La force de la cité…

« La force de la cité ne réside ni dans ses rem­parts, ni dans ses vais­seaux, mais dans le carac­tère de ses citoyens. »

Thu­cy­dide
His­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse, 431 – 411 avant notre ère, trad. Jac­que­line de Romil­ly, Robert Laf­font édi­teur, coll. Bou­quins, 1990

J’ai encore dans les narines l’odeur de la graisse qui fumait…

« J’ai encore dans les narines l’odeur de la graisse qui fumait sur le fusil-mitrailleur brû­lant. J’ai encore dans les oreilles le cris­se­ment de la neige sous les bro­de­quins ; le frois­se­ment des herbes sèches bat­tues par le vent sur les rives du Don. J’ai encore devant les yeux ce que je voyais au-des­sus de ma tête : la nuit, le car­ré étoi­lé de Cas­sio­pée, le jour, les poutres au pla­fond du bun­ker. Dès que j’y pense, j’éprouve la même ter­reur qu’en cette mati­née de jan­vier où la Katiu­cha se mit à nous cra­cher des­sus de ses soixante-deux canons. »

Mario Rigo­ni Stern
Le Ser­gent dans la neige (le ser­gente nel­la neve), 1953, trad. Noël Calef, Edi­tions 1018, coll. Domaine étran­ger, 1995

Que renaissent les religions…

« Ce n’est pas dans le train-train du monde bour­geois, mais dans un ton­nerre d’a­po­ca­lypse que renaissent les reli­gions. »

Wal­ter Schubart
L’Eu­rope et l’âme de l’O­rient (Euro­pa und die Seele des Ostens), 1938, trad. de Denise Moy­rand et Natha­lie Nicols­ky, édi­tions Albin Michel,1949

Une vaste tapisserie des Gobelins illustrant une scène de bataille…

« Une vaste tapis­se­rie des Gobe­lins illus­trant une scène de bataille pen­dait au mur. Un che­va­lier plan­tait sa lance dans la poi­trine d’un fan­tas­sin ployé en arrière par la force du coup. La tapis­se­rie s’était fanée avec le temps et le flot de sang qui s’épanouissait à la poi­trine de l’homme se tein­tait de la nuance rous­sâtre d’un vieux furo­shi­ki. Le sang et les fleurs se res­sem­blaient, pen­sa Isao, en ce que tous deux étaient prompts à sécher, prompts à chan­ger de sub­stance. C’était pour­quoi, pré­ci­sé­ment, le sang et les fleurs pou­vaient conti­nuer à vivre en revê­tant la sub­stance de la gloire. La gloire sous toutes ses formes était inévi­ta­ble­ment chose métallique. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

La pureté, une idée qui rappelait les fleurs…

« La pure­té, une idée qui rap­pe­lait les fleurs (…), c’était quelque chose qui les reliait direc­te­ment à l’idée du sang, à l’idée des sabres s’abattant sur les hommes d’iniquité, à l’idée de lames échar­pant l’épaule et fai­sant gicler le sang alen­tour. Et à l’idée du sep­pu­ku. Dès l’instant qu’un samou­raï tom­bait comme fleurs de ceri­sier”, son cadavre macu­lé de sang deve­nait aus­si­tôt comme d’odorantes fleurs de ceri­sier. L’idée de pure­té pou­vait donc se trans­for­mer en une chose contraire avec une promp­ti­tude arbi­traire. Aus­si, la pure­té était-elle étoffe de poé­sie. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

Le pays divisé, aux barbares vendus…

« Juste avant le sou­lè­ve­ment, Tadao Saru­wa­ta­ri, âgé de seize ans, avait com­po­sé le poème sui­vant, écrit sur le ban­deau blanc qu’il allait por­ter le soir du com­bat :
Le pays divi­sé, aux bar­bares vendus,
Et le Trône sacré si près d’être perdu,
Ah ! Puis­sions-nous aux dieux du ciel et de la terre,
Témoi­gner à jamais de notre foi sin­cère. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

Se dresser pour combattre sans rien d’autre que le sabre…

« Se dres­ser pour com­battre sans rien d’autre que le sabre, accep­ter jusqu’au risque d’une défaite écla­tante – c’était là l’unique moyen qu’avaient de s’exprimer les aspi­ra­tions fer­ventes de chaque membre de la Socié­té. C’était l’essence même du vaillant esprit de Yamato. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

Le sang s’écoule, l’existence est détruite…

« Le sang s’écoule, l’existence est détruite et les sens anéan­tis accré­ditent pour la pre­mière fois l’existence conçue comme un tout, com­blant l’espace logique entre voir et exis­ter… C’est cela, la mort.
Voi­là com­ment j’appris que l’heureux sen­ti­ment d’exister éprou­vé un moment au cou­cher du soleil dans une vie de sol­dat ne pou­vait être fina­le­ment accré­di­té que par la mort. »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

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