Le livre
Lettres

Lettres

Auteur : John Ronald Reuel Tolkien
Édi­teur : Chris­tian Bour­gois édi­teur (7 octobre 2005)

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : J.R.R. Tol­kien, créa­teur de la Terre du Milieu et de l’univers du Sei­gneur des Anneaux, de Bil­bo le Hob­bit et du Sil­ma­ril­lion, fut l’auteur de l’une des cor­res­pon­dances les plus pro­li­fiques du XXe siècle. Pen­dant soixante ans, il écri­vit à ses édi­teurs, à sa femme et à ses enfants, à ses amis (C.S. Lewis, W.H. Auden, pour les plus célèbres) ain­si qu’aux admi­ra­teurs de ses livres.
Ces Lettres consti­tuent un por­trait fas­ci­nant et plein de nuances de l’homme sous toutes ses facettes – comme conteur, père, uni­ver­si­taire à Oxford, croyant et obser­va­teur du monde moderne – et relatent la genèse de ses œuvres magis­trales. Ce volume éclaire de manière irrem­pla­çable le génie créa­teur de J.R.R. Tol­kien et l’extraordinaire archi­tec­ture, pen­sée et pré­vue dans ses moindres détails, du monde du Sei­gneur des Anneaux.

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Découvrez 13 citations extraites du livre

Cette profonde réceptivité aux légendes...

« Pour en venir, si je le puis, à la touche per­son­nelle” et à la ques­tion de mon point de départ. C’est un peu comme de deman­der quand le lan­gage est appa­ru chez l’Homme. C’était une évo­lu­tion inévi­table, quoique liée aux cir­cons­tances, de celui qui naît. Je les ai tou­jours eus : cette sen­si­bi­li­té aux struc­tures lin­guis­tiques qui affectent mes émo­tions comme la cou­leur ou la musique ; cet amour pas­sion­né pour les choses qui gran­dissent ; et cette pro­fonde récep­ti­vi­té aux légendes (à défaut d’un meilleur terme) pos­sé­dant ce que j’appelle le tem­pé­ra­ment et l’atmosphère du nord-ouest. En tout cas, si vous dési­rez écrire un récit de ce genre, vous devez prendre en compte vos racines, et un homme du nord-ouest du Vieux Monde pla­ce­ra son cœur et l’action de son récit dans un monde ima­gi­naire avec cette atmo­sphère et cette situa­tion : avec à l’ouest la Mer sans Rivages, celle de ses innom­brables ancêtres, et à l’est les terres sans fin (d’où pro­viennent essen­tiel­le­ment les enne­mis). Bien que, en outre, son cœur puisse se rap­pe­ler, même s’il a été cou­pé de toute tra­di­tion orale, la rumeur qui court le long des côtes au sujet des Hommes venus de la Mer. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°163, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Il n’y a nulle part où aller...

« Mais ce qu’il y a de par­ti­cu­liè­re­ment hor­rible dans le monde actuel, c’est que toute cette sata­née his­toire se passe dans un mou­choir de poche. Il n’y a nulle part où aller. […] Il y a seule­ment un point posi­tif : l’habitude gran­dis­sante qu’ont les hommes mécon­tents à dyna­mi­ter les usines et les cen­trales élec­triques ; j’espère que cela, main­te­nant que c’est encou­ra­gé comme un acte de patrio­tisme”, pour­ra res­ter une habi­tude ! Mais cela ne sera aucu­ne­ment pro­fi­table si ce n’est pas universel. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°52, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

La Lothlórien est belle parce que les arbres y sont aimés...

« Je prends dans toutes mes œuvres le par­ti des arbres contre tous leurs enne­mis. La Lothló­rien est belle parce que les arbres y sont aimés ; ailleurs, les forêts appa­raissent en train de s’éveiller à leur propre conscience. La Vieille Forêt était hos­tile aux créa­tures à deux jambes en rai­son du sou­ve­nir de nom­breuses bles­sures. La forêt de Fan­gorn était ancienne et belle, mais à l’époque de cette his­toire, cris­pée par l’hostilité parce que la mena­çait un enne­mi aimant la machine. La Forêt Noire était tom­bée sous la domi­na­tion d’une Puis­sance qui détes­tait toutes les choses vivantes mais sa beau­té fut res­tau­rée et elle devint Vert­bois-le-Grand avant la fin de l’histoire. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°339, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Je suis tout particulièrement ému par l’ennoblissement des humbles...

« Bien sûr, il y a des choses et des thèmes qui m’émeuvent tout par­ti­cu­liè­re­ment. Les rela­tions mutuelles entre le noble” et le simple” (ou le com­mun, le vul­gaire), par exemple. Je suis tout par­ti­cu­liè­re­ment ému par l’ennoblissement des humbles. J’aime (mani­fes­te­ment) beau­coup les plantes, et par-des­sus tous les arbres, et il en a tou­jours été ain­si ; et j’ai autant de mal à sup­por­ter les mau­vais trai­te­ments que leur font subir les humains que d’autres les mau­vais trai­te­ments subis par les ani­maux. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°165, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Il n’avait aucune histoire propre...

