C’est à l’instinct de domination que le grand ensemble doit son existence…

« C’est com­mettre une erreur grosse de consé­quences, de pos­tu­ler comme tant d’auteurs que la grande for­ma­tion poli­tique, l’État, résulte natu­rel­le­ment de la socia­bi­li­té humaine. Cela paraît aller de soi, car tel en effet est sans doute le prin­cipe de la socié­té, fait de nature. Mais cette socié­té natu­relle est petite. Et l’on ne peut pas­ser de la petite socié­té à la grande par le même pro­ces­sus. Il faut ici un fac­teur de coa­gu­la­tion, qui dans la très grande majo­ri­té des cas n’est pas l’instinct d’association, mais l’instinct de domi­na­tion. C’est à l’instinct de domi­na­tion que le grand ensemble doit son exis­tence. »

Ber­trand de Jou­ve­nel
Du pou­voir, 1945, édi­tions Hachette, coll. Plu­riel, 1972

Nous devons nous forger…

« À par­tir du moment où plus rien ne mérite le res­pect dans notre socié­té, nous devons nous for­ger dans la soli­tude de nou­velles loyau­tés silen­cieuses. »

Nicolás Gómez Dávi­la
Le Réac­tion­naire authen­tique (El reac­cio­na­rio autén­ti­co), 1995, trad. Michel Bibard, Édi­tions du Rocher, coll. Ana­to­lia, 2005

C’est le rôle de l’entreprise…

« Aujourd’hui, c’est le rôle de l’entreprise, comme de toute struc­ture humaine qui vise sa propre per­pé­tua­tion, que d’identifier, révé­ler et mettre en situa­tion (plu­tôt que for­mer) les chefs de demain. »

Phi­lippe Schlei­ter
Mana­ge­ment, le grand retour du réel, VA Press édi­tions, 2017

Sens de la hiérarchie et volonté de pérennité…

« Sens de la hié­rar­chie et volon­té de péren­ni­té. Ces deux traits suf­fisent à décrire l’entreprise comme une ins­ti­tu­tion tran­chant radi­ca­le­ment avec la pro­pen­sion actuelle à l’avachissement et à la dis­so­lu­tion. »

Phi­lippe Schlei­ter
Mana­ge­ment, le grand retour du réel, VA Press édi­tions, 2017

Ainsi la publicité vide de leur sens…

« Ain­si la publi­ci­té vide de leur sens les mots les plus essen­tiels, et rend absurde le lan­gage. Der­rière elle, le mar­ché tra­hit des réa­li­tés qu’il absorbe : rendre tout bien échan­geable et liquide, c’est à la fin détruire ce qui ne sau­rait deve­nir l’ob­jet d’un échange mar­chand. La mobi­li­sa­tion géné­rale qui consti­tue la dyna­mique du mar­ché, cette exten­sion per­pé­tuelle pour ne rien lais­ser en dehors de la marche de l’é­co­no­mie, c’est, au sens lit­té­ral du terme, une liqui­da­tion géné­rale. Vendre de la pré­sence”, c’est seule­ment révé­ler et emmu­rer encore notre infi­nie soli­tude ; com­mer­cia­li­ser l’hu­main, c’est de toute évi­dence contri­buer à construire un monde inhu­main. Si elle va au bout de ce ren­ver­se­ment uni­ver­sel, la socié­té la plus pros­père peut aus­si bien deve­nir celle la plus grande misère… Cette misère n’a rien d’une fata­li­té : elle est un choix, le pro­duit d’une vision du monde. »

Fran­çois-Xavier Bel­la­my
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Le droit est trop froid et trop formel…

« Le droit est trop froid et trop for­mel pour exer­cer sur la socié­té une influence béné­fique. Lorsque toute la vie est péné­trée de rap­ports juri­diques, il se crée une atmo­sphère de médio­cri­té morale qui asphyxie les meilleurs élans de l’homme. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Asservie aux idées de rapport, la société, cette vieille…

« Asser­vie aux idées de rap­port, la socié­té, cette vieille ména­gère qui n’a plus de jeune que ses besoins et qui radote de ses lumières, ne com­prend pas plus les divines igno­rances de l’esprit, cette poé­sie de l’âme qu’elle veut échan­ger contre de mal­heu­reuses connais­sances tou­jours incom­plètes, qu’elle n’admet la poé­sie des yeux, cachée et visible sous l’apparente inuti­li­té des choses. Pour peu que cet effroyable mou­ve­ment de la pen­sée moderne conti­nue, nous n’aurons plus, dans quelques années, un pauvre bout de lande où l’imagination puisse poser son pied ; pour rêver, comme le héron sur une de ses pattes. Alors, sous ce règne de l’épais génie des aises phy­siques qu’on prend pour de la Civi­li­sa­tion et du Pro­grès, il n’y aura ni ruines, ni men­diants, ni terres vagues, ni super­sti­tions comme celles qui vont faire le sujet de cette his­toire, si la sagesse de notre temps veut bien nous per­mettre de la racon­ter. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

La fonction suprême de l’homme d’État…

« La fonc­tion suprême de l’homme d’État est de pro­té­ger la socié­té de maux pré­vi­sibles. Dans cette tâche, il fait face à des obs­tacles pro­fon­dé­ment ancrés dans la nature humaine. Par­mi ceux-ci, il y a évi­dem­ment le fait qu’il est impos­sible de démon­trer la réa­li­té d’un péril avant qu’il ne sur­vienne. »

Enoch Powell
Dis­cours des fleuves de sang, allo­cu­tion du 20 avril 1968 à Bir­min­gham, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, 2019

La mort a disparu de la cité…

« La mort a dis­pa­ru de la cité, autant que de la vie quo­ti­dienne. Elle a été exfil­trée vers des endroits spé­cia­li­sés. Elle qui était si fami­lière aux humains, si mêlée à leur vie quo­ti­dienne jusqu’ici. La mort – qui a long­temps été un évé­ne­ment public – s’est reti­rée dans la sphère pri­vée et a dis­pa­ru de la cité. Des contem­po­rains atteignent désor­mais la cin­quan­taine sans avoir vu un cadavre de leur vie. »

Robert Rede­ker
« Véri­tés sur la mort à l’heure du trans­hu­ma­nisme », Élé­ments n°170, février 2018

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