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Citations sur l'instinct

Un mouvement de tout l’être…

« Il y a chez les hommes une sorte de pen­sée qui engage l’être tout entier. A cer­tains moments, nous sen­tons bien que ce n’est plus le cer­veau seul qui décide, mais quelque chose en nous de plus pro­fond. C’est un mou­ve­ment de tout l’être qui nous dicte le refus ou qui accepte. Cette pen­sée ins­tinc­tive som­meille chez l’homme. Elle est végé­ta­tive, elle est lente, elle se mani­feste par le malaise et l’inquiétude et il faut du temps pour qu’elle devienne claire : tan­dis que la pen­sée gré­gaire qui s’exprime dans les jour­naux et dans les dis­cours des aca­dé­mi­ciens mène une danse allègre et fait entendre par­tout ses flûtes et ses grelots. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, 1969, édi­tions Les Sept Cou­leurs, édi­tions Kontre Kul­ture, 2019

Les modernes s’imaginent qu’il existe une sorte de nature normale…

« Les modernes, en effet, depuis Rous­seau, s’imaginent qu’il existe une sorte de nature nor­male, à laquelle la culture et la reli­gion seraient venues sur­ajou­ter leurs faux pro­blèmes… Cette illu­sion tou­chante peut les aider à vivre, mais non pas à com­prendre leur vie. Car tous, tant que nous sommes, sans le savoir, menons nos vies de civi­li­sés dans une confu­sion pro­pre­ment insen­sée de reli­gions jamais tout à fait mortes, et rare­ment tout à fait com­prises et pra­ti­quées ; de morales jadis exclu­sives mais qui se super­posent ou se com­binent à l’arrière-plan de nos conduites élé­men­taires ; de com­plexes igno­rés mais d’autant plus actifs ; et d’ins­tincts héri­tés bien moins de quelque nature ani­male que de cou­tumes tota­le­ment oubliées, deve­nues traces ou cica­trices men­tales, tout incons­cientes et, de ce fait, aisé­ment confon­dues avec l’instinct. Elles furent tan­tôt des arti­fices cruels, tan­tôt des rites sacrés ou des gestes magiques, par­fois aus­si des dis­ci­plines pro­fondes éla­bo­rées par des mys­tiques loin­taines à la fois dans le temps et dans l’espace. »

Denis de Rougemont
L’amour et l’Occident, édi­tions Plon, 1939, réédi­tions, 1956, 1972, édi­tions 1018, 2001

Les structures sociales traditionnelles…

« Les struc­tures sociales tra­di­tion­nelles sont pré­ci­sé­ment le der­nier rem­part contre l’extension du domaine mar­chand. En restrei­gnant les ins­tincts et les dési­rs indi­vi­duels, elles empêchent cer­tains objets de deve­nir de pures mar­chan­dises. On ne peut donc logi­que­ment être anti­ca­pi­ta­liste et pro­gres­siste”. »

Guillaume Tra­vers
Capi­ta­lisme moderne et socié­té de mar­ché. L’Europe sous le règne du mar­ché, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Longue Mémoire, 2020

C’est à l’instinct de domination que le grand ensemble doit son existence…

« C’est com­mettre une erreur grosse de consé­quences, de pos­tu­ler comme tant d’auteurs que la grande for­ma­tion poli­tique, l’État, résulte natu­rel­le­ment de la socia­bi­li­té humaine. Cela paraît aller de soi, car tel en effet est sans doute le prin­cipe de la socié­té, fait de nature. Mais cette socié­té natu­relle est petite. Et l’on ne peut pas­ser de la petite socié­té à la grande par le même pro­ces­sus. Il faut ici un fac­teur de coa­gu­la­tion, qui dans la très grande majo­ri­té des cas n’est pas l’instinct d’association, mais l’instinct de domi­na­tion. C’est à l’instinct de domi­na­tion que le grand ensemble doit son existence. »

Ber­trand de Jouvenel
Du pou­voir, 1945, édi­tions Hachette, coll. Plu­riel, 1972

L’Appel se faisait entendre…

« Une nuit, il fut réveillé tout à coup en sur­saut : alerte, les yeux brillants, les narines fré­mis­santes, le poil héris­sé en vagues… L’Ap­pel se fai­sait entendre, et tout près cette fois. Jamais il ne l’a­vait dis­tin­gué si clair et si net. Cela res­sem­blait au long hur­le­ment du chien indi­gène. Et, dans ce cri fami­lier, il recon­nut cette voix, enten­due jadis, qu’il cher­chait depuis des semaines, et des mois. »

Jack Lon­don
L’Ap­pel de la forêt (The Call of the Wild), 1903, trad. Ray­monde de Galard, Édi­tions du Rocher, coll. Motifs, 2006

