Les Anciens et les médiévaux habitaient un cosmos…

« Les Anciens et les médié­vaux habi­taient un cos­mos, c’est-à-dire, au sens pre­mier du terme grec, un ensemble ordon­né et har­mo­nieux, où il reve­nait à l’homme de jouer sa propre par­tie. Les Modernes se trouvent pla­cés dans un uni­vers sans qua­li­tés” – démo­ra­li­sé”, pour reprendre l’expression de Rémi Brague – qu’ils sont appe­lés à exploi­ter pour satis­faire leurs dési­rs. À l’exploitation de la nature, les Verts entendent sub­sti­tuer sa pro­tec­tion : on pré­tend tout chan­ger, mais le para­digme ges­tion­naire demeure. »

Oli­vier Rey
L’écologie ne se résume pas à la trot­ti­nette et aux éoliennes, entre­tien au Figa­ro, pro­pos recueillis par Alexandre Devec­chio, 10 juillet 2020

Nous devons nous forger…

« À par­tir du moment où plus rien ne mérite le res­pect dans notre socié­té, nous devons nous for­ger dans la soli­tude de nou­velles loyau­tés silen­cieuses. »

Nicolás Gómez Dávi­la
Le Réac­tion­naire authen­tique (El reac­cio­na­rio autén­ti­co), 1995, trad. Michel Bibard, Édi­tions du Rocher, coll. Ana­to­lia, 2005

Le français, langue moderne de la clandestinité de l’esprit ?

« C’est dans cette mino­ri­té clan­des­tine mon­diale, et non plus dans la mino­ri­té visible, splen­di­de­ment meu­blée, mais cir­cons­crite à quelques capi­tales, du ban­quet des Lumières, que réside aujourd’­hui, à l’in­su des sta­tis­ti­ciens, des lin­guistes et des pro­gram­ma­teurs de nov­langues”, à l’in­su de la plu­part des Fran­çais, la vie et l’a­ve­nir de leur idiome irrem­pla­çable au titre de langue lit­té­raire et de langue de la bonne com­pa­gnie”. Le fran­çais, langue moderne de la clan­des­ti­ni­té de l’es­prit ? »

Marc Fuma­ro­li
Quand l’Eu­rope par­lait fran­çais, Édi­tions de Fal­lois, 2001

La presse ne retient que les formules à sensation…

« La presse est le lieu pri­vi­lé­gié où se mani­festent cette hâte et cette super­fi­cia­li­té qui sont la mala­die men­tale du XXe siècle. Aller au cœur des pro­blèmes lui est contre-indi­qué, cela n’est pas dans sa nature, elle ne retient que les for­mules à sen­sa­tion. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Se rebeller contre l’inévitable…

« Se rebel­ler contre l’i­né­vi­table et se rési­gner à l’é­vi­dence : c’est ce qui carac­té­rise l’homme moderne. »

Nicolás Gómez Dávi­la
Le Réac­tion­naire authen­tique (El reac­cio­na­rio autén­ti­co), 1995, trad. Michel Bibard, Édi­tions du Rocher, coll. Ana­to­lia, 2005

Qui ne sait le charme des landes ?

« Qui ne sait le charme des landes ?… Il n’y a peut-être que les pay­sages mari­times, la mer et ses grèves, qui aient un carac­tère aus­si expres­sif et qui vous émeuvent davan­tage. Elles sont comme les lam­beaux, lais­sés sur le sol, d’une poé­sie pri­mi­tive et sau­vage que la main et la herse de l’homme ont déchi­rée. Haillons sacrés qui dis­pa­raî­tront au pre­mier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, gros­siè­re­ment maté­ria­liste et uti­li­taire, a pour pré­ten­tion de faire dis­pa­raître toute espèce de friche et de brous­sailles aus­si bien du globe que de l’âme humaine. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille…

« Asser­vie aux idées de rap­port, la socié­té, cette vieille ména­gère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne com­prend pas plus les divines igno­rances de l’esprit, cette poé­sie de l’âme qu’elle veut échan­ger contre de mal­heu­reuses connais­sances tou­jours incom­plètes, qu’elle n’admet la poé­sie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inuti­li­té des choses. Pour peu que cet effroyable mou­ve­ment de la pen­sée moderne conti­nue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied ; pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises phy­siques qu’on prend pour de la Civi­li­sa­tion et du Pro­grès, il n’y aura ni ruines, ni men­diants, ni terres vagues, ni super­sti­tions comme celles qui vont faire le sujet de cette his­toire, si la sagesse de notre temps veut bien nous per­mettre de la racon­ter. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

À notre époque d’intelligence obscurcie…

« À notre époque d’intel­li­gence obs­cur­cie, on ne fait aucune dif­fi­cul­té de récla­mer pour tous une part égale aux pri­vi­lèges, aux choses qui ont pour essence d’être des pri­vi­lèges. C’est une espèce de reven­di­ca­tion à la fois absurde et basse ; absurde, parce que le pri­vi­lège par défi­ni­tion est inégal ; basse, parce qu’il ne vaut pas d’être dési­ré. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

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