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Citations d'un auteur anglais

Cette profonde réceptivité aux légendes…

« Pour en venir, si je le puis, à la touche per­son­nelle” et à la ques­tion de mon point de départ. C’est un peu comme de deman­der quand le lan­gage est appa­ru chez l’Homme. C’était une évo­lu­tion inévi­table, quoique liée aux cir­cons­tances, de celui qui naît. Je les ai tou­jours eus : cette sen­si­bi­li­té aux struc­tures lin­guis­tiques qui affectent mes émo­tions comme la cou­leur ou la musique ; cet amour pas­sion­né pour les choses qui gran­dissent ; et cette pro­fonde récep­ti­vi­té aux légendes (à défaut d’un meilleur terme) pos­sé­dant ce que j’appelle le tem­pé­ra­ment et l’atmosphère du nord-ouest. En tout cas, si vous dési­rez écrire un récit de ce genre, vous devez prendre en compte vos racines, et un homme du nord-ouest du Vieux Monde pla­ce­ra son cœur et l’action de son récit dans un monde ima­gi­naire avec cette atmo­sphère et cette situa­tion : avec à l’ouest la Mer sans Rivages, celle de ses innom­brables ancêtres, et à l’est les terres sans fin (d’où pro­viennent essen­tiel­le­ment les enne­mis). Bien que, en outre, son cœur puisse se rap­pe­ler, même s’il a été cou­pé de toute tra­di­tion orale, la rumeur qui court le long des côtes au sujet des Hommes venus de la Mer. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°163, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Il n’y a nulle part où aller…

« Mais ce qu’il y a de par­ti­cu­liè­re­ment hor­rible dans le monde actuel, c’est que toute cette sata­née his­toire se passe dans un mou­choir de poche. Il n’y a nulle part où aller. […] Il y a seule­ment un point posi­tif : l’habitude gran­dis­sante qu’ont les hommes mécon­tents à dyna­mi­ter les usines et les cen­trales élec­triques ; j’espère que cela, main­te­nant que c’est encou­ra­gé comme un acte de patrio­tisme”, pour­ra res­ter une habi­tude ! Mais cela ne sera aucu­ne­ment pro­fi­table si ce n’est pas universel. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°52, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

La Lothlórien est belle parce que les arbres y sont aimés…

« Je prends dans toutes mes œuvres le par­ti des arbres contre tous leurs enne­mis. La Lothló­rien est belle parce que les arbres y sont aimés ; ailleurs, les forêts appa­raissent en train de s’éveiller à leur propre conscience. La Vieille Forêt était hos­tile aux créa­tures à deux jambes en rai­son du sou­ve­nir de nom­breuses bles­sures. La forêt de Fan­gorn était ancienne et belle, mais à l’époque de cette his­toire, cris­pée par l’hostilité parce que la mena­çait un enne­mi aimant la machine. La Forêt Noire était tom­bée sous la domi­na­tion d’une Puis­sance qui détes­tait toutes les choses vivantes mais sa beau­té fut res­tau­rée et elle devint Vert­bois-le-Grand avant la fin de l’histoire. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°339, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Je suis tout particulièrement ému par l’ennoblissement des humbles…

« Bien sûr, il y a des choses et des thèmes qui m’émeuvent tout par­ti­cu­liè­re­ment. Les rela­tions mutuelles entre le noble” et le simple” (ou le com­mun, le vul­gaire), par exemple. Je suis tout par­ti­cu­liè­re­ment ému par l’ennoblissement des humbles. J’aime (mani­fes­te­ment) beau­coup les plantes, et par-des­sus tous les arbres, et il en a tou­jours été ain­si ; et j’ai autant de mal à sup­por­ter les mau­vais trai­te­ments que leur font subir les humains que d’autres les mau­vais trai­te­ments subis par les ani­maux. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°165, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

J’ai gardé les pieds sur ma propre Terre maternelle…

« J’ai construit, je le crois, une époque ima­gi­naire, mais quant au lieu j’ai gar­dé les pieds sur ma propre Terre mater­nelle. Je pré­fère cela à la mode moderne qui consiste à recher­cher des pla­nètes loin­taines dans « l’espace ». Quoique curieuses, elles nous sont étran­gères, et l’on ne peut les aimer avec l’amour de ceux dont nous par­ta­geons le sang. La Terre du Milieu n’est pas (à pro­pos et si une telle note est néces­saire) de ma propre inven­tion. C’est une moder­ni­sa­tion, ou une alté­ra­tion d’un terme ancien dési­gnant le monde habi­té par les Hommes, oikou­menē : milieu parce qu’elle est vague­ment figu­rée comme pla­cée entre les Mers encer­clantes et (dans l’imagination du Nord) entre la glace au Nord et le feu au Sud. Vieil anglais mid­dan-geard, moyen anglais mid­den-erd, middle-erd. De nom­breux cri­tiques semblent croire que la Terre du Milieu est une autre planète ! »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°211, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Il n’avait aucune histoire propre…

« Par ailleurs, et j’espère ici ne pas paraître absurde, j’ai très tôt été attris­té par la pau­vre­té de mon propre pays bien aimé : il n’avait aucune his­toire propre (étroi­te­ment liée à sa langue et à son sol), en tout cas pas de la nature que je recher­chais et trou­vais (comme ingré­dient) dans les légendes d’autres contrées. Il y avait les grecques, les celtes, et les romanes, les ger­ma­niques, les scan­di­naves et les fin­noises (qui m’ont for­te­ment mar­qué), mais rien d’anglais… »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°131, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Le sans-couronne redeviendra roi…

« Tout ce qui est or ne brille pas,
Ne sont pas per­dus tous ceux qui vagabondent ;
Ce qui est vieux mais fort ne se flé­trit pas,
Le gel n’atteint pas les racines profondes.
Des cendres, un feu sera attisé,
Une lueur des ombres surgira ;
Refor­gée sera l’épée qui fut brisée :
Le sans-cou­ronne rede­vien­dra roi. »

John Ronald Reuel Tolkien
La Fra­ter­ni­té de l’Anneau (1954), trad. Daniel Lau­zon, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2014, Livre I, chap. 10.

Les philosophes grecs n’approuvaient pas la démocratie…

« L’autre jour à la Chambre, M. Eden a expri­mé sa dou­leur face aux évé­ne­ments en Grèce, la patrie de la démo­cra­tie”. Est-il igno­rant ou de mau­vaise foi ? δημοχρατία n’était pas, en grec, un terme posi­tif, mais presque l’équivalent de loi de rue” ; et il a omis de signa­ler que les phi­lo­sophes grecs (et la Grèce est bien davan­tage la patrie de la phi­lo­so­phie) n’approuvaient pas la démo­cra­tie. Et les grands États grecs, en par­ti­cu­lier Athènes à l’époque de son apo­gée artis­tique et poli­tique, étaient plu­tôt des dic­ta­tures, si elles n’étaient pas des monar­chies mili­taires comme Sparte ! Et la Grèce moderne a aus­si peu de rap­port avec l’ancienne Hel­lade que nous en avons, nous, avec la Bre­tagne d’avant Julius Agricola. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°94, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

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