Être gai, savoir l’être au plus âcre des souffrances du corps…

« Être gai, savoir l’être au plus âcre des souf­frances du corps, le res­ter lorsque la dévas­ta­tion et la mort frappent dure­ment auprès de vous, tenir bon à ces assauts constants que mènent contre le cœur tous les sens sur­ex­ci­tés, c’est pour le chef un rude devoir, et sacré. Je ne veux point fer­mer mes sens pour rendre ma tâche plus facile. Je veux répondre à toutes les sol­li­ci­ta­tions du monde pro­di­gieux où je me suis trou­vé jeté, ne jamais esqui­ver les chocs quand ils devraient me démo­lir, et gar­der mal­gré tout, si je puis, cette belle humeur bien­fai­sante vers laquelle je m’ef­force comme à la conquête d’une ver­tu. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

Le calcul porte toujours sur le profit et la perte…

« Le cal­cu­la­teur est un lâche. Si je dis cela, c’est que le cal­cul porte tou­jours sur le pro­fit et la perte et que, par consé­quent, le cal­cu­la­teur n’est pré­oc­cu­pé que de pro­fit et de perte. Mou­rir est une perte, vivre est un gain, aus­si décide-t-on de ne pas mou­rir. On est donc un lâche. »

Jôchô Yama­mo­to
Haga­ku­ré, livre I, rédac­tion 1709 – 1716, pre­mière édi­tion 1900
cité par
Yukio Mishi­ma
Le Japon moderne et l’éthique samou­raï, 1967, trad. Émile Jean, édi­tions Gal­li­mard, NRF, coll. Arcades Gal­li­mard, 1985

S’efforce constamment de vivre en beauté…

« L’homme qui, au nom d’un idéal moral, s’efforce constam­ment de vivre en beau­té et qui consi­dère la mort comme le cri­tère ultime de cette beau­té, vivra jour après jour dans une ten­sion conti­nuelle. Jôchô, aux yeux de qui la paresse est le vice suprême, a décou­vert un mode de vie quo­ti­dienne dans lequel la ten­sion n’offre jamais la moindre rémis­sion ; c’est la lutte au sein même de la bana­li­té de tous les jours. Voi­là le métier du samou­raï. »

Yukio Mishi­ma
Le Japon moderne et l’éthique samou­raï, 1967, trad. Émile Jean, édi­tions Gal­li­mard, NRF, coll. Arcades Gal­li­mard, 1985

Quelle faim morale lui crispait l’âme…

« Quelle était donc cette faim qui tenaillait le vieillard ? Quelle faim morale lui cris­pait l’âme sans qu’il pût la tra­duire autre­ment qu’en termes de gibier dis­pa­ru et de jeunes gens déser­teurs ? Je crois que je la connais­sais. Je l’a­vais déjà ren­con­trée. Sans doute la faim de ce qui fut, de ce qui ne sera plus, la silen­cieuse et invi­sible famine qui conduit les peuples per­dus à la mort plus sûre­ment encore que la vraie faim du corps. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Je ne proposerai pas une alternative socialiste…

« Non, certes, armé de l’expérience du pays du socia­lisme réa­li­sé, de toute façon je ne pro­po­se­rai pas une alter­na­tive socia­liste. Que tout socia­lisme en géné­ral comme dans toutes ses nuances abou­tit à l’anéantissement uni­ver­sel de l’essence spi­ri­tuelle de l’homme et au nivel­le­ment de l’humanité dans la mort. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2019

La technologie contemporaine…

« La tech­no­lo­gie contem­po­raine entre en lutte contre le réel, parce qu’il est consti­tué de consis­tances qui sont autant de pesan­teurs pour notre exi­gence de mobi­li­té. La vie implique pour­tant de les assu­mer — et si nous pré­fé­rons les fuir, seule la mort pour­rait nous offrir la pers­pec­tive d’une absence de contra­rié­tés. Vivre et habi­ter ce monde, exis­ter et être un corps, sup­pose d’ac­cep­ter un ordre de contraintes, une infi­ni­té de renon­ce­ments. Se trou­ver vrai­ment quelque part, c’est à chaque ins­tant de cette pré­sence renon­cer à être ailleurs. Faire vrai­ment quelque chose, c’est ne pas faire tout le reste. Voi­là ce à quoi nous ne vou­lons plus nous résoudre. »

Fran­çois-Xavier Bel­la­my
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Cet ordre impersonnel et divin de l’univers…

« Cet ordre imper­son­nel et divin de l’univers a pour image par­mi nous la jus­tice, la véri­té, la beau­té. Rien d’inférieur à ces choses n’est digne de ser­vir d’inspiration aux hommes qui acceptent de mou­rir.
Au-des­sus des ins­ti­tu­tions des­ti­nées à pro­té­ger le droit, les per­sonnes, les liber­tés démo­cra­tiques, il faut en inven­ter d’autres des­ti­nées à dis­cer­ner et à abo­lir tout ce qui, dans la vie contem­po­raine, écrase les âmes sous l’injustice, le men­songe et la lai­deur.
Il faut les inven­ter, car elles sont incon­nues, et il est impos­sible de dou­ter qu’elles soient indis­pen­sables. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Il n’est pas bon pour un être vivant d’être habitué…

« Même la bio­lo­gie sait cela : il n’est pas bon pour un être vivant d’être habi­tué à un trop grand bien-être. Aujourd’hui, c’est dans la vie de la socié­té occi­den­tale que le bien-être a com­men­cé de sou­le­ver son masque funeste. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

La mort demeure, quoi qu’il arrive, l’héroïne…

« La mort demeure, quoi qu’il arrive, l’hé­roïne de la tra­gé­die dont le mata­dor est le héros est le héros et à qui elle délègue un ambas­sa­deur extra­or­di­naire, cet ani­mal sacri­fié, cet ani­mal sacri­fié d’a­vance, char­gé de négo­cier leurs noces, noces les plus étranges et les plus obs­cures qui soient. »

Jean Coc­teau
La cor­ri­da du 1er mai, Édi­tions Gras­set, 1967

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