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Citations sur le journalisme

La presse ne retient que les formules à sensation…

« La presse est le lieu pri­vi­lé­gié où se mani­festent cette hâte et cette super­fi­cia­li­té qui sont la mala­die men­tale du XXe siècle. Aller au cœur des pro­blèmes lui est contre-indi­qué, cela n’est pas dans sa nature, elle ne retient que les for­mules à sen­sa­tion. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Le journaliste et son journal sont-ils vraiment responsables…

« Le jour­na­liste et son jour­nal sont-ils vrai­ment res­pon­sables devant leurs lec­teurs ou devant l’Histoire ? Quand il leur est arri­vé, en don­nant une infor­ma­tion fausse ou des conclu­sions erro­nées, d’induire en erreur l’opinion publique ou même de faire faire un faux pas à l’État tout entier – les a‑t-on jamais vus l’un ou l’autre battre publi­que­ment leur coulpe ? Non, bien sûr, car cela aurait nui à la vente. Dans une affaire pareille, l’État peut lais­ser des plumes – le jour­na­liste, lui, s’en tire tou­jours. Vous pou­vez parier qu’il va main­te­nant, avec un aplomb renou­ve­lé, écrire le contraire de ce qu’il affir­mait aupa­ra­vant. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Les bruyants défenseurs des lois dites contre les discriminations…

« Il n’y a pas plus fausse appré­cia­tion de la réa­li­té que celle entre­te­nue par les bruyants défen­seurs des lois dites contre les dis­cri­mi­na­tions”. Que ce soit nos grandes plumes, toutes issues du même moule, par­fois des mêmes jour­naux qui, jour après jour dans les années 1930, ont ten­té d’aveu­gler le pays face aux périls crois­sants qu’il aurait fal­lu affron­ter. »

Enoch Powell
Dis­cours des fleuves de sang, allo­cu­tion du 20 avril 1968 à Bir­min­gham, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, 2019

Un journaliste n’est pas un enfant de chœur…

« Voi­ci donc un livre qui est une mau­vaise action. […] D’autre part, je demeure convain­cu qu’un jour­na­liste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à pré­cé­der les pro­ces­sions, la main plon­gée dans une cor­beille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plai­sir, non plus de faire du tort, il est de por­ter la plume dans la plaie. […] Que pou­vait-on jeter sur un tel tableau ? Un voile ou un peu de lumière. À d’autres le voile ! »

Albert Londres
Terre d’ébène, 1929 (avant-pro­pos), Édi­tions du Rocher, coll. Motifs, 2008

Un grand journal ne peut se payer le luxe de critiquer les grands magasins…

« Deux fois dans ma vie un rédac­teur-en-chef m’a dit qu’il n’o­sait pas impri­mer ce que j’a­vais écrit de peur d’of­fen­ser les annon­ceurs de son jour­nal. […] En ces deux occa­sions il me refu­sa la liber­té d’ex­pres­sion parce que j’a­vais écrit que les grands maga­sins qui béné­fi­cient de la publi­ci­té que l’on sait étaient en réa­li­té pires que les petits maga­sins. C’est la une des choses, et elle est digne d’être rele­vée, qu’un homme n’a désor­mais plus le droit de dire ; peut-être même la seule chose qui lui soit réel­le­ment inter­dite. Si j’a­vais atta­qué le gou­ver­ne­ment, on aurait trou­vé cela très bien ; si j’a­vais atta­qué Dieu, on aurait trou­vé cela encore mieux. Si j’a­vais cri­ti­qué le mariage, le patrio­tisme ou la morale publique, j’au­rais eu droit à la pre­mière page de la presse domi­ni­cale. Mais un grand jour­nal ne peut se payer le luxe de cri­ti­quer les grands maga­sins, étant un grand maga­sin à sa manière et en passe de deve­nir lui-même un mono­pole. »

Gil­bert Keith Ches­ter­ton
Plai­doyer pour une pro­prié­té anti­ca­pi­ta­liste, 1926, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

La vérité concernant la presse…

« La véri­té concer­nant la presse, c’est qu’elle n’est pas telle que son nom la désigne. Elle n’est pas la presse popu­laire”. Elle n’est pas la presse publique. Elle n’est pas davan­tage un organe de l’o­pi­nion publique. Elle est une conspi­ra­tion our­die par un petit nombre de mil­lion­naires qui se sont enten­dus sur ce que cette grande nation (à laquelle nous appar­te­nons) doit savoir sur elle-même, ses alliés, ses enne­mis. […]
Si bien que le lec­teur de jour­nal reçoit toutes ses infor­ma­tions et ses mots d’ordre poli­tiques de ce qui à l’heure qu’il est consti­tue plus ou moins consciem­ment une sorte de socié­té secrète, com­po­sée d’un très petit nombre de membres dis­po­sant de beau­coup d’argent. »

Gil­bert Keith Ches­ter­ton
Uto­pie des usu­riers, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

Le problème que doit résoudre aujourd’hui le journaliste…

« Le pro­blème que doit résoudre aujourd’­hui le jour­na­liste poli­tique est le sui­vant : s’il a véri­ta­ble­ment l’in­ten­tion de dénon­cer devant l’o­pi­nion un mar­chan­dage contac­té entre un gou­ver­ne­ment et un entre­pre­neur, c’est, de nos jours, au Par­le­ment qu’il a affaire ; c’est-à-dire un comi­té qui le contrôle. Et il doit tran­cher entre deux points de vue. Ou bien il décide qu’il ne peut exis­ter de gou­ver­ne­ment cor­rom­pu. Ou bien il décide qu’il appar­tient à un gou­ver­ne­ment cor­rom­pu de dénon­cer sa propre cor­rup­tion. Je lui donne le choix tout en riant sous cape. »

Gil­bert Keith Ches­ter­ton
Uto­pie des usu­riers, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

La presse est devenue la force la plus importante des États occidentaux…

« Et, avec tout cela, la presse est deve­nue la force la plus impor­tante des États occi­den­taux, elle dépasse en puis­sance les pou­voirs exé­cu­tif, légis­la­tif et judi­ciaire. Pour­tant, voyons : en ver­tu de quelle loi a‑t-elle été élue et à qui rend-elle compte de son acti­vi­té ? Si, dans l’Est com­mu­niste, un jour­na­liste est ouver­te­ment nom­mé comme tout fonc­tion­naire — quels sont les élec­teurs de qui les jour­na­listes occi­den­taux tiennent leur posi­tion pré­pon­dé­rante ? Pour com­bien de temps l’oc­cupent-ils et de quels pou­voirs sont-ils inves­tis ? »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

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