Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

La religion n’est pas qu’un simple refuge…

« La reli­gion n’est pas qu’un simple refuge, un vec­teur de sécu­ri­té dans un monde agi­té. C’est aus­si un défi à l’apitoiement sur soi et au déses­poir. »

Chris­to­pher Lasch
Les femmes et la vie ordi­naire (Women and the Com­mon Life), 1997, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2018

Le système occidental ne présente aucun attrait…

« Étant don­né la richesse de déve­lop­pe­ment spi­ri­tuel acquise dans la dou­leur par notre pays en ce siècle, le sys­tème occi­den­tal, dans son état actuel d’épuisement spi­ri­tuel, ne pré­sente aucun attrait. La simple énu­mé­ra­tion des par­ti­cu­la­ri­tés de votre exis­tence à laquelle je viens de me livrer plonge dans le plus extrême cha­grin. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2019

La Fille aînée de l’Église n’est pas seule…

« Heu­reu­se­ment, la Fille aînée de l’Église n’est pas seule. La Pro­vi­dence s’est mani­fes­tée avec une force inha­bi­tuelle au cours de l’histoire de notre nation, depuis le bap­tême et le cou­ron­ne­ment de Clo­vis, la sain­te­té de Louis IX, l’onction du sacre, l’ardente volon­té de Louis XIII de consa­crer la France à Notre-Dame de l’As­somp­tion. Avec Jeanne d’Arc, le des­tin éli­ra une per­sonne humble, pour que la France puisse tenir ses pro­messes de fidé­li­té. Une pay­sanne, sans expé­rience mili­taire ou poli­tique, pour réa­li­ser un double exploit inex­pli­cable : chas­ser les enne­mis du royaume en redon­nant à tous les Fran­çais la digni­té per­due et la foi. »

Louis Alphonse de Bour­bon
Mes­sage de Mon­sei­gneur le Duc d’An­jou pour la Fête natio­nale de Jeanne d’Arc, legitimite.fr, 10 mai 2020

Les dieux ne sont pas morts : seule est morte notre perception…

« Les dieux ne sont pas morts : seule est morte notre per­cep­tion des dieux. Ils ne sont pas par­tis : nous avons ces­sé de les voir […] Mais ils conti­nuent d’être là et de vivre comme ils ont tou­jours vécu, dans la même per­fec­tion et la même séré­ni­té. »

Fer­nan­do Pes­soa
Le livre de l’intranquillité (Livro do Desas­sos­se­go por Ber­nar­do Soares, 2 vol.),1982 (post­hume), trad. Fran­çoise Laye, Chris­tian Bour­geois édi­teur, 2 vol., 1988 – 1992

Ce tournant exigera de nous une flamme spirituelle…

« Le monde, aujourd’hui, est à la veille sinon de sa propre perte, du moins d’un tour­nant de l’Histoire qui ne le cède en rien en impor­tance au tour­nant du Moyen Âge sur la Renais­sance : ce tour­nant exi­ge­ra de nous une flamme spi­ri­tuelle, une mon­tée vers une nou­velle hau­teur de vues, vers un nou­veau mode de vie où ne sera plus livrée à la malé­dic­tion, comme au Moyen Âge, notre nature phy­sique, mais où ne sera pas non plus fou­lée aux pieds, comme dans l’ère moderne, notre nature spi­ri­tuelle. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

La corporation est une communauté de vie…

« La cor­po­ra­tion n’est pas indé­pen­dante du corps poli­tique, mais en est un com­po­sant fonc­tion­nel. À ce titre éga­le­ment, la com­mu­nau­té de métiers ne limite pas son rôle aux seuls aspects éco­no­miques, mais s’in­tègre dans la vie sociale et reli­gieuse : chaque cor­po­ra­tion a son saint patron, ses propres fêtes (ce qui explique que juifs et musul­mans en soient exclus). Pour ses membres, la cor­po­ra­tion est une com­mu­nau­té de vie ; elle joue, dans le monde urbain, le rôle rem­pli par la com­mu­nau­té vil­la­geoise dans le monde rural. »

Guillaume Tra­vers
Éco­no­mie médié­vale et socié­té féo­dale. Un temps de renou­veau pour l’Eu­rope, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Je n’ai jamais été attiré par l’absolutisme des religions monothéistes…

« Je me suis tou­jours ins­tinc­ti­ve­ment méfié du monde désen­chan­té ven­du par la socié­té occi­den­tale moderne comme l’étape ultime d’une libé­ra­tion per­son­nelle. D’un autre côté, je n’ai jamais été atti­ré par l’absolutisme des reli­gions mono­théistes.
Chez les Kalash, j’ai décou­vert un paga­nisme jubi­la­toire, chaud et vivant, s’adressant au cœur et tou­chant l’âme. J’ai eu alors le regret sin­cère et pro­fond, que cette façon de voir et de vivre, qui était aus­si la nôtre de nom­breux siècles plus tôt, ait dis­pa­ru. »

Erik L’Homme
Des pas dans la neige. Aven­tures au Pakis­tan, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Pôle fic­tion, 2010

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