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Nous étions tous jeunes, à la recherche de nous-mêmes…

« Nous étions tous jeunes, à la recherche de nous-mêmes, éblouis à l’i­dée d’être enfin des hommes et non plus des enfants. Nous mesu­rions la vie à l’é­ta­lon de nos rêves et la vie nous sem­blait plus riche, plus brû­lante que nos rêves les plus fous, plus mer­veilleuse que tous les livres. Nous avions le sen­ti­ment que le temps qui passe − le ter­rible Temps qui déco­lore, use, érode, gri­gnote ; qui tue tou­jours à la fin − ne pou­vait rien contre nous.
Nous étions des enfants ! »

Pierre Schoen­doerf­fer
Le Crabe-Tam­bour, édi­tions Gras­set, 1976

Il n’y a pas de mots pour exprimer le sentiment de marcher au combat…

« Il y a des moments où des frag­ments de vie reviennent à l’es­prit avec une clar­té hal­lu­ci­nante, comme cer­tains vers de poètes oubliés, comme cer­taines chan­sons dont on n’est pas très sûr de retrou­ver les paroles mais qu’on ne peut s’empêcher de fre­don­ner… (…) Il n’y a pas de mots pour expri­mer le sen­ti­ment de mar­cher au com­bat – J’au­rais vou­lu fumer une ciga­rette mais nous fon­cions tous feux éteints. C’est aus­si fort, aus­si puis­sant, que l’an­goisse sexuelle d’un adolescent. »

Pierre Schoen­doerf­fer
Le Crabe-Tam­bour, édi­tions Gras­set, 1976

Nous partons, nous tournons le dos aux cris…

« Nous par­tons, nous tour­nons le dos aux cris, aux pleurs et aux grin­ce­ments de dents ; nous lais­sons der­rière nous les argu­ties, les jéré­miades et les pauvres excuses ; ici, à bord, on deman­de­ra que notre oui soit oui, que notre non soit non, rien d’autre. Ain­si il n’y aura point de place pour les séduc­tions du Malin.
Je prends ! »

Pierre Schoen­doerf­fer
Le Crabe-Tam­bour, édi­tions Gras­set, 1976

Le visage de cette contrée était sombre et fantastique…

« Le visage de cette contrée était sombre et fan­tas­tique : la guerre en avait balayé la grâce et y avait impri­mé ses traits d’airain, pour l’effroi du contem­pla­teur solitaire. »

Ernst Jün­ger
Orages d’acier (In Stahl­ge­wit­tern), 1920, trad. Hen­ri Plard, édi­tions Le Livre de Poche, 1989

Je commençai, dès ce temps-là, à m’intéresser à l’histoire…

« Je com­men­çai, dès ce temps-là, à m’intéresser à l’his­toire (…). Par­mi ses per­son­nages, Caton d’Utique me tou­cha, à qui plai­sait, non la cause vic­to­rieuse, mais la cause vain­cue. Comme d’autres, je trou­vais dans la fresque de l’Univers les ombres plus frap­pantes que les lumières, et plus pro­fondes, et dans la tris­tesse le recueille­ment pro­pice à la médi­ta­tion – Hec­tor et Han­ni­bal, les Indiens et les Boers, Mon­te­zu­ma et Maxi­mi­lien, empe­reur du Mexique. »

Ernst Jün­ger
Abeilles de verre (Glä­serne Bie­nen), 1957, trad. Hen­ri Plard, édi­tions Chris­tian Bour­gois, 1971

Pour mériter la paix, il ne suffit pas de ne pas désirer la guerre…

« Pour méri­ter la paix, il ne suf­fit pas de ne pas dési­rer la guerre. La véri­table paix sup­pose un cou­rage qui dépasse celui de la guerre : elle est acti­ve­ment créa­trice, éner­gie spi­ri­tuelle. On la conquiert en maî­tri­sant d’abord son démon inté­rieur, en ban­nis­sant de sa vie per­son­nelle la haine, source de discorde. »

Ernst Jün­ger
La paix, 1943, trad. Banine et Armand Petit­jean, édi­tions La Table Ronde, coll. La Petite Ver­millon, 1992

Politique signifiait pour nous : destin…

« Poli­tique signi­fiait pour nous : des­tin. En dehors de notre sphère la poli­tique était gou­ver­née par les inté­rêts. Certes, étant déci­dés à ne nous sous­traire à aucun far­deau, à ne nous écar­ter d’au­cune néces­si­té, à atta­quer les choses comme elles se pré­sen­taient sur le che­min qui devait nous conduire à l’ac­com­plis­se­ment de nous-mêmes, nous nous aven­tu­rions aus­si dans le monde des affaires et des tra­fics, un monde plein de secrets où la vie appa­raît sous la lumière la plus vive ; pour­tant nous recon­nais­sions qu’une entente était impos­sible entre ce monde et le nôtre. Et pour cette rai­son nous ne la cher­chions même pas. »

Ernst von Salomon
Les Réprou­vés (Die Geäch­te­ten), 1930, trad. Andh­rée Vaillant et Jean Kucken­berg, édi­tions Plon, coll. Feux croi­sés, 1931, édi­tions Bar­tillat, coll. Omnia Poche, 2011

La guerre est la grande forge des peuples…

« La guerre est la grande forge des peuples comme elle est celle des cœurs. »

Ernst Jün­ger
La paix, 1943, trad. Banine et Armand Petit­jean, édi­tions La Table Ronde, coll. La Petite Ver­millon, 1992

Le plus heureux des hommes…

« À quoi juges-tu que Tel­los est le plus heu­reux des hommes ? » — « Tout d’abord », répon­dit Solon, « Tel­los, citoyen d’une cité pros­père, a eu des fils beaux et ver­tueux, et il a vu naître chez eux des enfants qui, tous, ont vécu ; puis, entou­ré de toute la pros­pé­ri­té dont on peut jouir chez nous, il a ter­mi­né sa vie de la façon la plus glo­rieuse : dans une bataille qu’Athènes livrait à ses voi­sins d’Éleusis il com­bat­tit pour sa patrie, mit l’ennemi en déroute et périt héroï­que­ment. »

Héro­dote
L’Enquête, Livre I‑30, Ve siècle avant notre ère, trad. Andrée Bar­guet, édi­tions Gal­li­mard, coll. La Pléiade, 1964

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