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Citations sur la diversité

Leurs prières aux dieux n’avaient d’autre objet…

« Leurs prières aux dieux n’a­vaient d’autre objet que ce si rare accord entre soi et soi, et, au milieu des urgences, entre soi et la Cité, ou, plus lar­ge­ment encore, entre soi, la Cité et les divi­ni­tés sans cal­cul. Prier, ce n’é­tait pas faire du monde le pre­mier lan­gage du Dieu unique ; c’é­tait agir en sorte que le monde fut le pre­mier sanc­tuaire des dieux plu­riels, l’o­ra­toire de leur diver­si­té et, par là même, le récep­tacle d’une col­lé­gia­li­té civique en équi­libre. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Le vieil adage du fronton du temple de Delphes…

« C’est face à une telle diver­si­té que prend son sens le vieil adage du fron­ton du temple de Delphes : gnô­thi seau­ton, « connais-toi toi-même ». Il ne s’a­git pas d’un conseil d’in­tros­pec­tion, mais d’un mar­quage de situa­tion, du type : tu n’es ni un dieu ni un concur­rent d’une course de chars, alors qui es-tu dans cette diver­si­té, par ton métier, par ta famille, par ta par­ti­ci­pa­tion à la vie col­lec­tive ? »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

La rationalisation d’un monde compris comme créé par un Dieu unique…

« La ratio­na­li­sa­tion d’un monde com­pris comme créé par un Dieu unique s’est tou­jours heur­tée, chez nous, à l’éloge des diver­si­tés vécues. L’identité s’entendait en effet comme alté­ri­té, diver­si­té, plu­ra­li­té. Nul per­son­nage, dans l’Iliade ou l’Odys­sée, ou dans l’une des tra­gé­dies d’Eschyle ou de Sophocle, ne se serait aven­tu­ré à deman­der à Zeus ou à Apol­lon : Qui es-tu ?” Et des réponses bibliques et mono­théistes à cette ques­tion, telles que Ehyeh Asher Ehyeh, Je suis qui je suis”, ou Suis qui serai”, tra­duites en grec par quelque chose comme Je suis celui qui est” (Exode 3, 14), n’auraient eu aucune signi­fi­ca­tion dans les langues et les repré­sen­ta­tions euro­péennes antiques. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Le Grec antique n’a cure de l’universalité…

« Le Grec antique n’a cure de l’universalité ni de l’unité du monde. Rien de grec ne s’avoue glo­bal. Les hommes et les lieux scin­tillent immen­sé­ment divers, cha­toyants et com­po­sés de par­ties infi­ni­ment sin­gu­lières, dis­tinctes les unes des autres, et heu­reu­se­ment hos­tiles l’une à l’autre, comme le pré­co­ni­sait Lévi-Strauss, car il convient de se sau­ve­gar­der de toute uni­for­mi­sa­tion. »

Syl­vain Tes­son
Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018

Notre identité ne vient pas de nulle part…

« Il ne s’agit pas d’affirmer dans l’absolu la supé­rio­ri­té de notre civi­li­sa­tion sur les autres mais de refu­ser toute forme de repen­tance. Et de rap­pe­ler que notre iden­ti­té ne vient pas de nulle part mais a pour ori­gine notre héré­di­té et notre héri­tage euro­péens. Il s’agit aus­si d’affirmer notre volon­té de res­pec­ter notre civi­li­sa­tion, d’en reprendre et d’en enri­chir les tra­di­tions et de les trans­mettre à nos des­cen­dants. Bref de refu­ser la table rase et le grand rem­pla­ce­ment géno­ci­daire. »

Jean-Yves Le Gal­lou
Pour la pré­fé­rence de civi­li­sa­tion, allo­cu­tion au troi­sième col­loque de l’Institut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 9 avril 2016

