La protection de l’environnement est évidemment la vocation du conservatisme…

« Non seule­ment le conser­va­tisme est tota­le­ment com­pa­tible avec la défense de l’en­vi­ron­ne­ment, mais la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment est évi­dem­ment la voca­tion du conser­va­tisme, qui n’est rien d’autre que la défense du foyer. Une oiko­phi­lie. L’i­dée selon laquelle le monde ne nous appar­tient pas, il appar­tient à nos parents, à nos besoins. Il s’a­git de reve­nir au fon­de­ment de notre civi­li­sa­tion : le texte fon­da­teur de notre civi­li­sa­tion n’est pas la Bible, c’est l’O­dys­sée. C’est l’his­toire d’un homme, Ulysse, qui essaie de reve­nir à la com­pagne de sa vie, Péné­lope, qui voyage pour retrou­ver son foyer. »

Roger Scru­ton
« Le conser­va­tisme est la phi­lo­so­phie de l’at­ta­che­ment », Limite n°5, jan­vier 2017

À proximité des nuits précédant Noël…

« À proxi­mi­té des nuits pré­cé­dant Noël ou les équi­noxes, périodes rituelles de tran­si­tion et nuits de tem­pête pro­pices aux déploie­ments ima­gi­na­tifs, on voyait se déchaî­ner dans les cieux tour­men­tés une che­vau­chée fan­tas­tique qu’Henri Heine a décrite dans un bref poème :

C’est l’heure où les esprits
Font leur Chasse sau­vage…
Hal­loh ! Hus­sa ! Hen­nis­se­ments aigus,
Cla­que­ment des fouets, mugis­se­ment des cors.
Et les abois, et les cris, et les éclats de rire
Font rai­son­ner l’espace »

Domi­nique Ven­ner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006

Si Plutarque est d’une lecture tellement exaltante…

« Si Plu­tarque est d’une lec­ture tel­le­ment exal­tante, c’est parce que ses per­son­nages, du meilleur au pire, sou­tiennent tous une conti­nuelle noblesse d’attitudes. Ce n’est point mer­veille qu’ils aient four­ni à la tra­gé­die presque tous ses héros, car déjà dans la vie ils étaient en quelque sorte sur la scène, for­més pour jouer cer­tains per­son­nages et rete­nus dans leur rôle par l’attente exi­geante des spec­ta­teurs. »

Ber­trand de Jou­ve­nel
Du pou­voir, 1945, édi­tions Hachette, coll. Plu­riel, 1972

Le français, langue moderne de la clandestinité de l’esprit ?

« C’est dans cette mino­ri­té clan­des­tine mon­diale, et non plus dans la mino­ri­té visible, splen­di­de­ment meu­blée, mais cir­cons­crite à quelques capi­tales, du ban­quet des Lumières, que réside aujourd’­hui, à l’in­su des sta­tis­ti­ciens, des lin­guistes et des pro­gram­ma­teurs de nov­langues”, à l’in­su de la plu­part des Fran­çais, la vie et l’a­ve­nir de leur idiome irrem­pla­çable au titre de langue lit­té­raire et de langue de la bonne com­pa­gnie”. Le fran­çais, langue moderne de la clan­des­ti­ni­té de l’es­prit ? »

Marc Fuma­ro­li
Quand l’Eu­rope par­lait fran­çais, Édi­tions de Fal­lois, 2001

Écrire c’est une sorte d’ébénisterie…

« Le manie­ment de cet extra­or­di­naire agen­ce­ment qu’est la langue fran­çaise… Écrire c’est une sorte d’é­bé­nis­te­rie, de menui­se­rie : il y a une gram­maire, il y a une syn­taxe, il y a des mots, il faut que ça s’emboîte, il faut que ça s’emboîte bien, il faut que la colle tienne, etc… C’est toute une affaire. »

Jean Ras­pail
Fes­ti­val Éton­nants Voya­geurs, Saint-Malo, lun­di 23 mai 1994. Avec Michel Déon.

