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Citations sur la différence

Nous avons un marché universel…

« Nous avons un mar­ché uni­ver­sel, mais il n’est pas por­teur des effets civi­li­sa­teurs qu’en atten­daient avec tant de confiance Hume et Vol­taire. Au lieu d’engendrer une prise en compte nou­velle de nos incli­na­tions de nos inté­rêts com­muns – de l’identité essen­tielle des êtres humains sur toute la sur­face du globe – le mar­ché mon­dial semble inten­si­fier la prise de conscience des dif­fé­rences eth­niques et natio­nales. L’unification du mar­ché va de pair avec la frag­men­ta­tion de la culture. »

Chris­to­pher Lasch
La révolte des élites et la tra­hi­son de la démo­cra­tie (The Revolt of the Elites and the Betrayal of Demo­cra­cy), 1995, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2007

L’égalitarisme ne relève pas du domaine de la mesure…

« L’éga­li­ta­risme ne relève pas du domaine de la mesure” mais de celui des armes tran­chantes. Il ne toise pas mais guillo­tine en per­sé­cu­tant le noyau cen­tral de la vie : la diver­si­té”.
Pri­vi­lé­giée, dès la lote­rie géné­tique, elle est la base même de toute exis­tence et en assure la péren­ni­té. Sa suite logique, la dis­cri­mi­na­tion”, est tout aus­si hon­nie. On lutte contre… Et encore une fois, il s’agit d’un com­bat contre la vie elle-même, car la marche, la vue, les gestes quo­ti­diens et l’ensemble des dédales de l’intelligence s’élaborent grâce à la dis­cri­mi­na­tion. »

Lau­rence Maugest
L’égalitarisme : le géno­cide de l’humanité, Polé­mia, 9 juin 2015

Je suis un partisan des frontières…

« Je suis un par­ti­san des fron­tières, à condi­tion de pou­voir les fran­chir sans tra­cas­se­ries inutiles. Mais j’ai­me­rais qu’on fasse pas­ser chaque voya­geur devant un détec­teur qui refou­le­rait impi­toya­ble­ment les imbé­ciles et les vul­gaires, le petit nombre étant seul admis à jouir des dif­fé­rences et s’en abreu­ver. J’ap­pelle de tous mes vœux la mul­ti­pli­ca­tion à l’in­fi­ni des fron­tières, à l’a­bri des­quelles les si pré­cieuses dif­fé­rences pour­raient ces­ser de dis­pa­raître et même, se culti­ve­raient jalou­se­ment jus­qu’à une nou­velle floraison. »

Jean Ras­pail
La hache des steppes, édi­tions Robert Laf­font, 1974

Les totalitarismes du XXe siècle s’intéressaient…

« Les tota­li­ta­rismes du XXe siècle s’intéressaient prin­ci­pa­le­ment à l’embrigadement de la jeu­nesse, enten­dez les ado­les­cents ou les enfants de plus de 10 ans. Le tota­li­ta­risme du XXIe siècle va plus loin. L’enfant est édu­qué – réédu­qué plu­tôt – dès l’école pri­maire, la mater­nelle, voire la crèche. À tra­vers des livres et des exer­cices visant à nier les dif­fé­rences de sexe et d’origine par exemple. »

Jean-Yves Le Gallou
Seize thèses sur la socié­té de pro­pa­gande, Polé­mia, 15 juin 2019

Non content de prévoir ce qui se passerait en Russie…

« Non content de pré­voir ce qui se pas­se­rait en Rus­sie, Léon­tiev géné­ra­li­sait ses pré­dic­tions : Le monde entier pro­gresse vers la même chose, vers je ne sais quel type de socié­té euro­péenne moyenne et vers l’a­vè­ne­ment de je ne sais quel homme moyen. Et on conti­nue­ra à pro­gres­ser jus­qu’à ce que tous se soient fon­dus en une fédé­ra­tion euro­péenne unique.” Toutes les forces contem­po­raines, affir­mait-il, ne sont que l’ins­tru­ment aveugle de la volon­té mys­té­rieuse qui, pas à pas, cherche à démo­cra­ti­ser, à éga­li­ser, à mêler les élé­ments sociaux de toute l’Eu­rope Romaine-ger­ma­nique pour com­men­cer, et puis, qui sait, de l’hu­ma­ni­té tout entière”.
Le vision­naire dénon­çait Procuste.
Il fai­sait plus que le dénon­cer. Sous cou­leur de com­pa­rer la Rus­sie à Byzance, il a fait une théo­rie de l’His­toire qui est en réa­li­té une onto­lo­gie dia­lec­tique de la différence. »

Vla­di­mir Volkoff
Le com­plexe de Pro­custe, édi­tions Jul­liard – L’Âge d’Homme, 1981