« Par ailleurs, et j’espère ici ne pas paraître absurde, j’ai très tôt été attris­té par la pau­vre­té de mon propre pays bien aimé : il n’avait aucune his­toire propre (étroi­te­ment liée à sa langue et à son sol), en tout cas pas de la nature que je recher­chais et trou­vais (comme ingré­dient) dans les légendes d’autres contrées. Il y avait les grecques, les celtes, et les romanes, les ger­ma­niques, les scan­di­naves et les fin­noises (qui m’ont for­te­ment mar­qué), mais rien d’anglais… »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°131, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Les philosophes grecs n’approuvaient pas la démocratie...

« L’autre jour à la Chambre, M. Eden a expri­mé sa dou­leur face aux évé­ne­ments en Grèce, la patrie de la démo­cra­tie”. Est-il igno­rant ou de mau­vaise foi ? δημοχρατία n’était pas, en grec, un terme posi­tif, mais presque l’équivalent de loi de rue” ; et il a omis de signa­ler que les phi­lo­sophes grecs (et la Grèce est bien davan­tage la patrie de la phi­lo­so­phie) n’approuvaient pas la démo­cra­tie. Et les grands États grecs, en par­ti­cu­lier Athènes à l’époque de son apo­gée artis­tique et poli­tique, étaient plu­tôt des dic­ta­tures, si elles n’étaient pas des monar­chies mili­taires comme Sparte ! Et la Grèce moderne a aus­si peu de rap­port avec l’ancienne Hel­lade que nous en avons, nous, avec la Bre­tagne d’avant Julius Agricola. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°94, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

J’ai un amour particulier pour la langue latine...

« Auden a affir­mé que pour moi, le nord est une direc­tion sacrée”. Cela n’est pas vrai. Le nord-ouest de l’Europe, où je vis (tout comme la plu­part de mes ancêtres), a mon affec­tion, comme le mérite le foyer de tout homme. J’aime son atmo­sphère et en sais plus sur son his­toire et ses langues que sur celles d’autres régions ; mais ce n’est pas sacré”, ni n’épuise toute mon affec­tion. J’ai par exemple un amour par­ti­cu­lier pour la langue latine, et par­mi ses des­cen­dants, pour l’espagnol. Ces pro­pos ne sont pas vrais de mon his­toire, comme une simple lec­ture des synop­sis le mon­te­rait. Le Nord fut le siège de la place fort du Diable. Le fil du récit débouche sur ce qui res­semble à la réins­tau­ra­tion d’un véri­table Saint Empire Romain dont la capi­tale serait Rome, bien plus qu’à tout ce que pour­rait conce­voir un Nor­dique”. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°294, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

On relâche la surveillance du Mordor...

« Au sud, le Gon­dor connaît l’apogée de son pou­voir, presque à l’image de Núme­nor, puis se fane len­te­ment en un Moyen Âge déca­dent, sorte de Byzance fière, véné­rable, mais pro­gres­si­ve­ment impuis­sante. On relâche la sur­veillance du Mor­dor. La pres­sion des Orien­taux et des Sude­rons s’accroît. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°131, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Je ne pense pas que même le Pouvoir...

« Je ne pense pas que même le Pou­voir ou la Domi­na­tion soit le véri­table centre de mon his­toire. Cela four­nit le thème de la Guerre, d’une chose suf­fi­sam­ment sombre et mena­çante pour paraître d’une impor­tance extrême, à cette époque ; mais il s’agit avant tout d’un cadre” per­met­tant aux per­son­nages de se révé­ler. Le véri­table thème, pour moi, est lié à quelque chose de beau­coup plus intem­po­rel et dif­fi­cile : la Mort et l’Immor­ta­li­té : le mys­tère de l’amour du monde dans le cœur d’un peuple condam­né” à le quit­ter et à le perdre (appa­rem­ment). »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n° 186, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Mes opinions politiques penchent de plus en plus vers l’Anarchie...

« Mes opi­nions poli­tiques penchent de plus en plus vers l’Anar­chie (au sens phi­lo­so­phique, dési­gnant l’abolition du contrôle, non pas des hommes mous­ta­chus avec des bombes) – ou vers la Monar­chie non consti­tu­tion­nelle”. J’arrêterais qui­conque uti­lise le mot État (dans un sens autre que le domaine inani­mé qui recouvre l’Angleterre et ses habi­tants, chose qui n’a ni pou­voir, ni droits, ni esprit) ; et après lui avoir lais­sé une chance de se rétrac­ter, l’exécuterais s’il s’obstinait ! »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n° 52, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Si un ragnarök brûlait tous les taudis...

« Ce n’est pas le non-humain (par ex. la météo) ni l’humain (même dans son pire aspect), mais le fait par l’humain qui est au final déses­pé­rant et insup­por­table. Si un ragnarök brû­lait tous les tau­dis et les usines à gaz, et les garages miteux, et les ban­lieues éclai­rées à la lampe à arc, il pour­rait brû­ler pour moi toutes les œuvres d’art – et je retour­ne­rais aux arbres ».

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°83, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Il ne peut y avoir d’“histoire” sans chute...

« Il ne peut y avoir d’“his­toire” sans chute – toutes les his­toires traitent en défi­ni­tive de la chute. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°131, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

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