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Thème

Citations sur le peuple

Que serait donc un homme à ses propres yeux…

« Que serait donc un homme à ses propres yeux, s’il ne repré­sen­tait que soi-même ? Quand cha­cun de nous tourne la tête sur son épaule, il voit une suite indé­fi­nie de mys­tères, dont les âges les plus récents s’appellent la France. Nous sommes le pro­duit d’une col­lec­ti­vi­té qui parle en nous. Que l’influence des ancêtres soit per­ma­nente, et les fils seront éner­giques et droits, la nation une. »

Mau­rice Barrès
La Terre et les Morts, 1899, édi­tions de L’Herne, 2013

Les peuples ne vivent réellement…

« Les peuples ne vivent réel­le­ment que dans la mesure où ils sont gavés d’idéaux, dans la mesure où ils ne peuvent plus res­pi­rer sous trop de croyances. La déca­dence est la vacance des idéaux, le moment où s’installe le dégoût de tout ; c’est une into­lé­rance à l’ave­nir – et, en tant que tel, un sen­ti­ment défi­ci­taire du temps, avec son inévi­table consé­quence : le manque de pro­phète et, impli­ci­te­ment, le manque de héros. »

Emil Cio­ran
De la France, 1941, Cahier Cio­ran, Édi­tions de L’Herne, 2009 puis 2024

L’une des plus graves erreurs de la pensée politique…

« L’une des plus graves erreurs de la pen­sée poli­tique moderne”, dont nous subis­sons encore les écla­bous­sures, a été de confondre la socié­té avec l’association : celle-ci en est plus ou moins le contraire. Une socié­té ne se consti­tue pas par l’accord des volon­tés. Au contraire, tout accord de volon­tés pré­sup­pose l’existence d’une socié­té, de gens qui vivent ensemble, et leur accord ne peut consis­ter qu’à pré­ci­ser l’une ou l’autre forme de cette coexis­tence, de cette socié­té pré­exis­tante. L’idée de la socié­té en tant que réunion contrac­tuelle et donc juri­dique, est la ten­ta­tive la plus absurde qui ait été faite de mettre la char­rue avant les bœufs. »

José Orte­ga y Gasset 
Une médi­ta­tion sur l’Europe (Medi­ta­ción de Euro­pa), 1949, trad. Jean Cana­vag­gio, édi­tions Bar­tillat, 2023

Celui qui sert sa patrie ne se sert pas, lui…

« Celui qui sert sa patrie ne se sert pas, lui. Il se dévoue à autre chose que lui. Et c’est d’ailleurs à ce groupe tout proche, mai­son, rue, vil­lage, que s’applique un amour du pro­chain réel et fécond. »

Charles Maur­ras
Mes idées poli­tiques, 1937, Édi­tions L’Âge d’Homme, 2002, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, 2023

La véritable patrie, c’était pourtant celle qu’annonçait Patrick Pearse…

« La véri­table patrie, c’était pour­tant celle qu’annonçait Patrick Pearse, dans un de ses textes pro­phé­tiques, où le sol­dat-poète avait mis le meilleur de lui-même : Quand on parle de peuple, quand on parle de nation ; les vivants sont mécon­nais­sables nous appa­raissent comme des étran­gers s’ils ne se recon­naissent eux-mêmes dans leurs morts, si les morts et les vivants ne font pas un. La vie prend racine dans la mort, et des tombes des patriotes – hommes et femmes – se lèvent les nations vivantes”. »

Jean Mabire
Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et peuple, 1998

Défendre joyeusement ce que nous sommes…

« Défendre joyeu­se­ment ce que nous sommes exige de pas­ser à l’offensive ; d’affirmer que le peuple exis­tait avant et exis­te­ra après l’âge éco­no­mique tota­li­taire. Même qu’un jour pro­chain, l’économie qui repose sur les épaules du peuple et l’accable lui revien­dra comme sa pro­prié­té. Encore faut-il qu’un peuple existe et sache dire : nous”. Ce nous” que le jeune Vik­tor Orbán assène en 1989 sur la place des Héros, quand il affirme que c’est la jeune Hon­grie tout entière qui gît dans les cer­cueils ali­gnés au pied de l’estrade. Ce nous” for­mu­lé consti­tu­tion­nel­le­ment dans la Loi fon­da­men­tale adop­tée en 2011 ; ce nous” pro­cla­mant les droits impres­crip­tibles de la nation hon­groise face au défer­le­ment migra­toire du siècle nouveau. »

Thi­baud Gibelin
Pour­quoi Vik­tor Orbán joue et gagne. Résur­gence de l’Europe cen­trale, Fauves Édi­tions, 2020

Le plus « cosmopolite » des poètes…

« On pour­rait dire que Pound fut le plus cos­mo­po­lite” des poètes modernes, sous réserve de s’entendre sur ce terme : en fait, il est por­teur d’un cos­mo­po­li­tisme sain qui laisse être” les dif­fé­rences, qui aime la forme et, par consé­quent, n’est pas por­té à défor­mer” les types cultu­rels et eth­niques aux­quels il se trouve confron­té — pas davan­tage qu’à mettre en berne le sien pour aller à leur rencontre. »

Adria­no Scianca
Ezra Pound et le sacré. Le temple n’est pas à vendre, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Longue Mémoire, 2023

Les mythes révolutionnaires actuels…

« Les mythes révo­lu­tion­naires actuels sont presque purs : ils per­mettent de com­prendre l’activité, les sen­ti­ments et les idées des masses popu­laires se pré­pa­rant à entrer dans une lutte déci­sive, ce ne sont pas des des­crip­tions de choses, mais des expres­sions de volon­tés. »

Georges Sorel
Réflexions sur la vio­lence, 1908, coédi­tions Krisis/La Nou­velle Librai­rie, 2023

Dans la pensée libérale, le concept politique de lutte se…

« Dans la pen­sée libé­rale, le concept poli­tique de lutte se mue en concur­rence du côté de l’économie, en débat du côté de l’esprit ; la claire dis­tinc­tion de ces deux états dif­fé­rents que sont la guerre et la paix est rem­pla­cée par la dyna­mique d’une concur­rence per­pé­tuelle et de débats sans fin. […] Le peuple poli­ti­que­ment un sera, d’une part, tan­tôt un ensemble de tra­vailleurs et d’employés, tan­tôt une masse de consom­ma­teurs. La sou­ve­rai­ne­té et la puis­sance publique devien­dront pro­pa­gande et sug­ges­tion des foules dans le champ d’attraction de l’esprit, elles se mue­ront en contrôle dans celui de l’économie. Toutes ces opé­ra­tions de sub­sti­tu­tion visent très pré­ci­sé­ment à sou­mettre l’État et la poli­tique à une morale indi­vi­dua­liste. »

Carl Schmitt
La notion de poli­tique (Der Begriff des Poli­ti­schen), 1927, édi­tions Cal­mann-Lévy, 1972, trad. Marie-Louise Stein­hau­ser, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs clas­siques, 2009

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