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Citations sur la littérature

Quand je lis Nietzsche, Schopenhauer, Baudelaire…

« Quand je lis Nietzsche, Scho­pen­hauer, Bau­de­laire, Pes­soa ou même Molière, je me dis sou­vent que telle phrase, tel para­graphe, aujourd’­hui, subi­raient la foudre des cen­seurs. Je pense que les grands écri­vains (rien que ce concept de grand écri­vain, pour cer­tains, est déjà démo­cra­ti­que­ment dou­teux) s’ils étaient lus, vrai­ment lus, par l’a­vant-garde du pro­gres­sisme, feraient moins les malins. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

Les pensées antiques et, pour les lecteurs modernes…

« Les pen­sées antiques et, pour les lec­teurs modernes, leurs textes plan­tés comme des sta­tues dans le pay­sage de nos repré­sen­ta­tions exaltent moins des véri­tés sem­pi­ter­nelles que des conseils rela­tifs aux manières judi­cieuses d’exister, de se repré­sen­ter le monde et d’y agir avec jus­tesse, avec équa­ni­mi­té, mais non sans risque de se tromper. »

Jean-Fran­çois Gautier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Grâce à l’histoire, j’offre l’hospitalité…

« Lorsque j’ai entre­pris d’écrire ces Vies, c’était pour autrui ; mais si je per­sé­vère et me com­plais dans cette tâche, c’est à pré­sent pour moi-même. Ces his­toires sont alors comme un miroir, à l’aide duquel j’essaie, en quelque sorte, d’embellir ma vie et de la confor­mer aux ver­tus de ces grands hommes. J’ai vrai­ment l’impression d’habiter et de vivre avec eux ; grâce à l’histoire, j’offre l’hospitalité, si l’on peut dire, à cha­cun d’entre eux tour à tour, l’accueillant et le gar­dant près de moi ; je contemple comme il fut grand et beau” [Homère, Iliade XXIV, v. 630 à pro­pos d’Achille] et je choi­sis les plus nobles de ses actions afin de les faire connaître. »

Plu­tarque
Vies paral­lèles (in Vie de Timo­léon), entre 100 et 120, trad. Anne-Marie Oza­nam, édi­tions Gal­li­mard, coll. Quar­to, 2002

Au début de La guerre du Péloponnèse…

« Au début de la guerre du Pélo­pon­nèse, Thu­cy­dide s’en rap­porte à l’Iliade pour bros­ser à traits rapides l’histoire ancienne des Grecs, recon­nais­sant ain­si à Homère le mérite d’en avoir jeté les fon­de­ments. Mais ce mérite était peu au regard du reste. Ins­pi­ré par les dieux et par la poé­sie, ce qui est tout un, Homère nous a légué la source oubliée de notre tra­di­tion, l’expression grecque de tout l’héritage indo-euro­péen, celte, slave ou nor­dique, avec une clar­té et une per­fec­tion for­melle sans équivalent. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Homère est la source même de la tradition européenne…

« Parce qu’Homère est la source même de la tra­di­tion euro­péenne. Il répond au trouble immense dans lequel les Euro­péens ont été jetés. Le trouble est par­tout, dans la poli­tique, la reli­gion, la morale com­mune, l’éducation, le tra­vail, l’idée que les Euro­péens se font d’eux-mêmes. Rien ne tient debout, sinon une sorte de nihi­lisme gros­sier, l’appétit des jouis­seurs et des pré­da­teurs, gri­més de dis­cours mora­li­sa­teurs. Tout est faux et cor­rom­pu. Les reli­gions elles-mêmes offrent les dis­cours les plus contra­dic­toires et les plus démo­ra­li­sants. Com­ment s’y retrou­ver ? Pour échap­per au conflit des pen­sées et des actes, les Euro­péens n’ont pas d’autre choix que de faire retour à ce qui leur appar­tient en propre, à la source intacte, indis­cu­table, incor­rup­tible de leur civi­li­sa­tion. Pour reprendre le mot de la grande hel­lé­niste qu’était Jac­que­line de Romil­ly, il faut en reve­nir à l’essentiel, à Homère, au tout à fait pur. Si l’on cherche les caté­go­ries de l’action, de la connais­sance, de la beau­té, de l’excellence et de la sagesse tra­gique, tout est déjà pré­sent dans l’Iliade et l’Odys­sée, à condi­tion de libé­rer ces textes magni­fiques des biblio­thèques pous­sié­reuses où on les a fossilisés. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Que retient-on de ces premiers chants de l’Odyssée ?…

« Que retient-on de ces pre­miers chants de l’Odyssée ?
La vie nous impose des devoirs.
Il importe d’abord de ne pas trans­gres­ser la mesure du monde.
S’il faut répa­rer un for­fait com­mis, il ne faut pas dévier de sa course ni renier les objec­tifs fixés.
Enfin, ne jamais oublier l’individu que l’on est, ni l’endroit d’où l’on vient, ni l’endroit où l’on va. »

Syl­vain Tesson
Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018

Le journal est la bouée de sauvetage…

« Le jour­nal est la bouée de sau­ve­tage dans l’océan de ces erre­ments. On le retrouve au soir venu. On s’y tient. On s’y plonge pour oublier les tré­pi­da­tions, on y confie une pen­sée, le sou­ve­nir d’une ren­contre, l’émotion pro­cu­rée par un beau pay­sage ou, mieux, par un visage, ce pay­sage de l’âme. On y note une phrase, une colère, un enthou­siasme, l’éblouissement d’une lec­ture. Chaque soir on y revient. On lui voue sa fidé­li­té. La seule qui vaille. La seule qui tienne. Le jour­nal est une patrie.
Grâce à lui, le sis­mo­graphe inté­rieur se calme. Les affo­le­ments du métro­nome vital qui explo­rait le spectre à grands coups pani­qués se réduisent alors à une très légère oscillation. »

Syl­vain Tesson
Une très légère oscil­la­tion, jour­nal 2014 – 2017, édi­tions des Équa­teurs, 2017, p. 12

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