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Citations sur l'effort

Autrefois, les jeunes gens étaient obligés d’étudier…

« Autre­fois, les jeunes gens étaient obli­gés d’étu­dier ; ils n’a­vaient pas envie de pas­ser pour des ignares, ils se don­naient du mal, bon gré mal gré. Aujourd’­hui, il leur suf­fit de dire : fari­boles, tout n’est que fari­boles ! et le tour est joué […] les voi­là tout d’un coup pro­mus nihi­listes. »

Ivan Tour­gue­niev
Pères et fils, 1862, in Romans et nou­velles com­plets, tome II, trad. Fran­çoise Fla­mant, édi­tions Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, 1982

Car il n’est rien qui puisse me satisfaire…

« Car il n’est rien qui puisse me satisfaire ;
La nou­veau­té, sur terre, est si tôt défraîchie ;
Je me sens aspi­ré sans cesse vers le haut, plus détaché,
Proche de plus en plus de la splen­deur solaire. »

Yukio Mishi­ma
Poème Icare in Le soleil et l’acier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

S’il était vrai que mon moi fût ma demeure…

« S’il était vrai que mon moi fût ma demeure, mon corps figu­rait en ce cas un ver­ger à l’entour. Il m’était loi­sible soit de culti­ver à plein ce ver­ger, soit de le lais­ser enva­hir par la mau­vaise herbe. Libre à moi de choi­sir, mais cette liber­té n’allait pas de soi autant qu’on pour­rait le croire. Bien des gens, à la véri­té, vont jusqu’à bap­ti­ser des­ti­née” les ver­gers de leur demeure.
Un beau jour, il me vint à l’esprit de culti­ver mon ver­ger de toutes mes forces. À cette fin, j’utilisai le soleil et l’acier. »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

Le besoin où j’étais d’éduquer mon corps…

« Le besoin où j’étais d’éduquer mon corps aurait pu être pré­vu dès l’instant où je res­sen­tis l’attirance des don­nées pro­fondes de la sur­face. Je savais que la seule chose qui pou­vait for­ti­fier une telle idée c’était le muscle. Qui accorde la moindre atten­tion à un théo­ri­cien d’éducation phy­sique décrépit ? »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

Que le meilleur l’emporte…

« De toute évi­dence, il impor­tait peu que le vain­queur fût l’un ou l’autre de ses sou­pi­rants. La loi du Wild, la loi de la vie, exi­geait que le meilleur l’emporte, et le meilleur, quelque moyen qu’il uti­li­sât, était celui qui sur­vi­vait. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Être gai, savoir l’être au plus âcre des souffrances du corps…

« Être gai, savoir l’être au plus âcre des souf­frances du corps, le res­ter lorsque la dévas­ta­tion et la mort frappent dure­ment auprès de vous, tenir bon à ces assauts constants que mènent contre le cœur tous les sens sur­ex­ci­tés, c’est pour le chef un rude devoir, et sacré. Je ne veux point fer­mer mes sens pour rendre ma tâche plus facile. Je veux répondre à toutes les sol­li­ci­ta­tions du monde pro­di­gieux où je me suis trou­vé jeté, ne jamais esqui­ver les chocs quand ils devraient me démo­lir, et gar­der mal­gré tout, si je puis, cette belle humeur bien­fai­sante vers laquelle je m’ef­force comme à la conquête d’une ver­tu. »

Mau­rice Genevoix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

La marche errante de gens qui ont perdu leur chemin…

« Longue étape, molle, hési­tante. Ce n’est pas à vrai dire une étape, mais la marche errante de gens qui ont per­du leur che­min. Hau­court, puis Malan­court, puis Béthin­court. La route est une rivière de boue. Chaque pas sou­lève une gerbe d’eau jaune. Petit à petit, la capote devient lourde. On a beau enfon­cer le cou dans les épaules : la pluie arrive à s’in­si­nuer et des gouttes froides coulent le long de la peau. Le sac plaque contre les reins. Je reste debout, à chaque halte, n’o­sant pas même sou­le­ver un bras, par crainte d’a­mor­cer de nou­velles gouttières. »

Mau­rice Genevoix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

S’efforce constamment de vivre en beauté…

« L’homme qui, au nom d’un idéal moral, s’efforce constam­ment de vivre en beau­té et qui consi­dère la mort comme le cri­tère ultime de cette beau­té, vivra jour après jour dans une ten­sion conti­nuelle. Jôchô, aux yeux de qui la paresse est le vice suprême, a décou­vert un mode de vie quo­ti­dienne dans lequel la ten­sion n’offre jamais la moindre rémis­sion ; c’est la lutte au sein même de la bana­li­té de tous les jours. Voi­là le métier du samou­raï. »

Yukio Mishi­ma
Le Japon moderne et l’éthique samou­raï, 1967, trad. Émile Jean, édi­tions Gal­li­mard, NRF, coll. Arcades Gal­li­mard, 1985

Le chant grégorien, les églises romanes…

« Le chant gré­go­rien, les églises romanes, l’Iliade, l’invention de la géo­mé­trie, n’ont pas été, chez les êtres à tra­vers les­quels ces choses sont pas­sées pour venir jusqu’à nous, des occa­sions d’épanouissement.
La science, l’art, la lit­té­ra­ture, la phi­lo­so­phie qui sont seule­ment des formes d’épanouissement de la per­sonne, consti­tuent un domaine où s’accomplissent des réus­sites écla­tantes, glo­rieuses, qui font vivre des noms pen­dant des mil­liers d’années. Mais au-des­sus de ce domaine, loin au-des­sus, sépa­ré de lui par un abîme, en est un autre où sont situées les choses de tout pre­mier ordre. Celles-là sont essen­tiel­le­ment anonymes. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

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