Qu’est-ce que la discrimination, si ce n’est l’action de distinguer…

« Qu’est-ce que la dis­cri­mi­na­tion, si ce n’est l’action de dis­tin­guer une chose d’une autre ? Dis­cri­mi­ner, c’est tra­cer des fron­tières, défi­nir des limites. Dans l’absolu, être, c’est déli­mi­ter un dedans et un dehors, c’est donc éga­le­ment dis­cri­mi­ner. Un pays n’existe que par ses fron­tières et les dif­fé­rences ne se concré­tisent que par des sépa­ra­tions. Toute action effec­tuée ou parole énon­cée en exclut fata­le­ment une autre et se trouve de fac­to dis­cri­mi­na­toire. Toute vie dif­fé­ren­ciée implique donc néces­sai­re­ment une dis­cri­mi­na­tion, une pré­fé­rence, une hiérarchie. »

Thi­bault Mercier
Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre-Guillaume de Roux édi­teur, 2019

La rationalisation d’un monde compris comme créé par un Dieu unique…

« La ratio­na­li­sa­tion d’un monde com­pris comme créé par un Dieu unique s’est tou­jours heur­tée, chez nous, à l’éloge des diver­si­tés vécues. L’identité s’entendait en effet comme alté­ri­té, diver­si­té, plu­ra­li­té. Nul per­son­nage, dans l’Iliade ou l’Odys­sée, ou dans l’une des tra­gé­dies d’Eschyle ou de Sophocle, ne se serait aven­tu­ré à deman­der à Zeus ou à Apol­lon : Qui es-tu ?” Et des réponses bibliques et mono­théistes à cette ques­tion, telles que Ehyeh Asher Ehyeh, Je suis qui je suis”, ou Suis qui serai”, tra­duites en grec par quelque chose comme Je suis celui qui est” (Exode 3, 14), n’auraient eu aucune signi­fi­ca­tion dans les langues et les repré­sen­ta­tions euro­péennes antiques. »

Jean-Fran­çois Gautier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

La discrimination est à l’origine l’action de distinguer des objets…

« La dis­cri­mi­na­tion, on rou­git de le rap­pe­ler, est à l’origine, et lit­té­ra­le­ment, l’action de dis­tin­guer des objets de pen­sée, ou de dis­cer­ner les choses les unes des autres. Il n’y a donc pas un pro­pos, dans quelque langue que ce soit, il n’y a pas une phrase issue d’une pen­sée un peu construite, qui ne soit, en son essence, dis­cri­mi­na­toire. La parole ne s’énonce que pour dis­tin­guer ou dif­fé­ren­cier. Toute opi­nion est un tri. Toute remarque, même la plus éva­sive, com­mence par écar­ter ce dont elle ne parle pas et que, par consé­quent, elle dis­cri­mine”. »

Phi­lippe Muray
Causes tou­jours, édi­tions Des­cartes & Cie, 2013

Qui était sorti vainqueur de cette fausse guerre ? Les États-Unis, bien entendu…

« Qui était sor­ti vain­queur de cette fausse guerre [la guerre froide, NDLR] ? Les États-Unis, bien enten­du, et l’économie de mar­ché. Mais aus­si la reli­gion de l’Humanité, une, uni­forme et uni­ver­selle. Une reli­gion com­mune aux deux adver­saires de la veille. Et ce n’était pas leur seule affi­ni­té. Que vou­laient les com­mu­nistes d’autrefois ? Ils vou­laient la mise en com­mun des richesses de l’humanité et une ges­tion ration­nelle assu­rant à tous abon­dance et paix. Ils vou­laient aus­si la créa­tion d’un homme nou­veau, capable de dési­rer ces bien­faits, un homme ration­nel et uni­ver­sel, déli­vré de toutes ces entraves que sont des racines, une nature et une culture. Ils vou­laient enfin assou­vir leur haine des hommes concrets, por­teurs de dif­fé­rences, leur haine éga­le­ment de la vieille Europe, mul­tiple et tra­gique. Et l’Occident amé­ri­cain, que veut-il ? Eh bien, la même chose. La dif­fé­rence porte sur les méthodes. Récu­sant la pla­ni­fi­ca­tion par la contrainte, le sys­tème amé­ri­cain voit dans le mar­ché le fac­teur prin­ci­pal de la ratio­na­li­té et des changements. […]
Le com­mu­nisme de mar­ché, autre nom du mon­dia­lisme, ne par­tage pas seule­ment avec son ex-frère enne­mi sovié­tique la vision radieuse du but final. Pour chan­ger le monde, lui aus­si doit chan­ger l’homme, fabri­quer l’homo œco­no­mi­cus de l’avenir, le zom­bi, l’homme du nihi­lisme, vidé de son conte­nu, pos­sé­dé par l’esprit du mar­ché et de l’Humanité uni­ver­selle. Le zom­bi se mul­ti­plie sous nos yeux. Il est heu­reux puisque l’esprit du mar­ché lui souffle que le bon­heur consiste à satis­faire tous ses dési­rs”. Et ses dési­rs étant ceux du mar­ché ne sont sus­ci­tés que pour être satisfaits. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

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