Le livre
Ceux de 14

Ceux de 14

Auteur : Mau­rice Gene­voix
Édi­teur : édi­tions Flam­ma­rion (2 octobre 2013)

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : 1er août 1914 : la France décrète la mobi­li­sa­tion géné­rale. Le 2 août, Gene­voix, brillant nor­ma­lien qui n’a pas 24 ans, rejoint le 106e régi­ment d’in­fan­te­rie comme sous-lieu­te­nant… Neuf mois plus tard, il est griè­ve­ment bles­sé et est réfor­mé. Fin de la guerre pour le jeune Gene­voix. Entre ce mois d’août 1914 et les trois balles qui l’at­teignent, le 25 avril 1915 dans la Tran­chée de Calonne, le jeune homme aura par­ti­ci­pé à la bataille de la Marne, mar­ché sur Ver­dun et, sur­tout, pen­dant quatre longs mois, défen­du les Éparges. Sur cette col­line meur­trière, les com­bats se font au corps-à-corps, à la gre­nade, et sous le feu des obus. Entre l’é­té et le prin­temps reve­nu, il vit le quo­ti­dien du fan­tas­sin, la boue, le sang, la mort, alors que le com­man­de­ment croit encore à une guerre courte. 1916 : Gene­voix publie Sous Ver­dun, écrit en quelques semaines et lar­ge­ment cen­su­ré. Sui­vront Nuits de guerre (1917), Au Seuil des Gui­tounes (1918), La Boue (1921) et Les Éparges (1923), réunis sous le titre de Ceux de 14 en 1949. Il s’a­git de l’é­di­tion défi­ni­tive retra­vaillée par l’au­teur. Cette nou­velle édi­tion, pré­fa­cée par Michel Ber­nard et sui­vie d’un dos­sier réa­li­sé par Florent Delu­det, com­prend des pho­to­gra­phies du texte cen­su­ré, des car­nets de Gene­voix, de sa cor­res­pon­dance et de ses « cama­rades du 106 », véri­tables héros de ce récit. Ceux de 14 n’est pas seule­ment le plus grand clas­sique sur 14 – 18, c’est l’ou­vrage d’un immense écri­vain.

Découvrez 7 citations extraites du livre

Être gai, savoir l'être au plus âcre des souffrances du corps...

« Être gai, savoir l’être au plus âcre des souf­frances du corps, le res­ter lorsque la dévas­ta­tion et la mort frappent dure­ment auprès de vous, tenir bon à ces assauts constants que mènent contre le cœur tous les sens sur­ex­ci­tés, c’est pour le chef un rude devoir, et sacré. Je ne veux point fer­mer mes sens pour rendre ma tâche plus facile. Je veux répondre à toutes les sol­li­ci­ta­tions du monde pro­di­gieux où je me suis trou­vé jeté, ne jamais esqui­ver les chocs quand ils devraient me démo­lir, et gar­der mal­gré tout, si je puis, cette belle humeur bien­fai­sante vers laquelle je m’ef­force comme à la conquête d’une ver­tu. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

L'ardente volonté de réussir me possède...

« Je cours, pen­dant que les balles sifflent à mes oreilles et font jaillir la boue autour de mes jambes. À cette minute encore, je me sens sou­le­vé, jeté en avant par une force qui n’est plus en moi : il faut trou­ver le com­man­dant de la bri­gade, lui par­ler, pro­vo­quer l’ordre néces­saire. Je ne mesure pas le poids de ma res­pon­sa­bi­li­té ; mais je la sens lourde, et l’ar­dente volon­té de réus­sir me pos­sède tout entier. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Leurs voix rauques s'entendent à travers la fusillade...

« Hur­rah ! Vorwärts !…”
Ils s’ex­citent en hur­lant, les sau­vages. Leurs voix rauques s’en­tendent à tra­vers la fusillade, déchi­que­tées par les déto­na­tions pres­sées, char­riées par le vent avec les rafales de pluie. Vent furieux, pluie for­ce­née ; il semble que la rage des com­bat­tants gagne le ciel. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

La conscience de cette allégresse toute-puissante...

« Je suis dans cet état étrange qui fut le mien, pour la pre­mière fois, à Som­maisne. Mes jambes se meuvent toutes seules, je me laisse mar­cher, sans réflexion, seule­ment avec la conscience de cette allé­gresse toute-puis­sante qui me ravit à moi-même et fait que je me regarde agir. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

À cinq heures, le feu prend à l'église...

« À par­tir de trois heures, l’ar­tille­rie lourde alle­mande bom­barde Rem­ber­court. À cinq heures, le feu prend à l’é­glise. Le rouge de l’in­cen­die se fait plus ardent à mesure que les ténèbres aug­mentent. À la nuit noire, l’é­glise est un immense bra­sier. Les poutres de la char­pente des­sinent la toi­ture en traits de feu appuyés et en hachures incan­des­centes. Le clo­cher n’est plus qu’une braise énorme au cœur de laquelle on aper­çoit, toutes noires, les cloches mortes.
La char­pente ne s’ef­fondre pas d’un seul coup, mais par larges mor­ceaux. On voit les poutres s’in­flé­chir, céder peu à peu, res­ter sus­pen­dues quelques ins­tants au-des­sus de la four­naise, puis y dégrin­go­ler avec un bruit étouf­fé. Et chaque fois jaillit, très haut, une gerbe d’é­tin­celles claires dont le rou­geoie­ment, comme un écho, flotte long­temps sur le ciel sombre. Je suis res­té des heures les yeux atta­chés à cet incen­die, le cœur ser­ré, dou­lou­reux. Mes hommes, endor­mis sur la terre, jalon­naient de leurs corps inertes la ligne des tran­chées. Et je ne pou­vais me déci­der à m’é­tendre et à dor­mir, comme eux. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Une détonation énorme m'éveille en sursaut...

« Une déto­na­tion énorme m’é­veille en sur­saut. Trois autres ébranlent l’air, à la file ; et j’en­tends par-des­sus ma tête pas­ser le vol des obus, frô­le­ment léger, glis­se­ment rapide que l’on suit de l’o­reille, très loin, très loin, jus­qu’à entendre l’é­cla­te­ment, à peine. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

La marche errante de gens qui ont perdu leur chemin...

« Longue étape, molle, hési­tante. Ce n’est pas à vrai dire une étape, mais la marche errante de gens qui ont per­du leur che­min. Hau­court, puis Malan­court, puis Béthin­court. La route est une rivière de boue. Chaque pas sou­lève une gerbe d’eau jaune. Petit à petit, la capote devient lourde. On a beau enfon­cer le cou dans les épaules : la pluie arrive à s’in­si­nuer et des gouttes froides coulent le long de la peau. Le sac plaque contre les reins. Je reste debout, à chaque halte, n’o­sant pas même sou­le­ver un bras, par crainte d’a­mor­cer de nou­velles gout­tières. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

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