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Citations sur la tradition

Que serait donc un homme à ses propres yeux…

« Que serait donc un homme à ses propres yeux, s’il ne repré­sen­tait que soi-même ? Quand cha­cun de nous tourne la tête sur son épaule, il voit une suite indé­fi­nie de mys­tères, dont les âges les plus récents s’appellent la France. Nous sommes le pro­duit d’une col­lec­ti­vi­té qui parle en nous. Que l’influence des ancêtres soit per­ma­nente, et les fils seront éner­giques et droits, la nation une. »

Mau­rice Barrès
La Terre et les Morts, 1899, édi­tions de L’Herne, 2013

Les peuples ne vivent réellement…

« Les peuples ne vivent réel­le­ment que dans la mesure où ils sont gavés d’idéaux, dans la mesure où ils ne peuvent plus res­pi­rer sous trop de croyances. La déca­dence est la vacance des idéaux, le moment où s’installe le dégoût de tout ; c’est une into­lé­rance à l’ave­nir – et, en tant que tel, un sen­ti­ment défi­ci­taire du temps, avec son inévi­table consé­quence : le manque de pro­phète et, impli­ci­te­ment, le manque de héros. »

Emil Cio­ran
De la France, 1941, Cahier Cio­ran, Édi­tions de L’Herne, 2009 puis 2024

C’est qu’Homère devint très vite et resta pour les grecs…

« C’est qu’Homère devint très vite et res­ta pour les grecs, mal­gré les voix dis­cor­dantes de cer­tains phi­lo­sophes, non seule­ment le poète par excel­lence, mais le meilleur mora­liste et le meilleurs théo­lo­gien, le dépo­si­taire et l’interprète de toute sagesse humaine et divine, un maître à pen­ser et un maître à vivre (…). »

Robert Fla­ce­lière
La poé­sie homé­rique, intro­duc­tion à l’édition de la « biblio­thèque de la pléiade » (n°115) de l’Iliade et l’Odyssée, Gal­li­mard, 1956

L’une des plus graves erreurs de la pensée politique…

« L’une des plus graves erreurs de la pen­sée poli­tique moderne”, dont nous subis­sons encore les écla­bous­sures, a été de confondre la socié­té avec l’association : celle-ci en est plus ou moins le contraire. Une socié­té ne se consti­tue pas par l’accord des volon­tés. Au contraire, tout accord de volon­tés pré­sup­pose l’existence d’une socié­té, de gens qui vivent ensemble, et leur accord ne peut consis­ter qu’à pré­ci­ser l’une ou l’autre forme de cette coexis­tence, de cette socié­té pré­exis­tante. L’idée de la socié­té en tant que réunion contrac­tuelle et donc juri­dique, est la ten­ta­tive la plus absurde qui ait été faite de mettre la char­rue avant les bœufs. »

José Orte­ga y Gasset 
Une médi­ta­tion sur l’Europe (Medi­ta­ción de Euro­pa), 1949, trad. Jean Cana­vag­gio, édi­tions Bar­tillat, 2023

Comprise dans ce sens, la tradition est ce qui façonne l’individualité…

« Com­prise dans ce sens, la tra­di­tion est ce qui façonne l’individualité, fon­dant l’iden­ti­té, don­nant sa signi­fi­ca­tion à la vie. Ce n’est pas une trans­cen­dance exté­rieure à soi. La tra­di­tion est un moi” qui tra­verse le temps, une expres­sion vivante du par­ti­cu­lier au sein de l’universel. »

Domi­nique Venner
Le siècle de 1914 : Uto­pies, guerres et révo­lu­tions en Europe au XXe siècle, édi­tions Pyg­ma­lion, coll. His­toire, 2006

En tant qu’archétypes, le masculin et le féminin…

« En tant qu’archétypes, le mas­cu­lin et le fémi­nin sont les deux pôles oppo­sés et indis­pen­sables de la vie. Indis­pen­sables parce que com­plé­men­taires. Si l’un des pôles dis­pa­raît, tout se détraque. Le mas­cu­lin seul engen­dre­rait un monde de bru­ta­li­té et de mort. Le fémi­nin seul, c’est notre monde : les pères ont dis­pa­ru, les enfants sont deve­nus des petits monstres capri­cieux, mous et tyran­niques. Les cri­mi­nels ne sont pas cou­pables, mais des vic­times ou des malades qu’il faut dor­lo­ter. Les psys se mul­ti­plient tan­dis que les psy­cho­pathes mons­trueux narguent leurs vic­times et ricanent au nez des juges. »

Domi­nique Venner
Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013, réédi­tion La Nou­velle Librai­rie, 2022

La tradition telle que je l’entends n’est pas le passé…

« La tra­di­tion telle que je l’entends n’est pas le pas­sé, mais au contraire ce qui ne passe pas et qui revient tou­jours sous des formes dif­fé­rentes. Elle désigne l’essence d’une civi­li­sa­tion sur la très longue durée ce qui résiste au temps et sur­vit aux influences per­tur­ba­trices de reli­gions, de modes ou d’idéologie importées. »

Domi­nique Venner
Un samou­raï d’Occident. Le Bré­viaire des insou­mis, édi­tions Pierre-Guillaume de Roux, 2013, réédi­tion La Nou­velle Librai­rie, 2022

