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Les Anglais, disait-il, ne combattaient que pour l’honneur et pour la gloire…

« Per­sonne, je demande par­don au lec­teur d’employer une expres­sion un peu vul­gaire et qui com­men­çait alors à prendre une grande vogue, per­sonne ne bla­guait mieux que lui. Son esprit vif, actif et plein d’à‑propos, ne lui fai­sait jamais défaut pour l’attaque ou pour la riposte. Je me rap­pelle même à ce sujet une réponse qu’il adres­sa à un capi­taine anglais.
Ce der­nier pré­ten­dait que les Fran­çais, ce qui au reste était assez vrai pour Sur­couf, ne se bat­taient jamais que pour de l’argent, tan­dis que les Anglais, disait-il, ne com­bat­taient que pour l’honneur et pour la gloire !
 — Eh bien ! qu’est-ce que cela prouve, lui répon­dit le Malouin, sinon une chose, que nous com­bat­tons cha­cun pour acqué­rir ce qui nous manque ? »

Ambroise Louis Garneray
Voyages, aven­tures et com­bats, Alphonse Lebègue, Impri­meur-édi­teur, 1851

Nous regrettons l’épée…

« Pour notre part, nous regret­tons l’épée ; avec l’usage de por­ter l’épée s’est en allée la vieille urba­ni­té fran­çaise ; on est tou­jours poli avec un inter­lo­cu­teur qui peut vous entrer quelques pouces de fer dans le ventre si vos manières n’ont pas l’aménité conve­nable. L’abolition du duel achè­ve­ra de nous rendre le peuple le plus gros­sier de l’univers : tous les lâches, sûrs de l’impunité, vont deve­nir inso­lents. Et puis c’était réel­le­ment pour un jeune homme de cœur une amie sûre et fidèle qu’une épée de bon acier bien trem­pé et bien franc. L’homme gagnait à ce com­merce intime avec le métal ; il en pre­nait les qua­li­tés rigides, la loyau­té invio­lable, le vif éclat, la net­te­té inci­sive, et cette union tacite était si bien com­prise, que le plus grand éloge que l’on pût don­ner à quelqu’un, c’était de dire qu’il était brave comme son épée. Mais nous sommes dans une époque peu che­va­le­resque, et la pro­saïque savate doit rem­pla­cer la jolie épée fran­çaise, ce bijou aigu, cet éclair d’acier qui du moins brillait dans la nuit avant d’arriver à la poi­trine d’un homme. »

Théo­phile Gautier
Le Maître de chaus­son, in La Peau de tigre, Michel Lévy frères, 1866

Ce sont les témoins muet des âges disparus…

« Par­mi les rochers sans nombre qui cou­ronnent les Vosges et par­sèment leurs flancs, il y a, comme en Bre­tagne, des pierres qui parlent. Debout sur la crête nue des mon­tagnes ou sur la pente abrupte au milieu de vastes sapi­nières, ces men­hirs gigan­tesques dominent des océans de ver­dure. Ce sont les témoins muet des âges dis­pa­rus. Quand, par les nuits sombres, on approche l’oreille des fis­sures du grès cou­vert de mousse, on croit entendre des rires clairs ou des sou­pirs mélo­dieux s’échapper des entrailles de la pierre. Est-ce le vent qui joue dans les volutes de ces vieilles rocailles ? Est-ce le fré­mis­se­ment musi­cal des hautes branches d’un sapin sécu­laire ? Les filles du vil­lage vous diront que c’est la voix des fées qui révèlent le pas­sé et pré­disent l’ave­nir. »

Édouard Schu­ré
Les Légendes de l’Alsace – Pro­me­nades et Sou­ve­nirs, in Revue des Deux Mondes, tome 60, 1883

Un château fantastique, sur un récif noir et pointu, le Mont-Saint-Michel…

« Au milieu du golfe, d’un gris cha­toyant ou d’un vio­let sombre selon la marée, se dresse comme un châ­teau fan­tas­tique, sur un récif noir et poin­tu, le Mont-Saint-Michel, que les gens du moyen âge appe­laient la mer­veille de l’Occident. Vu à cette dis­tance, voi­lé de brume et comme per­du dans la mer, il res­semble plu­tôt à un men­hir colos­sal qu’à une construc­tion humaine. L’estuaire du Couës­non, qui sépare la Bre­tagne de la Nor­man­die, trace main­te­nant son lit sablon­neux à gauche du Mont. Autre­fois, il pas­sait à droite. Aus­si, Bre­tons et Nor­mands se sont-ils dis­pu­té le rocher por­teur du sanc­tuaire et séjour de l’archange pro­tec­teur de la France. »

Édouard Schu­ré
Le Mont-Saint-Michel et son his­toire, in Pay­sages his­to­riques de France, Revue des Deux Mondes, tome 100, 1890

Les flammes qui allaient traverser les siècles…

« Dans le silence de la nuit funèbre, écar­tant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux de la Table Ronde et les com­pa­gnons de Saint Louis, les pre­miers com­bat­tants tom­bés à la prise de Jéru­sa­lem et les der­niers fidèles du petit roi lépreux, toute l’assemblée des rêves de la chré­tien­té regar­dait, de ses yeux d’ombre, mon­ter les flammes qui allaient tra­ver­ser les siècles, vers cette forme enfin immo­bile, qui deve­nait le corps brû­lé de la che­va­le­rie. »

André Mal­raux
Dis­cours pro­non­cé à Rouen à l’oc­ca­sion des fêtes de Jeanne d’Arc, le 31 mai 1964

Le tombeau des héros est le cœur des vivants…

« Ô Jeanne sans sépulcre et sans por­trait, toi qui savais que le tom­beau des héros est le cœur des vivants, peu importent tes vingt mille sta­tues, sans comp­ter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as don­né ton visage inconnu. »

André Mal­raux
Dis­cours pro­non­cé à Rouen à l’oc­ca­sion des fêtes de Jeanne d’Arc, le 31 mai 1964

C’est la guerre…

« C’est la guerre. Nous jouons notre vie à tout ins­tant, n’avons-nous pas le droit de la jouer gaie­ment ? Nous sommes Fran­çais, nous aimons rire, nous savons rire partout. »

Guy de Maupassant
Les Rois, 1887, in Œuvres com­plètes de Guy de Mau­pas­sant, Louis Conard édi­teur, 1909

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