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Citations sur l’amitié

La distinction du politique c’est la discrimination de l’ami et de l’ennemi…

« La dis­tinc­tion spé­ci­fique du poli­tique, à laquelle peuvent se rame­ner les actes et les mobiles poli­tiques, c’est la dis­cri­mi­na­tion de l’ami et de l’ennemi. Elle four­nit un prin­cipe d’identification qui a valeur de cri­tère, et non une défi­ni­tion exhaus­tive ou compréhensive. »

Carl Schmitt
La notion de poli­tique (Der Begriff des Poli­ti­schen), 1927, édi­tions Cal­mann-Lévy, 1972

Une communauté subsiste tant que parmi ses membres…

« Une com­mu­nau­té sub­siste tant que par­mi ses membres les causes d’ami­tié et d’u­nion res­tent supé­rieures aux causes d’i­ni­mi­tié et de divi­sion. Les tri­bu­naux sont éta­blis pour châ­tier, répri­mer et, s’il le faut, exclure ceux de chaque com­mu­nau­té qui montrent envers leurs confrères ce visage de loup qu’ils doivent réser­ver à l’en­ne­mi com­mun. De même les hon­neurs anthumes ou post­humes ont ser­vi de tout temps à récom­pen­ser ceux des membres de la com­mu­nau­té qui se sont mon­trés les plus loups” envers l’en­ne­mi ou, s’il est per­mis d’ain­si dire, les plus dieux” envers leurs amis et com­pa­triotes. Beau­coup de héros ont été déi­fiés ain­si, à titre mili­taire ou civil. »

Charles Maur­ras
Mes idées poli­tiques, 1937, Édi­tions L’Âge d’Homme, 2002

Rien, jamais, en effet ne remplacera le compagnon perdu…

« Peu à peu nous décou­vrons que le rire clair de celui-là nous ne l’entendrons plus jamais, nous décou­vrons que ce jar­din-là nous est inter­dit pour tou­jours. Alors com­mence notre deuil véri­table qui n’est point déchi­rant mais un peu amer.
Rien, jamais, en effet ne rem­pla­ce­ra le com­pa­gnon per­du. On ne se crée point de vieux cama­rades. Rien ne vaut le tré­sor de tant de mau­vaises heures vécues ensemble, de tant de brouilles, de récon­ci­lia­tions, de mou­ve­ments de cœur. On ne recons­truit point ces ami­tiés-là. Il est vain si l’on plante un chêne, d’espérer s’abriter bien­tôt sous son feuillage.
Ain­si va la vie. Nous nous sommes enri­chis d’abord, nous avons plan­té pen­dant des années, mais viennent les années où le temps défait ce tra­vail et déboise. Les cama­rades, un à un, nous retirent leur ombre. Et à nos deuils se mêle désor­mais le regret secret de vieillir. »

Antoine de Saint-Exupéry
Terre des hommes, édi­tions Gal­li­mard, 1939

Il faut que nous nous employions à la sauvegarde…

« Oui, il faut que nous nous employions à la sau­ve­garde des gens mariés, des veuves, des vieilles gens et des orphe­lins. Mais pour cela nous devons être plus nom­breux, il faut que nous arri­vions à être une cen­taine et davan­tage, tous des gars comme nous, qui res­tent capables de rire, même si la gre­naille de plomb ne veut pas se détour­ner de leur che­min. Cha­cun doit donc se trou­ver un ou deux ou trois bons amis qui devront nous aider en cas de besoin. Mais il faut qu’ils soient tous gar­çons et qu’aucun ne soit fils unique d’une veuve, et s’il y en a un qui a déjà fait un gosse à une fille, il faut qu’il réflé­chisse avant de s’engager envers nous. Mais s’il y en a un dans ce cas-là et qu’il lui arrive mal­heur, ce sera notre devoir de venir en aide à la femme et à l’enfant pour les tirer de la détresse et du besoin. Et main­te­nant, nous allons nous jurer fra­ter­ni­té, pour les jours de détresse jus­qu’à la mort, pour le meilleur et pour le pire, afin que nous agis­sions tous pour un et un pour tous, mais aus­si nous tous pour tous ceux qui vivent dans le marais et sont de notre race. »

