En Jeanne nous voyons agir, à son insu…

« En Jeanne nous voyons agir, à son insu, les vieilles ima­gi­na­tions cel­tiques. Le paga­nisme sup­porte et entoure cette sainte chré­tienne. La Pucelle honore les saints, mais d’ins­tinct elle pré­fère ceux qui abritent sous leurs vocable les fon­taines fées. Les diverses puis­sances reli­gieuses éparses dans cette val­lée meu­sienne, Jeanne les ramasse et les accorde, dût-elle en mou­rir par un effet de sa noblesse natu­relle… Fon­taines drui­diques, ruines latines et vieilles églises romanes forment un concert. (…) Autant que nous aurons un cœur cel­tique et chré­tien, nous ne ces­se­rons d’ai­mer cette fée dont nous avons fait une sainte. »

Mau­rice Bar­rès
L’œuvre de Mau­rice Bar­rès (Phi­lippe Bar­rès, Mau­rice Bar­rès), tome XII, édi­tions Au Club de l’hon­nête homme, 1967

Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille…

« Asser­vie aux idées de rap­port, la socié­té, cette vieille ména­gère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne com­prend pas plus les divines igno­rances de l’esprit, cette poé­sie de l’âme qu’elle veut échan­ger contre de mal­heu­reuses connais­sances tou­jours incom­plètes, qu’elle n’admet la poé­sie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inuti­li­té des choses. Pour peu que cet effroyable mou­ve­ment de la pen­sée moderne conti­nue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied ; pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises phy­siques qu’on prend pour de la Civi­li­sa­tion et du Pro­grès, il n’y aura ni ruines, ni men­diants, ni terres vagues, ni super­sti­tions comme celles qui vont faire le sujet de cette his­toire, si la sagesse de notre temps veut bien nous per­mettre de la racon­ter. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

Sur les terres d’Europe, les religions antiques…

« Sur les terres d’Europe, les reli­gions antiques ont repré­sen­té de manières très diverses les arcanes du monde vécu. Leurs récits et leurs légendes, quoique com­po­sites et lin­guis­ti­que­ment éloi­gnés, ont néan­moins un carac­tère com­mun : de la Médi­ter­ra­née au cercle polaire, les per­son­nages divins y sont tou­jours décli­nés au plu­riel. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Aussi vais-je écouter Kandall…

« Aus­si vais-je écou­ter Kan­dall lorsque le soir il réunit les enfants dans son wagon et leur raconte des his­toires. Invente-t-il ? A‑t-il vécu tout cela ? Les peu­plades qu’il res­sus­cite pour les regar­der mou­rir ont-elles jamais exis­té ? Qu’im­porte. Les enfants l’é­coutent avec des yeux immenses car Kan­dall sait trans­for­mer la mort en un com­men­ce­ment et ses récits vont bien au-delà de la tris­tesse. J’i­ma­gine qu’il nous racon­te­ra un jour, peut-être demain, com­ment est mort le peuple du train qui vou­lait mou­rir seul… »

Jean Ras­pail
Sep­ten­trion, édi­tions Robert Laf­font, 1979, réed. 2007

L’Histoire ne doit pas rester captive, c’est un animal sauvage…

« L’Histoire ne doit pas res­ter cap­tive, c’est un ani­mal sau­vage, un loup qui s’étiole lorsqu’il est mis à la chaîne. Il faut aller à sa ren­contre. Arpen­ter la France intime, la France des siècles, péné­trer dans les forêts pro­fondes, tra­cer dans les gar­rigues des sen­tiers de lumière, pro­me­ner sur les che­mins du lit­to­ral nos rêves éveillés ! Frot­ter nos paumes aux murs des cathé­drales et des châ­teaux ! »

Erik L’Homme
Le regard des princes à minuit, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Scrip­to, 2014

