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Citations sur la Russie

Ils sortaient de soixante-dix ans de joug soviétique…

« Ils sor­taient de soixante-dix ans de joug sovié­tique. Ils avaient subi dix années d’a­nar­chie elt­si­nienne. Aujourd’­hui, ils se revan­chaient du siècle rouge, reve­naient à grands pas sur l’é­chi­quier mon­dial. Ils disaient des choses que nous jugions affreuses : ils étaient fiers de leur his­toire, ils se sen­taient pous­ser des idées patrio­tiques, ils plé­bis­ci­taient leur pré­sident, sou­hai­taient résis­ter à l’hé­gé­mo­nie de l’O­TAN et oppo­saient l’i­dée de l’eu­ra­sisme aux effets très sen­sibles de l’eu­ro-atlan­tisme. En outre, ils ne pen­saient pas que les États-Unis avaient voca­tion à s’im­pa­tro­ni­ser dans les marches de l’ex-URSS. Pouah ! Ils étaient deve­nus infré­quen­tables. »

Syl­vain Tes­son
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, coll. Démarches, 2015

L’Occident anglais et américain s’est toujours opposé…

« L’Oc­ci­dent anglais et amé­ri­cain s’est tou­jours oppo­sé à cette orga­ni­sa­tion ger­ma­no-russe des bas­sins flu­viaux centre-euro­péens, ceux du Rhin et du Danube. Car elle aurait per­mis un tra­fic pétro­lier sous­trait à leur contrôle mari­time en Médi­ter­ra­née. La pers­pec­tive de cette for­mi­dable syner­gie euro-russe était le cau­che­mar des puis­sances occi­den­tales. Elle explique bon nombre de tra­di­tions mili­ta­ro-diplo­ma­tiques anglaises et amé­ri­caines (…) »

Robert Steu­ckers
« Les impli­ca­tions géo­po­li­tiques des Accords de Munich en 1938, Allo­cu­tion de Robert Steu­ckers à la Com­mis­sion Géo­po­li­tique de la Dou­ma d’É­tat, Mos­cou, le 30 sep­tembre 1998 », Nou­velles de Syner­gies euro­péennes n°37, octobre-décembre 1998

De même que j’étais antisoviétique et pro-russe, je suis anti-UE…

« De même que j’é­tais anti­so­vié­tique et pro-russe, je suis anti-UE et pro-euro­péen. L’UE est cette anti­phrase orwel­lienne qui brouille ce qu’elle pré­tend paci­fier et qui divise ce qu’elle veut unir. Cette construc­tion-là est morte, ce n’est plus qu’un navire fan­tôme qui court sur son erre. »

Slo­bo­dan Des­pot
Entre­tien accor­dé à la revue Rébel­lion, nº 55, juillet-août 2012

Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette torpeur…

« Les Russes sont tous atteints à des degrés divers par cette tor­peur méta­phy­sique. Les Euro­péens de l’Ouest, eux, ont oublié ce qu’ils doivent au stoï­cisme, à Marc Aurèle, à Epic­tète. Ils méprisent ce pen­chant à l’inertie. Ils lui donnent le nom de fata­lisme, font la moue devant la pas­si­vi­té slave et repartent vaquer à leurs occu­pa­tions, les manches retrous­sées et les sour­cils fron­cés. L’Europe de Schen­gen est peu­plée de ham­sters affai­rés qui, dans leur cage de plas­tique tour­nant sur elle-même, ont oublié les ver­tus de l’acceptation du sort. »

Syl­vain Tes­son
S’abandonner à vivre, édi­tions Gal­li­mard, 2014

Il regardait ses pieds…

« Il regar­dait ses pieds qui pas à pas le rap­pro­chaient de sa mai­son. En Rus­sie aus­si il regar­dait ses pieds en mar­chant dans la steppe ; aus­si en Alba­nie, en Pologne, en Alle­magne. Même les pas qui l’avaient éloi­gné étaient des pas pour reve­nir. De temps à autre il levait les yeux pour regar­der la route qu’il lui res­tait à faire : les petites lignes droites lui sem­blaient très longues et les mon­tagnes encore bien loin. »

Mario Rigo­ni Stern
Sen­tiers sous la neige (Sen­tie­ri soto la neve), 1998, trad. Monique Bac­cel­li, édi­tions La Fosse aux ours, 2000

