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Thème

Citations sur l'Amérique

Les rues de New York…

« On dit : en Europe la rue est vivante, en Amé­rique elle est morte. C’est faux. Rien de plus intense, de plus élec­tri­sant, de plus vital et de plus mou­ve­men­té que les rues de New York. La foule, le tra­fic, la publi­ci­té l’oc­cupent tan­tôt avec vio­lence, tan­tôt avec désin­vol­ture. Des mil­lions de gens l’oc­cupent, errants, non­cha­lants, vio­lents, comme s’ils n’a­vaient rien d’autre à faire, et sans doute n’ont-ils réel­le­ment rien à faire que de pro­duire le scé­na­rio per­ma­nent de la ville. […] La rue amé­ri­caine ne connaît peut-être pas de moments his­to­riques, mais elle est tou­jours mou­ve­men­tée, vitale, ciné­tique, et ciné­ma­tique, à l’i­mage du pays lui-même, où la scène pro­pre­ment his­to­rique et poli­tique compte peu, mais où la viru­lence du chan­ge­ment, qu’il soit ali­men­té par la tech­no­lo­gie, la dif­fé­rence des races, les media, est grande : c’est la vio­lence même du mode de vie. »

Jean Bau­drillard
Amé­rique, édi­tions Gras­set, 1986, Le Livre de Poche, coll. Biblio essais, 1988

On naît moderne…

« Ce n’est pas seule­ment un déca­lage, c’est un abîme de moder­ni­té qui nous sépare. On naît moderne, on ne le devient pas. Et nous ne le sommes jamais deve­nus. Ce qui saute aux yeux à Paris, c’est le XIXème siècle. Venu de Los Angeles, on atter­rit dans le XIXème siècle. Chaque pays porte une sorte de pré­des­ti­na­tion his­to­rique, qui en marque presque défi­ni­ti­ve­ment les traits. Pour nous, c’est le modèle bour­geois de 89 et la déca­dence inter­mi­nable de ce modèle qui des­sine le pro­fil de notre pay­sage. Rien n’y fait : tout tourne ici autour du rêve bour­geois du XIXème siècle. »

Jean Bau­drillard
Amé­rique, édi­tions Gras­set, 1986, Le Livre de Poche, coll. Biblio essais, 1988

Le miroir de notre décadence…

« Oui, la Cali­for­nie (et l’Amé­rique avec elle) est le miroir de notre déca­dence, mais elle n’est pas déca­dente du tout, elle est d’une vita­li­té hyper­réelle, elle a toute l’éner­gie du simulacre. »

Jean Bau­drillard
Amé­rique, édi­tions Gras­set, 1986, Le Livre de Poche, coll. Biblio essais, 1988

Ils sortaient de soixante-dix ans de joug soviétique…

« Ils sor­taient de soixante-dix ans de joug sovié­tique. Ils avaient subi dix années d’a­nar­chie elt­si­nienne. Aujourd’­hui, ils se revan­chaient du siècle rouge, reve­naient à grands pas sur l’é­chi­quier mon­dial. Ils disaient des choses que nous jugions affreuses : ils étaient fiers de leur his­toire, ils se sen­taient pous­ser des idées patrio­tiques, ils plé­bis­ci­taient leur pré­sident, sou­hai­taient résis­ter à l’hé­gé­mo­nie de l’O­TAN et oppo­saient l’i­dée de l’eu­ra­sisme aux effets très sen­sibles de l’eu­ro-atlan­tisme. En outre, ils ne pen­saient pas que les États-Unis avaient voca­tion à s’im­pa­tro­ni­ser dans les marches de l’ex-URSS. Pouah ! Ils étaient deve­nus infréquentables. »

Syl­vain Tesson
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, coll. Démarches, 2015

Dans les Andes, on ne compte pas quatre éléments…

« Dans les Andes, on ne compte pas quatre élé­ments, mais cinq : l’air dia­phane, l’eau inson­dable des lacs, le feu des vol­cans, la terre qui tremble, et le silence. Un silence de sépulcre, d’ordre divin, que seule trouble la voix des esprits en sou­le­vant des trombes de pous­sière qui emportent l’âme des humains : le vent. L’homme écoute le vent, dans les Andes, comme la voix de son créa­teur. Confon­du dans sa peti­tesse, relé­gué à l’é­tat d’é­pi­sode, conscient de son impuis­sance, il s’est cher­ché des alliés dans l’au-delà. Soleil, lune, lacs, mon­tagnes, cas­cades, rivières, rocs et vents, gla­ciers, et toutes les forces de la nature, tout est déifié. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Notre entreprise inspirait de l’intérêt…

« Notre entre­prise ins­pi­rait de l’in­té­rêt, et aus­si de la curio­si­té à l’é­gard du petit pavillon tri­co­lore qui flot­tait à l’ar­rière de nos canots. Dans nombre de ces bour­gades du bord de l’eau, en cet immé­diat après-guerre, on n’a­vait jamais vu de Fran­çais de France”, ni lorsque nous fûmes aux États-Unis, enten­du par­ler leur langue. Nous repré­sen­tions une sorte de pré­his­toire, ce qui fut et qui n’est plus : l’A­mé­rique fran­çaise. Nous étions quelque chose comme des explo­ra­teurs post­humes, des décou­vreurs d’un monde dis­pa­ru venus l’es­pace d’un court moment réveiller de très anciens sou­ve­nirs et aus­si­tôt les empor­tant avec eux dans le sillage de leurs canots. »

Jean Ras­pail
En canot sur les che­mins d’eau du roi. Une aven­ture en Amé­rique, édi­tions Albin Michel, 2005

On les appelait voyageurs…

« On les appe­lait voya­geurs, ou enga­gés du grand por­tage. Par les fleuves, les lacs, les rivières qui for­maient une trame natu­relle dans l’im­men­si­té nord-amé­ri­caine, au XVIIe et XVIIIe siècles, convoyant à bord de leurs canots des explo­ra­teurs et des mis­sion­naires, des mar­chands ou des offi­ciers du roi, des sol­dats en tri­corne gris des com­pa­gnies franches de la Marine, des pel­le­te­ries, des armes, des outils, renou­ve­lant jour après jour, les mains cro­chées sur l’a­vi­ron, des exploits exté­nuants, ils don­nèrent à la France un empire qui aurait pu la conte­nir sept fois. À cha­cun de leurs voyages, ils en repous­saient encore les fron­tières, vers le nord-ouest, vers l’ouest, vers le sud. »

Jean Ras­pail
En canot sur les che­mins d’eau du roi. Une aven­ture en Amé­rique, édi­tions Albin Michel, 2005

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