Il n’y a pas de progrès qui vaille…

« Il n’y a pas de pro­grès qui vaille (et qui puisse rendre super­flu la fonc­tion que peut avoir la reli­gion au sens le plus haut et sévère, pour l’homme non dégra­dé), quand il s’agit de pro­blèmes plus réels, qui sont ceux de la mort, de l’angoisse exis­ten­tielle, de bou­le­ver­se­ments dus à l’irruption de l’irrationnel, aux pas­sions et aux ins­tincts eux-mêmes. Croire le contraire, croire que le pro­grès, la science, la tech­no­cra­tie ou même le Christ quand il est pré­sen­té comme un modèle d’altruisme huma­ni­taire, puisse résoudre de tels pro­blèmes, relève du pri­mi­ti­visme et d’un manque com­plet de sens du tra­gique de la vie et de la condi­tion humaine. »

Julius Evo­la
Il Conci­lia­tore, 15 juin 1969

Thucydide est la grande somme, la dernière révélation de cet esprit…

« Thu­cy­dide est la grande somme, la der­nière révé­la­tion de cet esprit des réa­li­tés fort, sévère et dur que les anciens Hel­lènes avaient dans l’instinct. Le cou­rage devant la réa­li­té dis­tingue en der­nière ins­tance des natures comme Thu­cy­dide et Pla­ton : Pla­ton est lâche devant la réa­li­té, – par consé­quent il se réfu­gie dans l’idéal ; Thu­cy­dide est maître de soi, donc il est aus­si maître des choses… »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

La vie éternelle, l’éternel retour de la vie…

« Ce n’est que par les mys­tères dio­ny­siens, par la psy­cho­lo­gie de l’état dio­ny­sien que s’exprime la réa­li­té fon­da­men­tale de l’instinct hel­lé­nique — sa volon­té de vie”. Qu’est-ce que l’Hel­lène se garan­tis­sait par ces mys­tères ? La vie éter­nelle, l’éternel retour de la vie ; l’avenir pro­mis et sanc­ti­fié dans le pas­sé ; l’affirmation triom­phante de la vie au-des­sus de la mort et du chan­ge­ment ; la vie véri­table comme pro­lon­ge­ment col­lec­tif par la pro­créa­tion, par les mys­tères de la sexua­li­té. C’est pour­quoi le sym­bole sexuel était pour les Grecs le sym­bole véné­rable par excel­lence, le véri­table sens pro­fond dans toute la pié­té antique. Toutes les par­ti­cu­la­ri­tés de l’acte de la géné­ra­tion, de la gros­sesse, de la nais­sance éveillent les sen­ti­ments les plus éle­vés et les plus solen­nels. Dans la science des mys­tères la dou­leur est sanc­ti­fiée : le tra­vail d’enfantement” ren­dant la dou­leur sacrée, — tout ce qui est deve­nir et crois­sance, tout ce qui garan­tit l’avenir néces­site la dou­leur… Pour qu’il y ait la joie éter­nelle de la créa­tion, pour que la volon­té de vie s’affirme éter­nel­le­ment par elle-même il faut aus­si qu’il y ait les dou­leurs de l’enfantement”… Le mot Dio­ny­sos signi­fie tout cela : je ne connais pas de sym­bo­lisme plus éle­vé que ce sym­bo­lisme grec, celui des fêtes dio­ny­siennes. Par lui le plus pro­fond ins­tinct de la vie, celui de la vie à venir, de la vie éter­nelle est tra­duit d’une façon reli­gieuse, — la voie même de la vie, la pro­créa­tion, comme la voie sacrée… »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

Tout naturalisme dans la morale, c’est-à-dire toute…

« Tout natu­ra­lisme dans la morale, c’est-à-dire toute saine morale, est domi­née par l’instinct de vie, — un com­man­de­ment de la vie quel­conque est rem­pli par un canon déter­mi­né d’ ordres” et de défenses”, une entrave ou une ini­mi­tié quel­conque, sur le domaine vital, est ain­si mise de côté. La morale anti­na­tu­relle, c’est-à-dire toute morale qui jusqu’à pré­sent a été ensei­gnée, véné­rée et prê­chée, se dirige, au contraire, pré­ci­sé­ment contre les ins­tincts vitaux –, elle est une condam­na­tion, tan­tôt secrète, tan­tôt bruyante et effron­tée, de ces ins­tincts. […] Toute faute, d’une façon ou d’une autre, est la consé­quence d’une dégé­né­res­cence de l’instinct, d’une désa­gré­ga­tion de la volon­té : par là on défi­nit presque ce qui est mau­vais. Tout ce qui est bon sort de l’instinct – et c’est, par consé­quent, léger, néces­saire, libre. »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

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