Les plus beaux noms portés par les hommes…

« Les plus beaux noms por­tés par les hommes furent les noms don­nés par leurs enne­mis. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
Cité par Léon Bloy en page de titre dans Le Men­diant ingrat (jour­nal de l’au­teur) 1892 – 1895, deuxième édi­tion, 1898

Le chevalier faisait le serment…

« À par­tir du XIe et pen­dant tout le XIIe siècle, la che­va­le­rie va se déve­lop­per. Le che­va­lier fai­sait le ser­ment de se ser­vir de son épée uni­que­ment pour défendre le faible. C’est une exi­gence de dépas­se­ment extra­or­di­naire. La femme y a joué un rôle non négli­geable, puisque c’est elle qui remet­tait son épée au che­va­lier. »

Régine Per­noud
His­toire et lumière, édi­tions du Cerf, 1998

Être gai, savoir l’être au plus âcre des souffrances du corps…

« Être gai, savoir l’être au plus âcre des souf­frances du corps, le res­ter lorsque la dévas­ta­tion et la mort frappent dure­ment auprès de vous, tenir bon à ces assauts constants que mènent contre le cœur tous les sens sur­ex­ci­tés, c’est pour le chef un rude devoir, et sacré. Je ne veux point fer­mer mes sens pour rendre ma tâche plus facile. Je veux répondre à toutes les sol­li­ci­ta­tions du monde pro­di­gieux où je me suis trou­vé jeté, ne jamais esqui­ver les chocs quand ils devraient me démo­lir, et gar­der mal­gré tout, si je puis, cette belle humeur bien­fai­sante vers laquelle je m’ef­force comme à la conquête d’une ver­tu. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

L’ardente volonté de réussir me possède…

« Je cours, pen­dant que les balles sifflent à mes oreilles et font jaillir la boue autour de mes jambes. À cette minute encore, je me sens sou­le­vé, jeté en avant par une force qui n’est plus en moi : il faut trou­ver le com­man­dant de la bri­gade, lui par­ler, pro­vo­quer l’ordre néces­saire. Je ne mesure pas le poids de ma res­pon­sa­bi­li­té ; mais je la sens lourde, et l’ar­dente volon­té de réus­sir me pos­sède tout entier. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Leurs voix rauques s’entendent à travers la fusillade…

« Hur­rah ! Vorwärts !…”
Ils s’ex­citent en hur­lant, les sau­vages. Leurs voix rauques s’en­tendent à tra­vers la fusillade, déchi­que­tées par les déto­na­tions pres­sées, char­riées par le vent avec les rafales de pluie. Vent furieux, pluie for­ce­née ; il semble que la rage des com­bat­tants gagne le ciel. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

La conscience de cette allégresse toute-puissante…

« Je suis dans cet état étrange qui fut le mien, pour la pre­mière fois, à Som­maisne. Mes jambes se meuvent toutes seules, je me laisse mar­cher, sans réflexion, seule­ment avec la conscience de cette allé­gresse toute-puis­sante qui me ravit à moi-même et fait que je me regarde agir. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

À cinq heures, le feu prend à l’église…

« À par­tir de trois heures, l’ar­tille­rie lourde alle­mande bom­barde Rem­ber­court. À cinq heures, le feu prend à l’é­glise. Le rouge de l’in­cen­die se fait plus ardent à mesure que les ténèbres aug­mentent. À la nuit noire, l’é­glise est un immense bra­sier. Les poutres de la char­pente des­sinent la toi­ture en traits de feu appuyés et en hachures incan­des­centes. Le clo­cher n’est plus qu’une braise énorme au cœur de laquelle on aper­çoit, toutes noires, les cloches mortes.
La char­pente ne s’ef­fondre pas d’un seul coup, mais par larges mor­ceaux. On voit les poutres s’in­flé­chir, céder peu à peu, res­ter sus­pen­dues quelques ins­tants au-des­sus de la four­naise, puis y dégrin­go­ler avec un bruit étouf­fé. Et chaque fois jaillit, très haut, une gerbe d’é­tin­celles claires dont le rou­geoie­ment, comme un écho, flotte long­temps sur le ciel sombre. Je suis res­té des heures les yeux atta­chés à cet incen­die, le cœur ser­ré, dou­lou­reux. Mes hommes, endor­mis sur la terre, jalon­naient de leurs corps inertes la ligne des tran­chées. Et je ne pou­vais me déci­der à m’é­tendre et à dor­mir, comme eux. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Une détonation énorme m’éveille en sursaut…

« Une déto­na­tion énorme m’é­veille en sur­saut. Trois autres ébranlent l’air, à la file ; et j’en­tends par-des­sus ma tête pas­ser le vol des obus, frô­le­ment léger, glis­se­ment rapide que l’on suit de l’o­reille, très loin, très loin, jus­qu’à entendre l’é­cla­te­ment, à peine. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

La marche errante de gens qui ont perdu leur chemin…

« Longue étape, molle, hési­tante. Ce n’est pas à vrai dire une étape, mais la marche errante de gens qui ont per­du leur che­min. Hau­court, puis Malan­court, puis Béthin­court. La route est une rivière de boue. Chaque pas sou­lève une gerbe d’eau jaune. Petit à petit, la capote devient lourde. On a beau enfon­cer le cou dans les épaules : la pluie arrive à s’in­si­nuer et des gouttes froides coulent le long de la peau. Le sac plaque contre les reins. Je reste debout, à chaque halte, n’o­sant pas même sou­le­ver un bras, par crainte d’a­mor­cer de nou­velles gout­tières. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Exactement aptes à émouvoir les âmes sensibles…

« Un héli­co­ptère de l’Associated Press la sur­vo­la à vingt reprises à dif­fé­rentes alti­tudes, héris­sé de télé­ob­jec­tifs et de grands angu­laires. Par­mi les pho­tos qui furent publiées dans la presse du monde entier, cer­taines étaient pro­pre­ment bou­le­ver­santes, exac­te­ment aptes à émou­voir les âmes sen­sibles sans trop les effrayer. »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

On a bien trop endormi la population…

« On a bien trop endor­mi la popu­la­tion pour qu’elle pos­sède encore la force d’imaginer d’autres formes de guerre que celles que l’on com­mé­more bête­ment chaque année. La guerre ? Le Fran­çais peut bien lire ce mot noir sur blanc et sur huit colonnes sans que cela lui fasse ni chaud ni froid, à moins d’avoir vu l’ennemi, enten­du le canon ou tou­ché sa carte d’alimentation ! Tout ce que nous obtien­drions, c’est un rush des bonnes femmes sur le sucre, l’huile et le café, et un rush des mor­veux dans les rues du Quar­tier Latin. »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

Auteurs

Auteurs récemment ajoutés