La protection de l’environnement est évidemment la vocation du conservatisme…

« Non seule­ment le conser­va­tisme est tota­le­ment com­pa­tible avec la défense de l’en­vi­ron­ne­ment, mais la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment est évi­dem­ment la voca­tion du conser­va­tisme, qui n’est rien d’autre que la défense du foyer. Une oiko­phi­lie. L’i­dée selon laquelle le monde ne nous appar­tient pas, il appar­tient à nos parents, à nos besoins. Il s’a­git de reve­nir au fon­de­ment de notre civi­li­sa­tion : le texte fon­da­teur de notre civi­li­sa­tion n’est pas la Bible, c’est l’O­dys­sée. C’est l’his­toire d’un homme, Ulysse, qui essaie de reve­nir à la com­pagne de sa vie, Péné­lope, qui voyage pour retrou­ver son foyer. »

Roger Scru­ton
« Le conser­va­tisme est la phi­lo­so­phie de l’at­ta­che­ment », Limite n°5, jan­vier 2017

Je suis un partisan des frontières…

« Je suis un par­ti­san des fron­tières, à condi­tion de pou­voir les fran­chir sans tra­cas­se­ries inutiles. Mais j’ai­me­rais qu’on fasse pas­ser chaque voya­geur devant un détec­teur qui refou­le­rait impi­toya­ble­ment les imbé­ciles et les vul­gaires, le petit nombre étant seul admis à jouir des dif­fé­rences et s’en abreu­ver. J’ap­pelle de tous mes vœux la mul­ti­pli­ca­tion à l’in­fi­ni des fron­tières, à l’a­bri des­quelles les si pré­cieuses dif­fé­rences pour­raient ces­ser de dis­pa­raître et même, se culti­ve­raient jalou­se­ment jus­qu’à une nou­velle flo­rai­son. »

Jean Ras­pail
La hache des steppes, édi­tions Robert Laf­font, 1974

Notre entreprise inspirait de l’intérêt…

« Notre entre­prise ins­pi­rait de l’in­té­rêt, et aus­si de la curio­si­té à l’é­gard du petit pavillon tri­co­lore qui flot­tait à l’ar­rière de nos canots. Dans nombre de ces bour­gades du bord de l’eau, en cet immé­diat après-guerre, on n’a­vait jamais vu de Fran­çais de France”, ni lorsque nous fûmes aux États-Unis, enten­du par­ler leur langue. Nous repré­sen­tions une sorte de pré­his­toire, ce qui fut et qui n’est plus : l’A­mé­rique fran­çaise. Nous étions quelque chose comme des explo­ra­teurs post­humes, des décou­vreurs d’un monde dis­pa­ru venus l’es­pace d’un court moment réveiller de très anciens sou­ve­nirs et aus­si­tôt les empor­tant avec eux dans le sillage de leurs canots. »

Jean Ras­pail
En canot sur les che­mins d’eau du roi. Une aven­ture en Amé­rique, édi­tions Albin Michel, 2005

L’émotion que j’avais ressentie…

« Tran­si, mouillé jus­qu’à l’os, l’âme déso­lée, je rega­gnai ma cabine. Par le hublot je ne vis plus rien que la pluie, et le pot du soir, au car­ré, fut empreint de mélan­co­lie. L’é­mo­tion que j’a­vais res­sen­tie est demeu­rée aus­si forte durant les cin­quante années qui ont sui­vi… »

Jean Ras­pail
Adiós, Tier­ra del Fue­go, édi­tions Albin Michel, 2001

Je prends possession de Septentrion…

« En mon nom, en votre nom, je prends pos­ses­sion de Sep­ten­trion. Il n’y a de vraie conquête que lors­qu’on sort de ses fron­tières pal­pables et impal­pables sans esprit de retour. Pour n’a­voir pu le com­prendre, sem­blables à tous les hommes de ce temps, ceux qui nous ont pré­cé­dés ici ont misé­ra­ble­ment reflué au sein de la masse pro­tec­trice. Dieu mer­ci ! nous autres, nous n’en sommes plus là. Et main­te­nant, allons fêter cela ! »

Jean Ras­pail
Sep­ten­trion, édi­tions Robert Laf­font, 1979, réed. 2007

La frontière courait…

« La fron­tière cou­rait sur quelque quatre cent soixante-dix lieues face à l’est et au nord-est. Elle fran­chis­sait d’in­ter­mi­nables forêts, noir et argent durant le long hiver, des plaines spon­gieuses semées de lacs dont l’eau avait la cou­leur du plomb, des maré­cages qui dis­pa­rais­saient sous des océans de roseaux et des rivières rou­lant leurs flots boueux vers des des­ti­na­tions incer­taines. Elle esca­la­dait des col­lines au relief tour­men­té qu’un ciel bas fai­sait appa­raître comme autant de mon­tagnes infran­chis­sables dont les som­mets se confon­daient avec l’é­pais pla­fond des nuages. Face au nord, elle se per­dait dans l’in­fi­ni de la taï­ga au-delà de laquelle s’é­ten­dait une mer glauque héris­sée de rochers bat­tus par des vents furieux, mais nul voya­geur, nul marin, hor­mis le com­mo­dore Liech­ten­berg en 1631, ne s’é­tait avan­cé jus­qu’à ces rivages. »

Jean Ras­pail
Les royaumes de Borée, édi­tions Albin Michel, 2003

Plus on est grisé, plus on est conquis par la séduction de ce voyage…

« Plus on est gri­sé, plus on est conquis par la séduc­tion de ce voyage dans une forêt d’œuvres d’art, plus on se sent aus­si enva­hi par un bizarre sen­ti­ment de malaise qui se mêle bien­tôt à la joie de voir. Il pro­vient de l’étonnant contraste de la foule moderne si banale, si igno­rante de ce qu’elle regarde avec les lieux qu’elle habite. On sent que l’âme déli­cate, hau­taine et raf­fi­née du vieux peuple dis­pa­ru qui cou­vrit ce sol de chefs‑d’œuvre, n’agite plus les têtes à cha­peaux ronds cou­leur cho­co­lat, n’anime point les yeux indif­fé­rents, n’exalte plus les dési­rs vul­gaires de cette popu­la­tion sans rêves. »

Guy de Mau­pas­sant
La Côte ita­lienne, 1890, in Au soleil sui­vi de La Vie errante et autres voyages, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 2015

Le voyageur glissant sur l’océan ou gravissant…

« Le voya­geur glis­sant sur l’océan ou gra­vis­sant la mon­tagne pré­fère consa­crer son éner­gie vitale à s’émerveiller du spec­tacle du monde plu­tôt qu’à ratio­ci­ner sur son tas de misé­rables secrets inté­rieurs. Il pri­vi­lé­gie l’exploration à l’introspection. Il goûte davan­tage de se tenir debout sur la route que cou­ché sur le divan. »

Syl­vain Tes­son
Pré­face à Car­nets d’aventures, La Guilde euro­péenne du raid / Presses de la Renais­sance, 2007

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