Le livre
La France contre les robots

La France contre les robots

Auteur : Georges Ber­na­nos
Édi­teur : édi­tions Robert Laf­font (1947), Le Cas­tor Astral (2017)

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : « Le dan­ger n’est pas dans les machines, sinon nous devrions faire ce rêve absurde de les détruire par la force, à la manière des ico­no­clastes qui, en bri­sant les images, se flat­taient d’a­néan­tir aus­si les croyances. Le dan­ger n’est pas dans la mul­ti­pli­ca­tion des machines, mais dans le nombre sans cesse crois­sant d’hommes habi­tués, dès leur enfance, à ne dési­rer que ce que les machines peuvent don­ner. » G.B.

Georges Ber­na­nos a notam­ment lais­sé der­rière lui un pam­phlet vision­naire des­ti­né à réveiller les consciences. Plus d’un demi-siècle après la dis­pa­ri­tion de son auteur, La France contre les robots reste d’une incroyable actua­li­té. Cette apo­lo­gie de la Liber­té est un défi jeté aux ido­lâ­tries du pro­fit et de la force, une cri­tique du capi­ta­lisme indus­triel et des tyran­nies modernes, ain­si qu’une dénon­cia­tion du culte de la vitesse et du ren­de­ment effré­né. Avec véhé­mence, Ber­na­nos conteste l’i­dée selon laquelle le sys­tème maté­ria­liste et mer­can­tile condui­rait fata­le­ment au bon­heur de l’hu­ma­ni­té. Selon lui, en effet, il y aura tou­jours plus à gagner à satis­faire les vices de l’homme que ses besoins. Il explique ain­si : « Un jour, on plon­ge­ra dans la ruine du jour au len­de­main des familles entières parce qu’à des mil­liers de kilo­mètres pour­ra être pro­duite la même chose pour deux cen­times de moins à la tonne. » Une éton­nante pré­fi­gu­ra­tion de la mon­dia­li­sa­tion et des délo­ca­li­sa­tions ! Un cri appe­lant à la construc­tion d’une socié­té où il serait enfin pos­sible de mener une vie digne de l’être humain.

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Découvrez 5 citations extraites du livre

Lorsqu'on pense aux moyens chaque fois plus puissants...

« Lors­qu’on pense aux moyens chaque fois plus puis­sants dont dis­pose le sys­tème, un esprit ne peut évi­dem­ment res­ter libre qu’au prix d’un effort conti­nuel. Qui de nous peut se van­ter de pour­suivre cet effort jus­qu’au bout ? Qui de nous est sûr, non seule­ment de résis­ter à tous les slo­gans, mais aus­si à la ten­ta­tion d’op­po­ser un slo­gan à un autre ? »

Georges Ber­na­nos
La France contre les robots, édi­tions Robert Laf­font, 1947

La civilisation de la quantité opposée à celle de la qualité...

« La civi­li­sa­tion de la quan­ti­té oppo­sée à celle de la qua­li­té. Les imbé­ciles y dominent donc par le nombre, ils sont le nombre […]. Un monde domi­né par la force est un monde abo­mi­nable, mais le nombre domi­né par le nombre est ignoble. La force fait tôt ou tard sur­gir des révol­tés, elle engendre l’esprit de révolte, elle fait des héros et des mar­tyrs. La tyran­nie abjecte du nombre est une infec­tion lente qui n’a jamais pro­vo­qué de fièvre. Le nombre crée une socié­té à son image, une socié­té d’êtres non pas égaux mais pareils, seule­ment recon­nais­sables à leurs empreintes digi­tales. »

Georges Ber­na­nos
La France contre les robots, édi­tions Robert Laf­font, 1947

Affaiblissement d’un peuple ou d’une civilisation...

« Affai­blis­se­ment d’un peuple ou d’une civi­li­sa­tion résul­tant de causes endo­gènes, et ten­dant à lui faire perdre son iden­ti­té et sa créa­ti­vi­té.
Les causes de la déca­dence sont presque par­tout les mêmes dans l’histoire : indi­vi­dua­lisme et hédo­nisme exces­sifs, amol­lis­se­ment des mœurs, égoïsme social, dévi­ri­li­sa­tion, mépris des valeurs héroïques, intel­lec­tua­li­sa­tion des élites, déclin de l’éducation popu­laire, détour­ne­ment ou aban­don de la spi­ri­tua­li­té et du sacré, etc.
D’autres causes sont fré­quentes : modi­fi­ca­tion du sub­strat eth­nique, dégé­né­res­cence des aris­to­cra­ties natu­relles, perte de la mémoire his­to­rique, oubli des valeurs fon­da­trices. La déca­dence sur­vient lorsque le sou­ci du main­tien dans l’histoire de la com­mu­nau­té-du-peuple s’estompe, lorsque les liens com­mu­nau­taires de soli­da­ri­té et de lignage s’affaiblissent. Pour résu­mer, on peut dire que la déca­dence voit des symp­tômes appa­rem­ment contraires se conju­guer : l’excessive intel­lec­tua­li­sa­tion des élites, de plus en plus cou­pées du réel, et la pri­mi­ti­vi­sa­tion du peuple. Panem et cir­censes
L’Europe connaît aujourd’hui une telle situa­tion. La plu­part du temps, la déca­dence est mal per­çue comme telle et refu­sée par ses contem­po­rains. Ceux qui la dénoncent sont assi­mi­lés à des pro­phètes de mal­heur. Les époques de déca­dence se parent sou­vent du masque de la renais­sance. Ces atti­tudes sont des com­por­te­ments de conju­ra­tion du réel, d’occultation des symp­tômes dans le but de ras­su­rer.
Aucune déca­dence ne doit être consi­dé­rée comme irré­ver­sible. Il faut culti­ver l’optimisme tra­gique de Nietzsche. Paris-Mar­seille en un quart d’heure, c’est for­mi­dable ! Car vos fils et vos filles peuvent cre­ver, le grand pro­blème à résoudre sera tou­jours de trans­por­ter vos viandes à la vitesse de l’éclair. Que fuyez-vous donc, imbé­ciles ? Hélas, c’est vous que vous fuyez, vous-mêmes”. »

Georges Ber­na­nos
La France contre les robots, édi­tions Robert Laf­font, 1947

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