1934, édi­tions Gal­li­mard, coll. L’Imaginaire, 1996

Plus ils se rapprochaient du faîte de la montagne sacrée…

« Plus ils se rap­pro­chaient du faîte de la mon­tagne sacrée et plus chaque arbris­seau, chaque arbre sem­blait pos­sé­der sa propre nature divine comme si, tout natu­rel­le­ment, il était lui-même deve­nu un dieu.
Lorsque, par exemple le vent attra­pait les extré­mi­tés des grands chênes, dis­per­sant leurs fleurs en nuée jaune pâle qui pla­nait ensuite à tra­vers la soli­tude fores­tière de la mon­tagne, Hon­da sen­tait en lui que ce tableau écla­tait d’esprit divin, comme une brusque décharge électrique. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

Il grognait son incantation vers les étoiles…

« Un pri­mate dérou­la vers les cimes des arbres les vingt-quatre os de ses ver­tèbres mobiles et les qua­torze os sou­dés de sa face aveu­glée par le soleil. La nuit venue, pieds écar­tés, jambes trem­blantes encore, les bras levés sous les rumeurs rive­raines, il gro­gnait son incan­ta­tion vers les étoiles et s’exer­çait au tutoie­ment de ses dieux. »

Jean-Fran­çois Gautier
La sente s’efface, édi­tions Le temps qu’il fait, 1996

Le dernier conservatoire des ferveurs européennes traditionnelles…

« Il a exis­té un catho­li­cisme rural qui, quant à lui, était poly­lâtre, à cultes mul­tiples, et magni­fiait nombre de saints locaux, ceux des ter­ri­toires parois­siaux. Il en sub­siste encore des traces en Bre­tagne, en Irlande, en Espagne ou en Ita­lie. Ce catho­li­cisme-là a été le der­nier conser­va­toire des fer­veurs euro­péennes tra­di­tion­nelles, très éloi­gnées des conte­nus mono­théistes officiels. »

Jean-Fran­çois Gautier
Entre­tien au site Le Rouge et le Noir, 5 avril 2016

Il n’y a de piété vraie que la piété filiale…

« Il n’y a de pié­té vraie que la pié­té filiale, élar­gie aux ancêtres, à la lignée et au peuple. Nos ancêtres dis­pa­rus ne sont ni spi­ri­tuel­le­ment morts ni pas­sés dans un autre monde. Ils sont à nos côtés, en foule invi­sible et bruis­sante. Ils nous entourent aus­si long­temps que leur sou­ve­nir est per­pé­tué par leur des­cen­dance. Par-là se jus­ti­fient le culte des ancêtres et le devoir de faire res­pec­ter leur nom. »

Alain de Benoist
Pour un réveil euro­péen. Nature – Excel­lence – Beau­té (post­face), La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Iliade, 2020

Les conditions nécessaires pour devenir un héros…

« Si le concept du héros est d’ordre phy­sique, alors, tout comme Alexandre le Grand acquit la sta­ture héroïque en pre­nant Achille pour modèle, les condi­tions néces­saires pour deve­nir un héros doivent être à la fois de ban­nir l’originalité et de res­ter fidèle à un modèle classique. »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

Il est bon de se souvenir de son ascendance céleste…

« Ain­si, phi­lo­so­phie antique, mythe et reli­gion s’accordent pour recon­naître à l’homme une ori­gine divine qui implique de sa part des égards, des devoirs : durant son exis­tence ter­restre il devra répondre d’elle, en témoi­gner. Mais il peut tout autant la renier, s’en détour­ner et se conten­ter de n’être qu’un mor­tel […] Il est bon de se sou­ve­nir de son ascen­dance céleste. Non pour s’en van­ter, mais afin de recou­vrer notre état sei­gneu­rial. Tel est le sens du retour, de la patience remon­tée. Les ver­tus en consti­tuent les plus solides échelons. »

Jac­que­line Kelen
Le jar­din des ver­tus, édi­tions Sal­va­tor, 2019

Le choix du héros grec…

« Le choix du héros grec se pro­pose à chaque être humain : suivre la pente facile des plai­sirs ou gra­vir le che­min caillou­teux de l’ascèse. Se conten­ter de l’existence ter­restre ou aspi­rer à la voie des dieux. On dit aus­si : la voie de gauche, qui mène à la per­di­tion, et la voie de droite, celle de la ver­tu, que cou­ronne la gloire. »

Jac­que­line Kelen
Le jar­din des ver­tus, édi­tions Sal­va­tor, 2019

Durant toute la modernité…

« Durant toute la moder­ni­té, dès le 16e siècle et ses grandes décou­vertes, le 17e et la phi­lo­so­phie ratio­na­liste, le 18e siècle et la phi­lo­so­phie des Lumières met­tant au centre du monde l’homme et dans les grands sys­tèmes sociaux du 19e siècle, ce qui a été au centre des idéo­lo­gies était le mythe du pro­grès. Aujourd’hui le pro­gres­sisme, dont tous les hommes poli­tiques se gar­ga­risent laisse la place, en cette post­mo­der­ni­té nais­sante, à un nou­veau mythe, celui de l’écosophie. »

Michel Maf­fe­so­li
« L’émergence d’une sen­si­bi­li­té éco­so­phique », Livr’ar­bitres, hors-série « La nature comme socle – Actes du 7e col­loque annuel de l’Institut Iliade – Pour une éco­lo­gie à l’endroit », automne 2020

La protection de l’environnement est évidemment la vocation du conservatisme…

« Non seule­ment le conser­va­tisme est tota­le­ment com­pa­tible avec la défense de l’en­vi­ron­ne­ment, mais la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment est évi­dem­ment la voca­tion du conser­va­tisme, qui n’est rien d’autre que la défense du foyer. Une oiko­phi­lie. L’i­dée selon laquelle le monde ne nous appar­tient pas, il appar­tient à nos parents, à nos besoins. Il s’a­git de reve­nir au fon­de­ment de notre civi­li­sa­tion : le texte fon­da­teur de notre civi­li­sa­tion n’est pas la Bible, c’est l’O­dys­sée. C’est l’his­toire d’un homme, Ulysse, qui essaie de reve­nir à la com­pagne de sa vie, Péné­lope, qui voyage pour retrou­ver son foyer. »

Roger Scru­ton
« Le conser­va­tisme est la phi­lo­so­phie de l’at­ta­che­ment », Limite n°5, jan­vier 2017

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