L’Occident, qui ne possède pas de censure…

« L’Occident, qui ne pos­sède pas de cen­sure, opère pour­tant une sélec­tion poin­tilleuse en sépa­rant les idées à la mode de celles qui ne le sont pas – et bien que ces der­nières ne tombent sous le coup d’aucune inter­dic­tion, elles ne peuvent s’exprimer vrai­ment ni dans la presse pério­dique, ni par le livre, ni par l’enseignement uni­ver­si­taire. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2019

Le meilleur des livres…

« Le meilleur des livres est celui qui ne se contente pas de me pro­cu­rer un plai­sir en venant satis­faire mon attente : au contraire, il la sur­prend, la dépasse, me tire hors de mon état ini­tial ; et c’est en me dépas­sant, à sa lec­ture, que je m’ap­proche de ce que je suis, de ce que je pense, res­sens et vis. Par son ouvrage, l’au­teur ne m’offre pas qu’un diver­tis­se­ment : il aug­mente en moi ma propre liber­té — il m’aug­mente de moi-même, pour­rait-on dire. C’est d’ailleurs là le prin­cipe même de son auto­ri­té l’auc­tor est celui dont le propre est d’au­gere, d’aug­men­ter. Ce que l’au­teur fait croître en moi, ce n’est pas seule­ment un conte­nu de savoir, une quan­ti­té de culture, un capi­tal à entre­te­nir, mais l’être même que je suis. »

Fran­çois-Xavier Bel­la­my
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

Le chant grégorien, les églises romanes…

« Le chant gré­go­rien, les églises romanes, l’Iliade, l’invention de la géo­mé­trie, n’ont pas été, chez les êtres à tra­vers les­quels ces choses sont pas­sées pour venir jusqu’à nous, des occa­sions d’épanouissement.
La science, l’art, la lit­té­ra­ture, la phi­lo­so­phie qui sont seule­ment des formes d’épanouissement de la per­sonne, consti­tuent un domaine où s’accomplissent des réus­sites écla­tantes, glo­rieuses, qui font vivre des noms pen­dant des mil­liers d’années. Mais au-des­sus de ce domaine, loin au-des­sus, sépa­ré de lui par un abîme, en est un autre où sont situées les choses de tout pre­mier ordre. Celles-là sont essen­tiel­le­ment ano­nymes. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille…

« Asser­vie aux idées de rap­port, la socié­té, cette vieille ména­gère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne com­prend pas plus les divines igno­rances de l’esprit, cette poé­sie de l’âme qu’elle veut échan­ger contre de mal­heu­reuses connais­sances tou­jours incom­plètes, qu’elle n’admet la poé­sie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inuti­li­té des choses. Pour peu que cet effroyable mou­ve­ment de la pen­sée moderne conti­nue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied ; pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises phy­siques qu’on prend pour de la Civi­li­sa­tion et du Pro­grès, il n’y aura ni ruines, ni men­diants, ni terres vagues, ni super­sti­tions comme celles qui vont faire le sujet de cette his­toire, si la sagesse de notre temps veut bien nous per­mettre de la racon­ter. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

Toute l’agitation outrée que peut soulever un tel livre…

« Toute l’a­gi­ta­tion outrée que peut sou­le­ver un tel livre ne dépend que de l’air du temps qui va prendre fin. Ce livre est scan­da­leux, comme un diag­nos­tic de can­cer est scan­da­leux. C’est contraire à nos valeurs et ça rap­pelle les heures les plus sombres de notre his­toire.”
Voi­là com­ment meurt un imbé­cile. »

Laurent Ober­tone
La France inter­dite, édi­tions Ring, coll. Docu­ments, 2018

Je ne pense pas que le mâle blanc hétérosexuel soit…

« Je ne pense pas que le mâle blanc hété­ro­sexuel soit oublié dans la lit­té­ra­ture contem­po­raine, cepen­dant, on pri­vi­lé­gie ses ver­sions plus jeunes, plus enga­gées, plus souf­frantes, plus céli­ba­taires, plus tren­dys. Le père de famille, agent immo­bi­lier, s’il n’est pas un beauf dans un roman fémi­nin, s’il n’est pas assas­si­né dans un roman poli­cier, s’il n’est pas concer­né par le sort des va-nu-pieds dans un roman huma­niste, ne doit pas, en effet, être si cou­rant. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

Si réactionnaire signifie être un amant des œuvres du passé…

« Si réac­tion­naire” signi­fie être un amant des œuvres du pas­sé, un amou­reux de Cha­teau­briand et de Flau­bert, ou si encore le mot ren­voie à la gra­ti­tude qu’un homme éprouve envers l’hé­ri­tage des siècles, la langue, la morale, envers le pays et le conti­nent de ses ancêtres, alors oui je suis réac­tion­naire. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

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