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Chaque chose remplit son seul usage…

« Tem­pé­rance : Pour­quoi jouis­sons-nous des heures dans les refuges ? Parce que les refuges pro­posent une paix modeste où les objets pour­voient à l’homme leur fonc­tion suf­fi­sante. Chaque chose rem­plit son seul usage. Le poêle chauffe, la table est large, la fenêtre ouverte sur la mon­tagne. La soupe fume, les bûches craquent. L’innovation n’a pas sa place dans ce monde ami­cal. La tech­nique pro­cure ce qu’il faut. La tech­no­lo­gie pro­cure ce dont on ignore avoir besoin. »

Syl­vain Tesson
Blanc, édi­tions Gal­li­mard, 2022

La permanence de l’impermanent…

« Le nou­vel ordre pro­duc­tif a ins­ti­tué la per­ma­nence de l’impermanent. La requête du chan­ge­ment” a fini par affo­ler les hommes. En quelques décen­nies, l’organisation glo­bale a éri­gé l’innovation” en dogme. Tou­jours plus, tou­jours dif­fé­rent, tou­jours ailleurs. De là, néces­si­té de vivre vite. Puisque tout se trans­forme, on sera tou­jours en retard. Alors, sous la menace de l’obsolescence, le résul­tat ne sera jamais satis­fai­sant : frus­tra­tion, res­sen­ti­ment, vio­lence. La requête de la mise à jour” numé­rique trans­po­sée dans le champ anthro­po­lo­gique fait de l’His­toire une valse musette avec sub­sti­tu­tion de cava­lier à chaque mesure. »

Syl­vain Tesson
Blanc, édi­tions Gal­li­mard, 2022

Le passé n’a plus de présent parmi nous…

« Le pas­sé n’a plus de pré­sent par­mi nous : l’u­sur­pa­tion mar­chande ne le sup­por­tait pas vivant, habi­té avec du linge aux fenêtres, qui la contre­di­sait tou­jours : cam­pagnes enchan­tées du temps de la trac­tion ani­male, mœurs et usages curieux de ces contrées loin­taines peintes à la main, quar­tiers per­dus, rues pen­sives, pai­sibles mai­sons d’a­vant l’élec­tri­ci­té, chan­sons qu’on chante, pro­fu­sion des siècles ; qui ne sont plus et qui ne revien­dront jamais : jetés tout vivants qu’ils furent dans la chau­dière du pro­grès. »

Bau­douin de Bodinat
La vie sur Terre. Réflexions sur le peu d’a­ve­nir que contient le temps où nous sommes (1996), Édi­tions de l’En­cy­clo­pé­die des Nui­sances, 2008

La technologie révolutionne le rapport des individus et des sociétés à la musique…

« La tech­no­lo­gie, avec l’enregistrement et la radio, révo­lu­tionne le rap­port des indi­vi­dus et des socié­tés à la musique et au son. D’une pra­tique natu­relle et vivante dans une écoute col­lec­tive, l’enregistrement a per­mis une écoute arti­fi­cielle indi­vi­duelle, cor­ro­sive pour les liens socié­taux entre­te­nus tra­di­tion­nel­le­ment par la musique. »

Thier­ry DeCruzy
Démon­dia­li­ser la musique. Une réponse au nau­frage musi­cal euro­péen, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Iliade, 2022

Il n’y a nulle part où aller…

« Mais ce qu’il y a de par­ti­cu­liè­re­ment hor­rible dans le monde actuel, c’est que toute cette sata­née his­toire se passe dans un mou­choir de poche. Il n’y a nulle part où aller. […] Il y a seule­ment un point posi­tif : l’habitude gran­dis­sante qu’ont les hommes mécon­tents à dyna­mi­ter les usines et les cen­trales élec­triques ; j’espère que cela, main­te­nant que c’est encou­ra­gé comme un acte de patrio­tisme”, pour­ra res­ter une habi­tude ! Mais cela ne sera aucu­ne­ment pro­fi­table si ce n’est pas universel. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°52, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Ce n’est pas la nouveauté qui nous désenchante…

« Ce n’est pas la nou­veau­té qui nous désen­chante, c’est au contraire le règne fas­ti­dieux de l’in­no­va­tion, de la confu­sion inces­sam­ment renou­ve­lée, c’est ce kaléi­do­scope tour­nant d’ins­tan­ta­néi­tés uni­ver­selles qui nous fait vivre sans pers­pec­tives de temps ou d’es­pace comme dans les rêves ; c’est l’au­to­ri­ta­risme du chan­ge­ment qui s’é­tonne de nous voir encore atta­chés à la nou­veau­té qu’il recom­man­dait hier, quand il en a une autre à nous impo­ser et qui empile à la va-vite ses pro­grès tech­niques les uns sur les autres sans faire atten­tion que nous sommes là-dessous. »

Bau­douin de Bodinat
La vie sur Terre. Réflexions sur le peu d’a­ve­nir que contient le temps où nous sommes (1996), Édi­tions de l’En­cy­clo­pé­die des Nui­sances, 2008

Fonctionnel est un mot sublime…

« Ils sont fonc­tion­nels, disent les tech­ni­ciens. Fonc­tion­nel est un mot sublime qui signi­fie tou­jours que vous ne comp­tez pas et que vous pou­vez constam­ment être rem­pla­cé par la même uni­té humaine propre à rem­plir les mêmes fonctions. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, 1969, édi­tions Les Sept Cou­leurs, édi­tions Kontre Kul­ture, 2019

Un objet parmi d’autres…

« Fonc­tion­nel signi­fie qu’on vous traite comme un objet par­mi d’autres, mais aus­si que l’objet que vous êtes pose des pro­blèmes qu’on doit résoudre par des solu­tions simples et éco­no­miques. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, 1969, édi­tions Les Sept Cou­leurs, édi­tions Kontre Kul­ture, 2019

Gouverné par les robots…

« Le pou­voir ne rési­de­ra plus dans l’homme mais dans la machine, et un homme, choi­si au hasard, pour­ra la faire fonc­tion­ner. […] Dans un monde gou­ver­né par les robots, il ne s’agit que d’une ques­tion de temps avant que le som­met même ne soit rem­pla­cé par un robot. »

Giu­lia­no da Empoli
Le mage du Krem­lin, édi­tions Gal­li­mard, 2022

L’esthétique façonne l’âme et le caractère…

« On peut uti­li­ser les moyens tech­niques, les méthodes ou les modes d’organisation de l’adversaire, mais pas son esthé­tique, sauf à perdre son âme. Car l’esthétique n’est pas de l’ordre d’un simple moyen maté­riel : elle façonne l’âme et le carac­tère. À quoi bon contes­ter des idées adverses si l’on reven­dique pour soi-même les formes de lai­deur qui accom­pagnent indis­so­cia­ble­ment ces idées et sont appa­rues avec elles ? »

Thier­ry DeCruzy
Démon­dia­li­ser la musique. Une réponse au nau­frage musi­cal euro­péen, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Iliade, 2022

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