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Citations d'un auteur américain

De toute manière, la lutte pour la vie…

« De toute manière, la lutte pour la vie n’é­tait une tra­gé­die que pour ceux qui étaient vain­cus. Pour les vain­queurs, elle était une conti­nua­tion, une joie et un renouvellement. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Que le meilleur l’emporte…

« De toute évi­dence, il impor­tait peu que le vain­queur fût l’un ou l’autre de ses sou­pi­rants. La loi du Wild, la loi de la vie, exi­geait que le meilleur l’emporte, et le meilleur, quelque moyen qu’il uti­li­sât, était celui qui sur­vi­vait. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Nous avons un marché universel…

« Nous avons un mar­ché uni­ver­sel, mais il n’est pas por­teur des effets civi­li­sa­teurs qu’en atten­daient avec tant de confiance Hume et Vol­taire. Au lieu d’engendrer une prise en compte nou­velle de nos incli­na­tions de nos inté­rêts com­muns – de l’identité essen­tielle des êtres humains sur toute la sur­face du globe – le mar­ché mon­dial semble inten­si­fier la prise de conscience des dif­fé­rences eth­niques et natio­nales. L’unification du mar­ché va de pair avec la frag­men­ta­tion de la culture. »

Chris­to­pher Lasch
La révolte des élites et la tra­hi­son de la démo­cra­tie (The Revolt of the Elites and the Betrayal of Demo­cra­cy), 1995, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2007

La religion n’est pas qu’un simple refuge…

« La reli­gion n’est pas qu’un simple refuge, un vec­teur de sécu­ri­té dans un monde agi­té. C’est aus­si un défi à l’apitoiement sur soi et au désespoir. »

Chris­to­pher Lasch
Les femmes et la vie ordi­naire (Women and the Com­mon Life), 1997, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2018

L’Appel se faisait entendre…

« Une nuit, il fut réveillé tout à coup en sur­saut : alerte, les yeux brillants, les narines fré­mis­santes, le poil héris­sé en vagues… L’Ap­pel se fai­sait entendre, et tout près cette fois. Jamais il ne l’a­vait dis­tin­gué si clair et si net. Cela res­sem­blait au long hur­le­ment du chien indi­gène. Et, dans ce cri fami­lier, il recon­nut cette voix, enten­due jadis, qu’il cher­chait depuis des semaines, et des mois. »

Jack Lon­don
L’Ap­pel de la forêt (The Call of the Wild), 1903, trad. Ray­monde de Galard, Édi­tions du Rocher, coll. Motifs, 2006

De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique…

« De même que l’homme fort se réjouit dans son apti­tude phy­sique, se com­plaît dans les exer­cices qui pro­voquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette acti­vi­té spi­ri­tuelle dont la fonc­tion est de débrouiller. Il tire du plai­sir même des plus tri­viales occa­sions qui mettent ses talents en jeu. Il raf­fole des énigmes, des rébus, des hié­ro­glyphes ; il déploie dans cha­cune des solu­tions une puis­sance de pers­pi­ca­ci­té qui, dans l’opinion vul­gaire, prend un carac­tère surnaturel. »

Edgar Allan Poe
Double assas­si­nat dans la rue Morgue (The Mur­ders in the Rue Morgue), 1841, trad. Charles Bau­de­laire, in His­toires extra­or­di­naires, 1856, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2020

