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Citations sur la bourgeoisie

Les descendants des anciens preux, les dernières branches…

« Plus que ces douai­rières, les hommes ras­sem­blés autour d’un whist, se révé­laient ain­si que des êtres immuables et nuls ; là, les des­cen­dants des anciens preux, les der­nières branches des races féo­dales, appa­rurent à des Esseintes sous les traits de vieillards catar­rheux et maniaques, rabâ­chant d’insipides dis­cours, de cen­te­naires phrases. De même que dans la tige cou­pée d’une fou­gère, une fleur de lis sem­blait seule empreinte dans la pulpe ramol­lie de ces vieux crânes.
Une indi­cible pitié vint au jeune homme pour ces momies ense­ve­lies dans leurs hypo­gées pom­pa­dour à boi­se­ries et à rocailles, pour ces maus­sades len­dores qui vivaient, l’œil constam­ment fixé sur un vague Cha­naan, sur une ima­gi­naire Pales­tine. »

Joris Karl Huys­mans
À Rebours, 1884, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

Les élites décadentes, coupées de leur vraie mission…

« Les élites déca­dentes, cou­pées de leur vraie mis­sion de ser­vir Dieu, la famille, la patrie, ont l’argent comme pré­oc­cu­pa­tion pre­mière. Les valeurs dont elles se gar­ga­risent sont sur­tout des valeurs finan­cières. L’esprit de Juda qui, dans l’Évangile, est payé pour avoir tra­hi le Christ n’est jamais loin. »

Ivan Blot
La tra­hi­son des élites, sixième opus du cycle de confé­rences sur « L’homme héroïque », 2 février 2016

L’argent est maître sans limitation ni mesure…

« Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du monde l’argent est maître sans limi­ta­tion ni mesure. Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du monde l’argent est seul en face de l’es­prit. (Et même il est seul en face des autres matières.)
Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du monde l’argent est seul devant Dieu. »

Charles Péguy
Note conjointe sur M. Des­cartes et la phi­lo­so­phie car­té­sienne, 1914, in Œuvres com­plètes, Tome IX : Œuvres post­humes, édi­tions de la Nou­velle Revue Fran­çaise, 1924

Vieux bureaucrate, mon camarade ici présent…

« Vieux bureau­crate, mon cama­rade ici pré­sent, nul jamais ne t’a fait éva­der et tu n’en es point res­pon­sable. Tu as construit ta paix à force d’a­veu­gler de ciment, comme le font les ter­mites, toutes les échap­pées vers la lumière. Tu t’es rou­lé en boule dans ta sécu­ri­té bour­geoise, tes rou­tines, les rites étouf­fants de ta vie pro­vin­ciale, tu as éle­vé cet humble rem­part contre les vents et les marées et les étoiles. Tu ne veux point t’in­quié­ter des grands pro­blèmes, tu as eu bien assez de mal à oublier ta condi­tion d’homme. Tu n’es point l’ha­bi­tant d’une pla­nète errante, tu ne te poses point de ques­tions sans réponse : tu es un petit bour­geois de Tou­louse. Nul ne t’a sai­si par les épaules quand il était temps encore. Main­te­nant, la glaise dont tu es for­mé a séché, et s’est dur­cie, et nul en toi ne sau­rait désor­mais réveiller le musi­cien endor­mi ou le poète, ou l’as­tro­nome qui peut-être t’ha­bi­tait d’a­bord. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Terre des hommes, édi­tions Gal­li­mard, 1939

La primauté du soldat se retrouve partout…

« La pri­mau­té du sol­dat se retrouve par­tout chez les Aztèques comme à Sparte. Les mar­chands s’y enri­chissent hon­teu­se­ment et en cachette. Leurs enfants ne peuvent se marier qu’entre eux : tan­dis que, dans le cor­tège du triomphe, le sol­dat marche à côté de l’Em­pe­reur, n’ayant que ses lau­riers et sa char­rue. »

Mau­rice Bar­dèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

L’argent est le maître de l’homme d’État…

« Le monde moderne a créé une situa­tion nou­velle, nova ab inte­gro. L’argent est le maître de l’homme d’État comme il est le maître de l’homme d’affaires. Et il est le maître du magis­trat comme il est le maître du simple citoyen. Et il est le maître de l’État comme il est le maître de l’é­cole. Et il est le maître du public comme il est le maître du pri­vé. »

Charles Péguy
Note conjointe sur M. Des­cartes et la phi­lo­so­phie car­té­sienne, 1914, in Œuvres com­plètes, Tome IX : Œuvres post­humes, édi­tions de la Nou­velle Revue Fran­çaise, 1924

Beaucoup de bourgeois bedonnants, émasculés par le commerce…

« Puis, un calme pro­fond, une attente épou­van­tée et silen­cieuse avait pla­né sur la cité. Beau­coup de bour­geois bedon­nants, émas­cu­lés par le com­merce, atten­daient anxieu­se­ment les vain­queurs, trem­blant qu’on ne consi­dé­rât comme une arme leurs broches à rôtir ou leurs grands cou­teaux de cui­sine. »

Guy de Mau­pas­sant
Boule de suif, 1880, édi­tions Le Livre de Poche, 2000

La Grande Guerre, cette catastrophe européenne…

« Le XXème siècle, nous le savons, est mort en 1989. Il aura duré soixante-dix ans. Il avait vu le jour entre 1914 et 1918, fils de l’horreur et de l’imposture. La Grande Guerre”, cette catas­trophe euro­péenne, fut déclen­chée et conduite par des bar­bons très conve­nables au nom des valeurs éter­nelles” de la per­sonne humaine, du droit, de la patrie et de la civi­li­sa­tion. Des tue­ries sans nom, la liqui­da­tion de géné­ra­tions entières de jeunes hommes, la nais­sance à l’Est de la plus féroce et de la plus absurde des tyran­nies, la des­truc­tion d’équilibres sécu­laires irrem­pla­çables, le char­cu­tage inique des nations d’Europe cen­trale pour com­plaire aux uto­pies ou aux ambi­tions de vision­naires éga­rés, sans oublier l’enfantement, vingt ans plus tard, d’un nou­vel holo­causte pire encore, voi­là de quoi avait accou­ché l’ère bour­geoise triom­phante, héri­tière satis­faite de 1789. »

Domi­nique Ven­ner
Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

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