Ça n’est jamais fini, et quand bien même ça le serait, tout recommencera…

« J’ai péché, j’ai cro­qué le fruit défen­du, j’ai abju­ré mon Dieu, j’ai per­du cette vie, mais il y en a une autre. Tout n’est pas per­du. Notre sacri­fice n’aura pas été vain. Reste la lampe sous le bois­seau, demeurent nos enfants, qui nous rachè­te­ront, qui nous ven­ge­ront. Ça n’est jamais fini, et quand bien même ça le serait, tout recom­men­ce­ra. »

Fran­çois Bousquet
Cou­rage ! Manuel de gué­rilla cultu­relle, édi­tions de La Nou­velle Librai­rie, 2019

Le courage ne s’exerce plus sur les champs de bataille…

« Le cou­rage ne s’exerce plus sur les champs de bataille, mais dans l’arène média­tique, dans l’arène intel­lec­tuelle, dans l’arène poli­tique. Il n’est plus tant dans l’action que dans le dire. Le dire est l’action, le faire est le verbe. Telle est la per­for­ma­ti­vi­té. Elle est la force entraî­nante du verbe, sa force agis­sante. Le verbe réa­lise lui-même ce qu’il énonce. La parole est alors créa­trice, pro­créa­trice, cocréa­trice. Dire, c’est for­cer l’inertie des choses. Les sor­tir de leur mutisme, de leur immo­bi­lisme. Dire, c’est pro­duire de l’énergie col­lec­tive, de l’enthou­siasme. »

Fran­çois Bousquet
Cou­rage ! Manuel de gué­rilla cultu­relle, édi­tions de La Nou­velle Librai­rie, 2019

S’il faut une opposition pour défendre et sauver la personne…

« S’il faut une oppo­si­tion pour défendre et sau­ver la per­sonne, nous sommes de cette oppo­si­tion. Mais nous refu­sons, en com­bat­tant pour la per­sonne, de com­battre pour cette réa­li­té agres­sive et avare qui se retranche der­rière elle. Une per­sonne, ce n’est pas un fais­ceau de reven­di­ca­tions tour­nées vers le dedans à l’intérieur d’une fron­tière arbi­traire, et je ne sais quel désir d’affirmation. C’est un style réduc­teur des influences, mais lar­ge­ment ouvert à elles, une puis­sance orien­tée d’attente et d’accueil. C’est une force ner­veuse de créa­tion et de maî­trise, mais au sein d’une com­mu­nion humaine où toute créa­tion est un rayon­ne­ment, toute maî­trise un ser­vice. C’est une liber­té d’initiative, c’est-à-dire un foyer de com­men­ce­ments, une pre­mière pente vers le monde, une pro­messe d’amitiés mul­tiples, une offre de soi. On ne se trouve qu’en se per­dant ; on ne pos­sède que ce qu’on aime. Allons plus loin, jusqu’au bout de la véri­té qui nous sau­ve­ra : on ne pos­sède que ce qu’on donne. Ni reven­di­ca­tion, ni démis­sion : nous refu­sons le mal de l’Orient et le mal de l’Occi­dent. Mais un mou­ve­ment croi­sé d’intériorisation et de don […]. »

Emma­nuel Mounier
« Pour une réha­bi­li­ta­tion de la com­mu­nau­té », in Kri­sis n°16, juin 1994

Dans cette guerre où l’ennemi était chez nous…

« Dans cette guerre où l’ennemi était chez nous, et sou­vent dans nos églises et dans les palais gou­ver­ne­men­taux, il fal­lait un sens par­ti­cu­lier de l’orientation pour trou­ver son chemin. »

Domi­nique Venner
Car­nets rebelles – volume I, édi­tions de La Nou­velle Librai­rie, 2021

J’ai encore dans les narines l’odeur de la graisse qui fumait…

« J’ai encore dans les narines l’odeur de la graisse qui fumait sur le fusil-mitrailleur brû­lant. J’ai encore dans les oreilles le cris­se­ment de la neige sous les bro­de­quins ; le frois­se­ment des herbes sèches bat­tues par le vent sur les rives du Don. J’ai encore devant les yeux ce que je voyais au-des­sus de ma tête : la nuit, le car­ré étoi­lé de Cas­sio­pée, le jour, les poutres au pla­fond du bun­ker. Dès que j’y pense, j’éprouve la même ter­reur qu’en cette mati­née de jan­vier où la Katiu­cha se mit à nous cra­cher des­sus de ses soixante-deux canons. »

Mario Rigo­ni Stern
Le Ser­gent dans la neige (le ser­gente nel­la neve), 1953, trad. Noël Calef, Edi­tions 1018, coll. Domaine étran­ger, 1995

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