Her­mann Löns
Le Loup-Garou (Der Wehr­wolf), 1910, édi­tions Art et His­toire d’Europe, 1988

Quand le beau temps coïncide…

« Quand le beau temps coïn­cide avec ma dis­po­ni­bi­li­té, j’aime par­tir avec mes sou­ve­nirs sur les sen­tiers et les che­mins fores­tiers ; j’observe, aus­si, et j’écoute, les signaux que la nature com­mu­nique au fil des sai­sons et des années. Mais c’est quand des amis se joignent à moi que je rêve et réflé­chis le plus. Ces com­pa­gnons de route ne sont plus pré­sents phy­si­que­ment, leur corps est res­té dans des endroits loin­tains : ense­ve­li sur des mon­tagnes, ou dans la steppe ; dans des cime­tières de vil­lage avec une simple croix, ou de ville avec une dalle et des fleurs. Et c’est avec eux que je suis et que je converse, en me sou­ve­nant. Ceux qui ne croient pas, ou ceux qui croient, peuvent regar­der ma façon d’agir avec une bien­veillante indul­gence. Peu m’importe : moi aus­si j’ai des doutes mais il me plaît, cer­taines fois, de les ignorer. »

Mario Rigo­ni Stern
Sen­tiers sous la neige (Sen­tie­ri soto la neve), 1998, trad. Monique Bac­cel­li, édi­tions La Fosse aux ours, 2000

Marcher régulièrement dans la nature, s’immerger dans la splendeur…

« Dans sa sagesse d’homme éter­nel­le­ment libre, Domi­nique Ven­ner pro­po­sait quelques pistes aux modernes pour se retrou­ver : mar­cher régu­liè­re­ment dans la nature, s’immerger dans la splen­deur, les par­fums, les cou­leurs, renouer avec la beau­té et la poé­sie – pre­mières rup­tures fon­da­men­tales avec le monde moderne, pre­mières condi­tions au réen­chan­te­ment du monde ; se reti­rer dans la forêt-sanc­tuaire, le calme, le silence, et faire la paix avec soi-même ; péré­gri­ner libre­ment, dans l’effort, la cama­ra­de­rie et le sen­ti­ment de liber­té ; s’inscrire dans la tra­di­tion de rites ryth­mant l’année et célé­brant les cycles natu­rels. Ces démarches sont plus que jamais néces­saires et d’actualité si nous vou­lons tra­ver­ser le siècle sans clore défi­ni­ti­ve­ment le cha­pitre euro­péen de l’histoire du monde. »

Éric Gro­lier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Qu’est-ce que la solitude ?…

« Qu’est-ce que la soli­tude ? Une com­pagne qui sert à tout.
Elle est un baume appli­qué sur les bles­sures. Elle fait caisse de réso­nance : les impres­sions sont décu­plées quand on est seul à les faire sur­gir. Elle impose une res­pon­sa­bi­li­té : je suis l’am­bas­sa­deur du genre humain dans la forêt vide d’hommes. Je dois jouir de ce spec­tacle pour ceux qui en sont pri­vés. Elle génère des pen­sées puisque la seule conver­sa­tion pos­sible se tient en soi-même. Elle lave de tous les bavar­dages, per­met le coup de sonde en soi. Elle convoque à la mémoire le sou­ve­nir des gens aimés. Elle lie l’er­mite d’a­mi­tié avec les plantes et les bêtes et par­fois un petit dieu qui pas­se­rait par là. »

Syl­vain Tesson
Dans les forêts de Sibé­rie, édi­tions Gal­li­mard, 2011

Les Dieux et les hommes sont liés entre eux par une communauté…

« Le ciel et la terre, les Dieux et les hommes sont liés entre eux par une com­mu­nau­té, faite d’ami­tié et de bon arran­ge­ment, de sagesse et d’esprit de jus­tice, et c’est la rai­son pour laquelle à cet uni­vers est don­né le nom de cos­mos, d’arrangement, et non celui de déran­ge­ment non plus que de dérèglement. »

Pla­ton
Gor­gias, 507d-508a, IVe siècle av. notre ère. Cité par Éric Gro­lier dans Ce que nous sommes. Aux sources de l’i­den­ti­té euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

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