Citation

Le journaliste et son journal sont-ils vraiment responsables…

« Le jour­na­liste et son jour­nal sont-ils vrai­ment res­pon­sables devant leurs lec­teurs ou devant l’Histoire ? Quand il leur est arri­vé, en don­nant une infor­ma­tion fausse ou des conclu­sions erro­nées, d’induire en erreur l’opinion publique ou même de faire faire un faux pas à l’État tout entier – les a‑t-on jamais vus l’un ou l’autre battre publi­que­ment leur coulpe ? Non, bien sûr, car cela aurait nui à la vente. Dans une affaire pareille, l’État peut lais­ser des plumes – le jour­na­liste, lui, s’en tire tou­jours. Vous pou­vez parier qu’il va main­te­nant, avec un aplomb renou­ve­lé, écrire le contraire de ce qu’il affir­mait auparavant. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

À propos de l'auteur

Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne, parfois en français Soljénitsyne (en russe : Александр Исаевич Солженицын), né en 1918, mort en 2008 à Moscou, est un écrivain russe et dissident du régime soviétique. Il rejoint l'armée en 1941 et, promu officier, fait preuve d'une conduite exemplaire au front qui lui vaut d'être décoré. Arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline, il est condamné à huit ans de détention au goulag. À la faveur de la déstalinisation, il publie en 1962 Une journée d'Ivan Denissovitch, première œuvre littéraire témoignant du goulag et de l'existence de camps au pays du socialisme. Il parvient à faire sortir ses textes clandestinement d'URSS et obtient le prix Nobel de littérature en 1970. L'Archipel du Goulag, publié en 1973 à Paris, connaît un retentissement mondial. Il est arrêté en 1974, expulsé d’Union soviétique et déchu de sa citoyenneté. Réfugié en Europe de l’ouest, il s'installe aux États-Unis dans le Vermont, où il écrit sa monumentale Roue rouge. Figure de proue de la dissidence soviétique, il se démarque cependant par une vive critique du matérialisme occidental, notamment dans son Discours de Harvard en 1978 sur le déclin du courage. Réhabilité par Mikhaïl Gorbatchev, il rentre en 1994 à Moscou, où il termine sa vie.