Le livre
Le Japon moderne et l’éthique samouraï

Le Japon moderne et l’éthique samouraï

Auteur : Yukio Mishi­ma
Édi­teur : édi­tions Gal­li­mard, coll. Arcades (22 mars 1985), trad. Émile Jean

Un jour de novembre 1970, Yukio Mishi­ma, à peine âgé de qua­rante-cinq ans, se don­nait la mort selon le rituel samou­raï au quar­tier géné­ral des forces japo­naises. Ce geste, qui bou­le­ver­sa les Japo­nais et éton­na le monde entier, don­nait toute sa por­tée tra­gique à une exis­tence qui s’é­tait vou­lue réso­lu­ment « ana­chro­nique ».
Trois ans plus tôt, Mishi­ma avait livré l’une des clefs essen­tielles à la com­pré­hen­sion de ses choix de vie en publiant un essai consa­cré au Haga­ku­ré, ouvrage com­po­sé au XVIIIe siècle par un samou­raï reti­ré du monde pour médi­ter sur la « Voie du samou­raï ». Le Haga­ku­ré, livre mau­dit du Japon de l’a­près-guerre, est pour Mishi­ma l’œuvre qui a don­né un sens à sa vie, et son auteur, Jōchō Yama­mo­to, est une sorte de frère d’armes spi­ri­tuel. À plus de deux siècles de dis­tance, ce qui unit ces deux esprits, c’est d’a­bord une phi­lo­so­phie de la vie comme déploie­ment de l’éner­gie intime de l’in­di­vi­du et, plus encore peut-être, une phi­lo­so­phie de la mort : « La Voie du samou­raï, c’est la mort. » Mais c’est aus­si et sur­tout une com­mune pro­tes­ta­tion contre leur époque.
Ce livre fait entendre par-delà l’his­toire deux voix pro­fon­dé­ment pes­si­mistes qui exaltent avec la même ardeur déses­pé­rée « l’u­to­pie » éthique des samou­raïs.

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Découvrez 3 citations extraites du livre

Le calcul porte toujours sur le profit et la perte...

« Le cal­cu­la­teur est un lâche. Si je dis cela, c’est que le cal­cul porte tou­jours sur le pro­fit et la perte et que, par consé­quent, le cal­cu­la­teur n’est pré­oc­cu­pé que de pro­fit et de perte. Mou­rir est une perte, vivre est un gain, aus­si décide-t-on de ne pas mou­rir. On est donc un lâche. »

Jôchô Yama­mo­to
Haga­ku­ré, livre I, rédac­tion 1709 – 1716, pre­mière édi­tion 1900
cité par
Yukio Mishi­ma
Le Japon moderne et l’éthique samou­raï, 1967, trad. Émile Jean, édi­tions Gal­li­mard, NRF, coll. Arcades Gal­li­mard, 1985

S’efforce constamment de vivre en beauté...

« L’homme qui, au nom d’un idéal moral, s’efforce constam­ment de vivre en beau­té et qui consi­dère la mort comme le cri­tère ultime de cette beau­té, vivra jour après jour dans une ten­sion conti­nuelle. Jôchô, aux yeux de qui la paresse est le vice suprême, a décou­vert un mode de vie quo­ti­dienne dans lequel la ten­sion n’offre jamais la moindre rémis­sion ; c’est la lutte au sein même de la bana­li­té de tous les jours. Voi­là le métier du samou­raï. »

Yukio Mishi­ma
Le Japon moderne et l’éthique samou­raï, 1967, trad. Émile Jean, édi­tions Gal­li­mard, NRF, coll. Arcades Gal­li­mard, 1985

Ce qui est beau doit être fort...

« Tout comme les Grecs de l’Antiquité asso­ciaient l’esthétique et l’éthique, la morale selon le Haga­ku­ré est déter­mi­née par l’esthétique. Ce qui est beau doit être fort, brillant et débor­dant d’énergie. Tel est le pre­mier prin­cipe ; le second, c’est que ce qui est moral doit être beau. Cela ne signi­fie pas qu’on doive appor­ter un soin exces­sif à son cos­tume au point d’avoir l’air effé­mi­né. Il s’agit plu­tôt d’instaurer entre la beau­té et l’idéal moral la plus grande ten­sion pos­sible. Se far­der pour dis­si­mu­ler une indis­po­si­tion se relie direc­te­ment à la tra­di­tion du maquillage pré­cé­dant le sui­cide rituel. »

Yukio Mishi­ma
Le Japon moderne et l’éthique samou­raï, 1967, trad. Émile Jean, édi­tions Gal­li­mard, NRF, coll. Arcades Gal­li­mard, 1985

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