Les montagnes, chargées de neiges indestructibles…

« Les mon­tagnes, char­gées de neiges indes­truc­tibles, étaient des voies lac­tées toutes proches de mon âme ; et, au-delà du cli­que­tis et de la rumeur de la colonne, je per­ce­vais un silence plus péné­trant que celui de mes livres. O théo­lo­giens, vous igno­rez que vous êtes aus­si des poètes et que vous han­tez les mêmes som­mets éter­nels où par les belles nuits le haut vers lyrique vient accom­plir vos bal­bu­tie­ments essentiels ! »

Pierre Drieu la Rochelle
L’homme à che­val, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1973

La voix lointaine des muses grecques est encore entendue…

« Aux plus mau­vais jours, au milieu du fra­cas des villes qui tombent et des temples qui s’écroulent, la voix loin­taine des muses grecques est encore enten­due. Ain­si, au sor­tir des cata­combes, le culte nou­veau, loin de sup­pri­mer les fêtes antiques, les tourne à son usage. Par exemple, on avait retar­dé la fête de la Visi­ta­tion afin que les pay­sans d’Enna, en Sicile, pussent appor­ter à l’autel du Christ les épis mûrs dont ils avaient cou­ron­né jusque-là les sta­tues de Cérès. Grâce à une tran­si­tion habi­le­ment ména­gée, les ambar­vales s’étaient chan­gées en cette pompe rus­tique nom­mée la pro­ces­sion des roga­tions. Les murs des vieilles basi­liques conquises et consa­crées par la foi chré­tienne se cou­vraient de mosaïques où brille çà et là un rayon d’élégance et de noblesse. Par­fois sévère jusqu’à la dure­té envers les repré­sen­ta­tions qui tra­his­saient la plus légère pal­pi­ta­tion de la chair, l’église avait des retours de jus­tice et des heures de pro­tec­tion pour les restes d’un pas­sé qu’elle n’était pas tenue de défendre. »

Charles Lévêque
L’Œuvre païenne de Raphaël, in Revue des Deux Mondes, tome 76, 1868

Que renaissent les religions…

« Ce n’est pas dans le train-train du monde bour­geois, mais dans un ton­nerre d’a­po­ca­lypse que renaissent les reli­gions. »

Wal­ter Schubart
L’Eu­rope et l’âme de l’O­rient (Euro­pa und die Seele des Ostens), 1938, trad. de Denise Moy­rand et Natha­lie Nicols­ky, édi­tions Albin Michel,1949

Le curé ressemblait au maire…

« Le curé res­sem­blait au maire, sauf qu’il n’a­vait pas de mous­taches. C’é­tait en effet, de par la fonc­tion, son frère jumeau. C’est ain­si que fonc­tionne le monde : dans chaque vil­lage, dans chaque cam­pe­ment, il y a un sor­cier et un chef. Ils se détestent, mais sont com­plices, et les bonnes gens ont bien besoin d’eux. »

Pierre Drieu la Rochelle
La Comé­die de Char­le­roi, 1934, édi­tions Gal­li­mard, coll. L’Imaginaire, 1996

Le dernier conservatoire des ferveurs européennes traditionnelles…

« Il a exis­té un catho­li­cisme rural qui, quant à lui, était poly­lâtre, à cultes mul­tiples, et magni­fiait nombre de saints locaux, ceux des ter­ri­toires parois­siaux. Il en sub­siste encore des traces en Bre­tagne, en Irlande, en Espagne ou en Ita­lie. Ce catho­li­cisme-là a été le der­nier conser­va­toire des fer­veurs euro­péennes tra­di­tion­nelles, très éloi­gnées des conte­nus mono­théistes officiels. »

Jean-Fran­çois Gautier
Entre­tien au site Le Rouge et le Noir, 5 avril 2016

Il n’y a de piété vraie que la piété filiale…

« Il n’y a de pié­té vraie que la pié­té filiale, élar­gie aux ancêtres, à la lignée et au peuple. Nos ancêtres dis­pa­rus ne sont ni spi­ri­tuel­le­ment morts ni pas­sés dans un autre monde. Ils sont à nos côtés, en foule invi­sible et bruis­sante. Ils nous entourent aus­si long­temps que leur sou­ve­nir est per­pé­tué par leur des­cen­dance. Par-là se jus­ti­fient le culte des ancêtres et le devoir de faire res­pec­ter leur nom. »

Alain de Benoist
Pour un réveil euro­péen. Nature – Excel­lence – Beau­té (post­face), La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Iliade, 2020

Le pays divisé, aux barbares vendus…

« Juste avant le sou­lè­ve­ment, Tadao Saru­wa­ta­ri, âgé de seize ans, avait com­po­sé le poème sui­vant, écrit sur le ban­deau blanc qu’il allait por­ter le soir du com­bat :
Le pays divi­sé, aux bar­bares vendus,
Et le Trône sacré si près d’être perdu,
Ah ! Puis­sions-nous aux dieux du ciel et de la terre,
Témoi­gner à jamais de notre foi sin­cère. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

La religion n’est pas qu’un simple refuge…

« La reli­gion n’est pas qu’un simple refuge, un vec­teur de sécu­ri­té dans un monde agi­té. C’est aus­si un défi à l’apitoiement sur soi et au désespoir. »

Chris­to­pher Lasch
Les femmes et la vie ordi­naire (Women and the Com­mon Life), 1997, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2018

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