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Citations sur les arbres

La civilisation de l’âtre…

« La civi­li­sa­tion de l’âtre, de la huche à pain, du vin de famille et du sillon court, suin­tait de par­tout. Des jar­dins pota­gers de trente mètres car­rés étaient soi­gnés comme des tapis­se­ries au point de croix ; on y avait fait alter­ner des raies de glaïeuls et des rangs de fèves. Les arbres, et sur­tout ceux qui ne rap­portent rien que de l’ombre, comme le pla­tane, avaient la beau­té franche des êtres qui sont aimés. On les sen­tait avoir leur place – et pas la der­nière – dans l’af­fec­tion d’une huma­ni­té habile à jouir. Et non par prin­cipe : par expé­rience. »

Jean Gio­no
Les Trois Arbres de Pal­zem, édi­tions Gal­li­mard, 1984

Les Grecs étaient poètes, philosophes, tragédiens et savants…

« À l’époque d’Alcée, quand leur terre était encore riche d’arbres, de rivières et d’oiseaux, les Grecs étaient poètes, phi­lo­sophes, tra­gé­diens et savants. Ils avaient déjà tour­né toute leur atten­tion vers l’homme, parce que la nature était encore vivante et habi­tée.
Quand s’émeut-on du sort d’une chose ? Quand celle-ci est mena­cée ou déjà morte. L’absence de sen­ti­ment par­ti­cu­lier – déta­ché – de la nature ne signi­fiait nul­le­ment leur indif­fé­rence mais au contraire une empa­thie, une connais­sance et sur­tout une connexion que nous avons peine aujourd’hui à ima­gi­ner. »

Éric Gro­lier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

La nature n’est pas seulement sentiment d’appartenance ou motif d’exaltation…

« La nature n’est pas seule­ment sen­ti­ment d’appartenance ou motif d’exaltation.
Elle est le siège de puis­sances, béné­fiques ou malé­fiques, qu’il convient avant toute chose de se conci­lier. Ce fut le rôle de l’animisme et de ses légions d’initiés arpen­tant l’espace euro­péen pen­dant trente, cin­quante, cent mille ans. Les sor­ciers peints dans les grottes, à l’origine peut-être des figures d’Odhinn-Wotan (Odhinn qui reçut les runes sus­pen­du à un arbre et la sagesse en buvant à une source, Odhinn et sa Chasse sau­vage !) et plus tard de Mer­lin-Myrd­din, étaient entiè­re­ment liés à la nature qu’ils inter­ro­geaient, uti­li­saient et conju­raient. »

Éric Gro­lier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Avec sa frondaison, il nous donne de l’ombre et de la fraîcheur en été…

« Il est né d’un tout petit mar­ron plan­té en terre et puis, jour après jour, il a gran­di en haus­sant sa cime vers le ciel. Ce fut un tra­vail gigan­tesque quoique imper­cep­tible. Il a duré sans inter­rup­tion année après année jusqu’à ce qu’il soit deve­nu une véri­table cathé­drale de ver­dure. Et qu’a‑t‑il pris à la terre pour accom­plir ce pro­dige ? Très peu de choses ; on peut même dire presque rien : un peu de terre, un peu d’eau, quelques sels miné­raux et beau­coup de lumière. En échange que nous a‑t‑il don­né ? Tout ? Abso­lu­ment tout. Il n’a rien conser­vé pour lui-même. Il nous a tout res­ti­tué et même bien davan­tage, sous les formes les plus diverses. Avec sa fron­dai­son, il nous donne de l’ombre et de la fraî­cheur en été ; de son tronc on tire le bois dont nous habillons le bois dont nous habillons nos mai­sons ; avec ses feuilles, quand elles sont tom­bées à terre, il recrée de l’humus indis­pen­sable à sa crois­sance. Il n’a rien en lui qu’il ne nous donne et, fina­le­ment, quand il nous a tout don­né, il nous recueille encore entre ses planches où nous repo­se­rons tous en atten­dant la résur­rec­tion. »

Jacques Benoist-Méchin
À l’épreuve du temps, édi­tions Per­rin, 2011

Tu vois, Anastasie, le monde est vivant…

« Tu vois, Anas­ta­sie, le monde est vivant. Les pierres songent, les arbres mur­murent, les ani­maux pleurent. La terre grince, l’air s’agite, l’eau gémit, le feu gronde. Et l’homme, qui appar­tient pour­tant à ce monde, est deve­nu sourd et aveugle alors qu’il lui suf­fit d’une poi­gnée de runes pour défier les dieux ! Le Borgne s’est décar­cas­sé à déchif­frer la trame, à cra­cker le chiffre caché dans les étoiles, et pour quel résul­tat ? Des hommes qui achètent leurs rêves à Hol­ly­wood… »

Erik L’Homme
Déchi­rer les ombres, édi­tions Cal­mann-Lévy, 2018

Les arbres nous enseignent…

« Les arbres nous enseignent une forme de pudeur et de savoir-vivre. Ils poussent vers la lumière en pre­nant soin de s’é­vi­ter, de ne pas se tou­cher, et leurs fron­dai­sons se découpent dans le ciel sans jamais péné­trer dans la fron­dai­son voi­sine. Les arbres, en somme, sont très bien éle­vés, ils tiennent leurs dis­tances. Ils sont géné­reux aus­si. La forêt est un orga­nisme total, com­po­sé de mil­liers d’in­di­vi­dus. Cha­cun est appe­lé à naître, à vivre, à mou­rir, à se décom­po­ser – à assu­rer aux géné­ra­tions sui­vantes un ter­reau de crois­sance supé­rieur à celui sur lequel il avait pous­sé. Chaque arbre reçoit et trans­met. Entre les deux, il se main­tient. La forêt res­semble à ce que devrait être une culture. »

Syl­vain Tes­son
Une très légère oscil­la­tion, jour­nal 2014 – 2017, Édi­tions des Équa­teurs, 2017, p. 171, 172

J’aime partir avec mes souvenirs sur les sentiers et les chemins…

« Quand le beau temps coïn­cide avec ma dis­po­ni­bi­li­té, j’aime par­tir avec mes sou­ve­nirs sur les sen­tiers et les che­mins fores­tiers ; j’observe, aus­si, et j’écoute, les signaux que la nature com­mu­nique au fil des sai­sons et des années. Mais c’est quand des amis se joignent à moi que je rêve et réflé­chis le plus. Ces com­pa­gnons de route ne sont plus pré­sents phy­si­que­ment, leur corps est res­té dans des endroits loin­tains : ense­ve­li sur des mon­tagnes, ou dans la steppe ; dans des cime­tières de vil­lage avec une simple croix, ou de ville avec une dalle et des fleurs. Et c’est avec eux que je suis et que je converse, en me sou­ve­nant. Ceux qui ne croient pas, ou ceux qui croient, peuvent regar­der ma façon d’agir avec une bien­veillante indul­gence. Peu m’importe : moi aus­si j’ai des doutes mais il me plaît, cer­taines fois, de les igno­rer. »

Mario Rigo­ni Stern
Sen­tiers sous la neige (Sen­tie­ri soto la neve), 1998, trad. Monique Bac­cel­li, édi­tions La Fosse aux ours, 2000

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