Que la plus belle femme du monde ait vécu…

« En face de la Crète et de l’Archipel, quelque part sur la côte ionienne, il y eût une ville — nous dirions aujourd’hui une bour­gade, ou même un vil­lage —, for­ti­fiée. Elle fut Ilion, elle devint Troie, et son nom ne pas­se­ra jamais. Un poète qui peut-être fut men­diant et chan­teur des rues, qui peut-être ne savait ni lire ni écrire et que la tra­di­tion dit aveugle, fit un poème de la guerre des Grecs contre cette ville afin de recon­qué­rir la plus belle femme du monde. Que la plus belle femme du monde ait vécu dans une petite ville nous paraît légen­daire ; que le plus beau poème du monde ait été com­po­sé par quelqu’un qui n’avait jamais vu de ville plus grande est un fait his­to­rique. On dit que ce poème est tar­dif, et que la culture pri­mi­tive était sur son déclin lorsqu’il fut écrit ; on se demande alors ce qu’elle pro­dui­sait dans toute sa force. Quoiqu’il en soit, il est vrai que ce poème, qui fut notre pre­mier poème, pour­rait aus­si être notre der­nier chant. Il pour­rait être le pre­mier et le der­nier mot de l’homme simple mor­tel sur sa propre des­ti­née telle qu’il l’a peut voir. Que le monde périsse païen et le der­nier homme fera bien s’il chante l’Iliade et meurt. »

Gil­bert Keith Ches­ter­ton
The Ever­las­ting Man (L’Homme éter­nel), édi­tions Hod­der & Stough­ton, 1925

Ne comprenez-vous pas que le don de soi, le risque, la fidélité jusqu’à la mort…

« Ne com­pre­nez-vous pas que le don de soi, le risque, la fidé­li­té jusqu’à la mort, voi­là des exer­cices qui ont lar­ge­ment contri­bué à fon­der la noblesse de l’homme ? Quand vous cher­chez un modèle à pro­po­ser, vous le décou­vrez chez le pilote qui se sacri­fie pour son cour­rier, chez le méde­cin qui suc­combe sur le front des épi­dé­mies, ou chez le méha­riste qui, à la tête de son pelo­ton maure, s’enfonce vers le dénue­ment et la soli­tude. Quelques-uns meurent chaque année. Si même leur sacri­fice est en appa­rence inutile, croyez-vous qu’ils n’ont point ser­vi ? Ils ont frap­pé la belle pâte vierge que nous sommes d’abord une belle image, ils ont ense­men­cé jusqu’à la conscience du petit enfant, ber­cé par des contes nés de leurs gestes. Rien ne se perd et le monas­tère clos de murs, lui-même, rayonne. »

Antoine de Saint-Exu­pé­ry
Un sens à la vie, 1938

Il est dans l’essence du mythe de requérir le culte…

« Parce que le divin demande à être incar­né” (Wal­ter F. Otto), il est dans l’essence du mythe de requé­rir le culte, comme il est dans l’essence du culte d’appeler le mythe. Tous deux tra­duisent la mani­fes­ta­tion du sacré et la pré­sence du divin. Tous deux répondent à cette pré­sence, l’un par la parole, l’autre par le geste, éclai­rant du même coup la façon dont la théo­rie et la pra­tique sont liées. Si le mythe est un dire, le rite est un faire qui pro­longe ce dire. Le mythe, écrit Van der Leeuw, est une célé­bra­tion en parole, le rite est une décla­ra­tion en acte”. Pas­cal David ajoute que le culte n’est autre chose que l’attitude de l’homme dans laquelle le mythe prend corps”. Le culte, en effet, n’est pas une simple évo­ca­tion de l’événement mythique, mais le dévoi­le­ment répé­té, tou­jours plus assu­ré, de cet évé­ne­ment même. L’unité du mythe et du culte, pré­cise Wal­ter F. Otto, consiste en ce que dans les deux cas, la proxi­mi­té du divin se mani­feste dans une Figure”. Dans le culte comme geste, dans le mythe comme parole de véri­té. La plus pro­fonde dif­fé­rence entre les deux est que dans le culte l’homme s’élève jusqu’au divin et agit pour ain­si dire en com­mu­nau­té avec lui, tan­dis que dans le mythe, c’est le divin qui s’abaisse jusqu’à lui en s’incarnant dans une figure humaine ou appa­ren­tée à l’homme. »

Alain de Benoist
L’empire inté­rieur, édi­tions Fata Mor­ga­na, 1995

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