Aux oppositions canoniques de la vie politique…

« Aux oppo­si­tions cano­niques de la vie poli­tique, plus ou moins caduques, s’ajoute l’opposition désor­mais car­di­nale entre défen­seurs du peuple cen­tral et pro­mo­teurs des peuples des marges. Entre par­ti­sans du peuple main­te­nu dans ses fon­de­ments cultu­rels et his­to­riques et adeptes d’une recom­po­si­tion du demos qui rêvent de fabri­quer un nou­veau peuple, une nou­velle socié­té régé­né­rée par l’apport d’identités eth­niques et cultu­relles mino­ri­taires. Entre les conser­va­teurs, atta­chés au réta­blis­se­ment de la sou­ve­rai­ne­té popu­laire et de l’unité du sujet poli­tique à tra­vers une démo­cra­tie réfé­ren­daire, et les décons­truc­teurs, réso­lus à dis­soudre l’hégémonie sur­plom­bante de la majo­ri­té au pro­fit d’une démo­cra­tie diver­si­taire” consa­crant la pré­émi­nence des mino­ri­tés et de leurs droits sur la socié­té d’accueil. »

Patrick Buis­son
La Cause du peuple, édi­tions Per­rin, 2016

Dans les tranchées, toutes sortes d’esprits étrangers…

« Dans les tran­chées, toutes sortes d’es­prits étran­gers les uns aux autres ont bien été for­cés d’êtres bons cama­rades. Avec les livres, il n’en va pas autre­ment qu’a­vec les hommes. Ils ont beau être dif­fé­rents, il leur suf­fit d’être forts et hon­nêtes et de savoir s’af­fir­mer, cela donne la meilleure cama­ra­de­rie. »

Wal­ter Flex
Le pèle­rin entre deux mondes (Der Wan­de­rer zwi­schen bei­den Wel­ten), 1916, trad. Phi­lippe Marcq, édi­tions ACE, 2020

Pour la puissance mondiale, tout aussi intégriste…

« Pour la puis­sance mon­diale, tout aus­si inté­griste que l’orthodoxie reli­gieuse, toutes les formes dif­fé­rentes et sin­gu­lières sont des héré­sies. À ce titre, elles sont vouées soit à ren­trer de gré ou de force dans l’ordre mon­dial, soit à dis­pa­raître. […] L’objectif est de réduire toute zone réfrac­taire, de colo­ni­ser et de domes­ti­quer tous les espaces sau­vages, que ce soit dans l’espace géo­gra­phique ou dans l’univers men­tal. »

Jean Bau­drillard
Power Infer­no, édi­tions Gali­lée, 2002

C’est vrai que la France, c’est le produit d’un superbe brassage…

« C’est vrai que la France, c’est le pro­duit d’un superbe bras­sage, sur fond de sauce gal­lo-romaine, de Francs, de Bur­gondes, de Vikings, de Wisi­goths, de Ger­mains, puis d’Alsaciens, de Basques, de Cata­lans, de Juifs d’Alsace et de Lor­raine et du Com­tat-Venais­sin, de Corses, de Fla­mands, de Bre­tons, de Pro­ven­çaux, d’Écossais, de Savoyards, d’Occitans, enfin d’Italiens, d’Espagnols, de Polo­nais, de Por­tu­gais, mais c’était l’Europe qui s’était invi­tée chez elle. Rien que l’Europe. Les voi­là, les Fran­çais de souche ! »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

Les États-Unis tiennent le rôle d’un empire…

« Les États-Unis tiennent le rôle d’un empire, mais ne sont pas un empire. Ils n’ont ni pro­jet ni élite pour le mener à bien. Ils se sont consti­tués contre l’histoire, et leur seul but, c’est d’en finir dans le monde entier avec elle, c’est-à-dire la diver­si­té des peuples et des héri­tages, la diver­si­té aus­si des for­mules poli­tiques. […] Uto­pie qui emporte assez faci­le­ment l’adhésion super­fi­cielle de tous ceux qui ne réflé­chissent pas à ce qu’elle repré­sente, et en par­ti­cu­lier au sys­tème de contraintes et de confor­misme qui serait exi­gé. »

Tho­mas Mol­nar
Amé­ri­ca­no­lo­gie : Triomphe d’un modèle pla­né­taire ?, L’Age d’Homme, coll. Mobiles, 1991

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