L’ère du triomphalisme mercantile s’est achevée…

« Les années qui ont débou­ché sur la crise finan­cière de 2008 furent l’âge d’or de la confiance gri­sante dans le mar­ché et de la déré­gu­la­tion qu’elle a entraî­née – on pour­rait les qua­li­fier d’ère du triom­pha­lisme du mar­ché. Cette ère a com­men­cé au début des années 1980, décen­nie où Ronald Rea­gan et Mar­ga­ret That­cher se sont dits cer­tains que le mar­ché, et non les États, était la clé de la pros­pé­ri­té et de la liber­té ; puis ce mou­ve­ment s’est pour­sui­vi dans les années 1990, période où s’est épa­noui le libé­ra­lisme favo­rable au mar­ché de Bill Clin­ton et de Tony Blair, les­quels ont en même temps tem­pé­ré et conso­li­dé la convic­tion que le bien public repose sur­tout sur le marché.
À l’heure actuelle, cette confiance est bat­tue en brèche. L’ère du triom­pha­lisme mer­can­tile s’est ache­vée. La crise finan­cière a fait plus qu’amener à dou­ter de l’aptitude du mar­ché à répar­tir effi­ca­ce­ment les risques : on s’accorde en outre à recon­naître depuis que celui-ci s’est tel­le­ment déta­ché de la morale qu’il est deve­nu indis­pen­sable de l’en rap­pro­cher à nou­veau d’une manière ou d’une autre. Mais, ce qui n’est pas évident, c’est ce qu’il fau­drait entendre par là, ou com­ment il convien­drait de procéder.
Pour cer­tains, un même défaut moral était au cœur du triom­pha­lisme du mar­ché : la cupi­di­té, qui pous­sa à prendre des risques incon­si­dé­rés. Dans cette optique, la solu­tion consis­te­rait à jugu­ler ce tra­vers en exi­geant que les ban­quiers et les déci­deurs de Wall Street fassent preuve de davan­tage d’intégrité et de res­pon­sa­bi­li­té et en pro­mul­guant des régle­men­ta­tions assez intel­li­gentes pour pré­ve­nir la répé­ti­tion d’une crise similaire.
C’est un diag­nos­tic par­tiel, au mieux, car, même si la cupi­di­té a indé­nia­ble­ment concou­ru à déclen­cher la crise finan­cière, quelque chose de plus impor­tant est en jeu. Le plus funeste de tous les chan­ge­ments propres aux trois der­nières décen­nies n’a pas rési­dé dans cette avi­di­té accrue : il tient à ce que le mar­ché et les valeurs mar­chandes ont enva­hi des sphères de la vie où ils n’ont pas leur place. […] L’immixtion du mar­ché, et des rai­son­ne­ments qu’il induit, dans les aspects de la vie tra­di­tion­nel­le­ment régis par des normes non mar­chandes est l’une des évo­lu­tions les plus signi­fi­ca­tives de notre temps. »

Michael San­del
Ce que l’argent ne sau­rait ache­ter (What Money Can’t Buy : The Moral Limits of Mar­kets), édi­tions du Seuil, 2014

C’est le matin que les professeurs et les policiers réclament…

« C’est le matin que les pro­fes­seurs et les poli­ciers réclament, que les phi­lo­sophes ont exal­té depuis deux siècles, le matin de l’uniformité, du réflexe condi­tion­né, du meilleur des mondes, de l’ordre abso­lu, de la réa­li­té éga­li­taire, de la gri­saille, de la réac­tion uni­forme à un sti­mu­lus uni­forme, le matin où une cloche qui tin­te­ra fera prendre aux mou­tons le che­min du pâtu­rage. C’est aus­si le matin pour la venue duquel nous prions dans nos orga­ni­sa­tions indus­trielles, dans nos fermes col­lec­tives, dans nos conciles ecclé­sias­tiques, dans nos sys­tèmes de gou­ver­ne­ment, dans nos rap­ports entre États, dans nos nobles demandes d’un gou­ver­ne­ment mon­dial. C’est le matin auquel nous aspi­rons lorsque nous for­mu­lons la prière d’être un jour tous les mêmes. C’est le matin contre la venue duquel, qu’ils le sachent ou non, les jeunes élèvent leur pro­tes­ta­tion. Et c’est un matin, il faut l’espérer, qui ne vien­dra jamais. »

Robert Ardrey
La loi natu­relle, édi­tions Stock, 1971

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