Une civilisation évolue sans cesse et ne se fige que dans la mort…

« Tel un orga­nisme vivant, une civi­li­sa­tion évo­lue sans cesse et ne se fige que dans la mort. Entre res­pect de la tra­di­tion d’une part, et néces­si­té d’in­no­va­tion d’une autre, il s’a­git, comme sou­vent chez Saint-Exu­pé­ry, de conci­lier les contraires et de ne jamais oublier qu’une civi­li­sa­tion de musée est une civi­li­sa­tion morte. Je crois pro­fon­dé­ment qu’une civi­li­sa­tion repose plus sur la créa­tion elle-même que sur le des­tin des objets créés. L’art de la danse ne laisse point de traces qui puissent enri­chir les col­lec­tions, et cepen­dant une civi­li­sa­tion peut repo­ser sur la qua­li­té de ses dan­seurs. Il ne s’a­git jamais, en fin de compte, que d’une marche vers la per­fec­tion.” »

Phi­lippe de Laitre
Saint-Exu­pé­ry. Au-delà du Petit Prince, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Les idées à l’endroit, 2024

En tant que principe éternel, le conservatisme…

« En tant que prin­cipe éter­nel, le conser­va­tisme exige qu’en déci­dant des des­ti­nées des socié­tés, des États et des cultures, l’on écoute non seule­ment la voix des vivants, mais encore celle des morts, que l’on recon­naisse non seule­ment l’être réel du pré­sent, mais encore celui du pas­sé, que la liai­son avec nos défunts ne soit pas tranchée. »

Nico­las Berdiaev
De l’inégalité, édi­tions L’Âge d’homme, 2008

La vérité du conservatisme est celle de l’historisme…

« La véri­té du conser­va­tisme est celle de l’his­to­risme, celle du sen­ti­ment de la réa­li­té his­to­rique, entiè­re­ment atro­phiée chez le révo­lu­tion­naire et chez le radi­cal. Nier la suc­ces­sion his­to­rique, c’est reje­ter et détruire la réa­li­té his­to­rique, c’est vou­loir igno­rer l’or­ga­nisme his­to­rique vivant, c’est atten­ter à l’être réel ; cela revient à nier et à détruire l’hé­ré­di­té per­son­nelle du moi. La réa­li­té his­to­rique repré­sente un indi­vi­du d’un type par­ti­cu­lier. Elle a une durée orga­nique, ain­si que des degrés hié­rar­chiques. Détruire la struc­ture hié­rar­chique du cos­mos his­to­rique, c’est détruire l’his­toire, et non pas la faire. Il se forme dans le cos­mos his­to­rique des qua­li­tés qui sont irré­duc­tibles et indes­truc­tibles dans leur fon­de­ment onto­lo­gique. Cette hié­rar­chie des qua­li­tés fixées dans l’his­toire ne doit pas faire obs­tacle à la for­ma­tion de qua­li­tés nou­velles, elle ne doit pas bri­der l’é­lan créa­teur. Mais aucun mou­ve­ment, aucune for­ma­tion de qua­li­tés nou­velles ne peuvent anéan­tir ni effa­cer les valeurs et les qua­li­tés his­to­riques déjà cristallisées. »

Nico­las Berdiaev
De l’inégalité, édi­tions L’Âge d’homme, 2008

Mais quelle Europe ? C’est pourtant en réfléchissant sur l’Europe…

« Mais quelle Europe ? C’est pour­tant en réflé­chis­sant sur l’Europe que nous pour­rions accé­der au plus haut point de vue d’où nous serait dévoi­lé dans tout ce qui se passe” un unique enjeu. Je ne parle pas de l’Europe des mar­chés ou de l’Europe des masses. Je parle des tra­di­tions fon­da­men­tales de l’esprit euro­péen. Je parle du réveil de la vieille men­ta­li­té euro­péenne, tou­jours pré­sente en nous por­tant. Car l’homme est ceci et cela, mais d’abord du temps lié. Je parle de la vieille recréa­tion, sous des formes nou­velles, du vieil esprit de l’Europe, pro­mé­théen et aris­to­cra­tique. Pro­mé­théen : la volon­té de puis­sance de l’homme sur la nature. Aris­to­cra­tique : recon­naître et culti­ver dans les hommes leur capa­ci­té à se dis­tin­guer les uns des autres. Vieil esprit pour lequel chif­frer n’est pas tout, et pour lequel le nombre n’est pas le chef. Vieil esprit pour lequel il y a quelque chose au-des­sus du social, de l’économique, du quan­ti­ta­tif : la facul­té déli­cate, les hautes éner­gies intimes qu’il faut pour sen­tir et pour célé­brer la qua­li­té. Vieil esprit immor­tel qui voit dans les plus pro­fonds enra­ci­ne­ments la condi­tion de la plus haute élé­va­tion, dans la dis­pa­ri­té des natures humaines la condi­tion de l’humanité orga­nique, dans la diver­si­té des cultures la condi­tion de la culture. Je dis que notre fonds est à repen­ser. Res­sai­sir le pas­sé de l’Europe, notre héri­tage, et l’adapter au nou­veau mil­lé­naire qui approche. Rien ne me paraît plus impor­tant que la réflexion sur ce qu’il y a de spé­ci­fique dans l’esprit euro­péen. Il y a bien, pour moi, un unique enjeu. Recréer le monde men­tal euro­péen qui s’oppose à la fois au com­mu­nisme et à l’américanisme. Et en refaire le pre­mier parce qu’il fut le primordial. »

Louis Pau­wels
Com­ment devient-on ce que l’on est ?, édi­tions Stock, 1978

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