Parmi d’autres, l’histoire de la Russie d’après 1917, continuée jusqu’en 1991…

« Par­mi d’autres, l’histoire de la Rus­sie d’après 1917, conti­nuée jusqu’en 1991, montre avec une force par­ti­cu­lière que les défaites sont rare­ment irré­mé­diables et que les vic­toires sont tou­jours momen­ta­nées. Sur un plan supé­rieur, spi­ri­tuel et non poli­tique, les défaites sont en par­tie effa­cées lorsque les vain­cus se sont mon­trés héroïques. Il se trou­ve­ra un enfant pour recueillir la leçon morale des sui­ci­dés de Numance, s’émerveiller au sou­ve­nir de Julien, de William Wal­lace, des Chouans et des Ven­déens, des fidèles Confé­dé­rés, des gardes blancs de Deni­kine, Kolt­chak et Wran­gel, des réprou­vés du Bal­ti­kum, et en faire autant de modèles pour se déter­mi­ner et se conduire fer­me­ment. Vic­toire, défaite, tout est balayé par le temps. Ce qui sub­siste, comme dans Plu­tarque, ce sont les leçons de main­tien don­nées à la pos­té­ri­té par cer­tains hommes face à l’adversité.
L’interprétation des défaites est dépen­dante de la culture et des repré­sen­ta­tions”. L’esprit tra­gique, pré­sent dans toute la lit­té­ra­ture épique euro­péenne depuis Homère, exa­mine les échecs en pro­por­tion de leur héroïsme, au point de voir en eux un pré­texte à l’éternisation des héros.
Cette idée rap­pelle que la vision que l’on se fait du pas­sé déter­mine l’avenir. Il n’y a pas de futur pour qui ne sait d’où il vient, pour qui n’a pas la mémoire de ce qui l’a fait ce qu’il est. »

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Si nous étions malheureux, mourant de faim et de froid…

« Bour­gogne n’é­tait pas en reste dans l’af­fec­tion au chef, mais autour d’une page, il livrait une autre clé : Si nous étions mal­heu­reux, mou­rant de faim et de froid, il nous res­tait encore quelque chose qui nous sou­te­nait : l’hon­neur et le cou­rage.” L’hon­neur et le cou­rage ! Comme ils réson­naient étran­ge­ment, ces mots, deux cents années plus tard. Étaient-ils encore en vie, ces mots, dans ce monde que nous tra­ver­sions pleins phares ? Nous fîmes une courte halte sur le bas-côté, il nei­geait, la nuit sem­blait en larmes dans le fais­ceau des phares. Dieux, me disais-je, en pis­sant dans le noir, nous autres, pauvres gar­çons du XXIème siècle, ne sommes-nous pas des nains ? Alan­guis dans la man­grove du confort, pou­vions-nous com­prendre ces spectres de 1812 ? »

Syl­vain Tes­son
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, 2015, 978−2−35221−089−4, p. 103

Un haut lieu…

« Un haut lieu, dit-il, c’est un arpent de géo­gra­phie fécon­dé par les larmes de l’His­toire, un mor­ceau de ter­ri­toire sacra­li­sé par un geste, mau­dit par une tra­gé­die, un ter­rain qui, par-delà les siècles, conti­nue d’ir­ra­dier l’é­cho des souf­frances tues ou des gloires pas­sées. C’est un pay­sage béni par les larmes et le sang. Tu te tiens devant et, sou­dain, tu éprouves une pré­sence, un sur­gis­se­ment, la mani­fes­ta­tion d’un je-ne-sais-quoi. C’est l’é­cho de l’His­toire, le rayon­ne­ment fos­sile d’un évé­ne­ment qui sourd du sol, comme une onde. Ici, il y a eu une telle inten­si­té de tra­gé­die en un si court épi­sode de temps que la géo­gra­phie ne s’en est pas remise. Les arbres ont repous­sé, mais la Terre, elle, conti­nue de souf­frir. Quand elle boit trop de sang, elle devient un haut lieu. Alors, il faut la regar­der en silence car les fan­tômes la hantent. »

Syl­vain Tes­son
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, 2015, 978−2−35221−089−4, p. 115

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