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Citations sur la puissance

La politique concerne l’exercice de la puissance…

« La poli­tique concerne l’exercice de la puis­sance : les hommes poli­tiques sont cen­sés être des hommes de pou­voir. Or, du pou­voir, ils n’en ont pra­ti­que­ment pas. Ils s’en sont des­sai­sis, ils l’ont fui ou l’ont reje­té. En tout cas, ils ont lais­sé échap­per cet attri­but majeur qui consti­tue pour­tant l’apanage des hommes de leur espèce. Aus­si sont-ils aujourd’hui aux vrais poli­tiques ce que les droïdes” sont aux humains. Appa­rem­ment par­faits, il leur manque pour­tant l’essentiel. »

Bru­no Mégret
L’Autre scé­na­rio pour la France et l’Europe, Édi­tions Cité liber­té, 2006

Les anciens Grecs ajoutèrent à la vénération du réel…

« Les anciens Grecs ajou­tèrent à la véné­ra­tion du réel la puis­sance de leur ima­gi­naire. Sur la mer éclai­rée par les mythes et les méduses, il y eut un miracle, voi­là trois mil­lé­naires. Des hommes prirent une déci­sion : ne plus jamais assis­ter à un spec­tacle natu­rel sans y asso­cier la pré­sence d’un dieu. »

Syl­vain Tes­son
La grande odys­sée de Syl­vain Tes­son, dans le sillage d’Ulysse, Le Figa­ro, 10 avril 2020

De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique…

« De même que l’homme fort se réjouit dans son apti­tude phy­sique, se com­plaît dans les exer­cices qui pro­voquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette acti­vi­té spi­ri­tuelle dont la fonc­tion est de débrouiller. Il tire du plai­sir même des plus tri­viales occa­sions qui mettent ses talents en jeu. Il raf­fole des énigmes, des rébus, des hié­ro­glyphes ; il déploie dans cha­cune des solu­tions une puis­sance de pers­pi­ca­ci­té qui, dans l’opinion vul­gaire, prend un carac­tère sur­na­tu­rel. »

Edgar Allan Poe
Double assas­si­nat dans la rue Morgue (The Mur­ders in the Rue Morgue), 1841, trad. Charles Bau­de­laire, in His­toires extra­or­di­naires, 1856, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2020

Lorsqu’on pense aux moyens chaque fois plus puissants…

« Lors­qu’on pense aux moyens chaque fois plus puis­sants dont dis­pose le sys­tème, un esprit ne peut évi­dem­ment res­ter libre qu’au prix d’un effort conti­nuel. Qui de nous peut se van­ter de pour­suivre cet effort jus­qu’au bout ? Qui de nous est sûr, non seule­ment de résis­ter à tous les slo­gans, mais aus­si à la ten­ta­tion d’op­po­ser un slo­gan à un autre ? »

Georges Ber­na­nos
La France contre les robots, édi­tions Robert Laf­font, 1947

Nous vivions dans l’insolence de notre force et fréquentions la table des puissants…

« Nous vivions dans l’insolence de notre force et fré­quen­tions la table des puis­sants de ce monde. […] Il est des temps de déca­dence, où s’efface la forme en laquelle notre vie pro­fonde doit s’accomplir. Arri­vés dans de telles époques, nous vacillons et tré­bu­chons comme des êtres à qui manque l’équilibre. Nous tom­bons de la joie obs­cure à la dou­leur obs­cure, le sen­ti­ment d’un manque infi­ni nous fait voir pleins d’attraits l’avenir et le pas­sé. Nous vivons ain­si dans des temps écou­lés ou dans des uto­pies loin­taines, cepen­dant que l’instant s’enfuit. Sitôt que nous eûmes conscience de ce manque, nous fîmes effort pour y parer. Nous lan­guis­sions après la pré­sence, après la réa­li­té, et nous serions pré­ci­pi­tés dans la glace, le feu ou l’éther pour nous déro­ber à l’ennui. Comme tou­jours, là où le doute s’accompagne de plé­ni­tude, nous fîmes confiance à la force, et n’est-elle pas l’éternel balan­cier qui pousse en avant les aiguilles, indif­fé­rente au jour et à la nuit ? Nous nous mîmes donc à rêver de force et de puis­sance, et des formes qui, s’ordonnant intré­pi­de­ment, marchent l’une sur l’autre dans le com­bat de la vie, prêtes au désastre comme au triomphe. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Toute la science moderne n’a pas la moindre valeur de connaissance…

« Toute la science moderne n’a pas la moindre valeur de connais­sance ; elle se base sur un renon­ce­ment for­mel à la connais­sance au sens vrai. La force motrice et orga­ni­sa­trice de la science moderne ne dérive pas du tout de l’idéal de la connais­sance, mais exclu­si­ve­ment de l’exigence pra­tique, et peut-on dire, de la volon­té de puis­sance appli­quée aux choses, à la nature […] En der­nière ana­lyse, l’élan vers la connais­sance s’est trans­for­mé en une impul­sion à domi­ner, et c’est d’un scien­ti­fique, B. Rus­sel, qu’on tient l’aveu que la science, de moyen de connaître le monde, est deve­nu un moyen de chan­ger le monde. »

Julius Evo­la
Che­vau­cher le tigre (Caval­care la tigre), 1961

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