Le livre
La personne et le sacré

La personne et le sacré

Auteur : Simone Weil
Édi­teur : édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Pré­sen­ta­tion de l’é­di­teur : Texte fai­sant par­tie des Écrits de Londres, écrit à la même période que L’enracinement (1943), La per­sonne et le sacré prend son ori­gine dans le mot de « per­sonne » qui avait fon­dé le cou­rant per­son­na­liste autour d’Emmanuel Mou­nier et que Simone Weil trouve impropre. Mais ce texte est bien plus qu’une que­relle séman­tique : il devient tout de suite médi­ta­tion phi­lo­so­phique lumi­neuse et de très grande impor­tance (jusque-là sous-esti­mée) sur les notions de droit, de démo­cra­tie, de jus­tice, de mal et de beau­té. Pre­nant à contre­pied le per­son­na­lisme chré­tien en affir­mant que « Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la per­sonne, c’est ce qui, dans un être humain, est imper­son­nel », Simone Weil se livre à un plai­doyer d’une rare jus­tesse pour ce qui fonde l’être humain en dehors de toute col­lec­ti­vi­té ou ins­ti­tu­tion. Un texte capi­tal pour appro­fon­dir l’œuvre de Simone Weil et qui sau­ra par­ler à tout lec­teur qui recherche une clar­té pure, exi­geante et dénuée de tout arti­fice sur des thèmes intem­po­rels.

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Découvrez 13 citations extraites du livre

Il est clair qu’un parti occupé à la conquête...

« Il est clair qu’un par­ti occu­pé à la conquête ou à la conser­va­tion du pou­voir gou­ver­ne­men­tal ne peut dis­cer­ner dans ces cris que du bruit. Il réagi­ra dif­fé­rem­ment selon que ce bruit gêne celui de sa propre pro­pa­gande ou au contraire le gros­sit. Mais en aucun cas il n’est capable d’une atten­tion tendre et divi­na­trice pour en dis­cer­ner la signi­fi­ca­tion. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Cet ordre impersonnel et divin de l’univers...

« Cet ordre imper­son­nel et divin de l’univers a pour image par­mi nous la jus­tice, la véri­té, la beau­té. Rien d’inférieur à ces choses n’est digne de ser­vir d’inspiration aux hommes qui acceptent de mou­rir.
Au-des­sus des ins­ti­tu­tions des­ti­nées à pro­té­ger le droit, les per­sonnes, les liber­tés démo­cra­tiques, il faut en inven­ter d’autres des­ti­nées à dis­cer­ner et à abo­lir tout ce qui, dans la vie contem­po­raine, écrase les âmes sous l’injustice, le men­songe et la lai­deur.
Il faut les inven­ter, car elles sont incon­nues, et il est impos­sible de dou­ter qu’elles soient indis­pen­sables. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Le chant grégorien, les églises romanes...

« Le chant gré­go­rien, les églises romanes, l’Iliade, l’invention de la géo­mé­trie, n’ont pas été, chez les êtres à tra­vers les­quels ces choses sont pas­sées pour venir jusqu’à nous, des occa­sions d’épanouissement.
La science, l’art, la lit­té­ra­ture, la phi­lo­so­phie qui sont seule­ment des formes d’épanouissement de la per­sonne, consti­tuent un domaine où s’accomplissent des réus­sites écla­tantes, glo­rieuses, qui font vivre des noms pen­dant des mil­liers d’années. Mais au-des­sus de ce domaine, loin au-des­sus, sépa­ré de lui par un abîme, en est un autre où sont situées les choses de tout pre­mier ordre. Celles-là sont essen­tiel­le­ment ano­nymes. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Mettre dans la bouche des malheureux des mots...

« Mettre dans la bouche des mal­heu­reux des mots qui appar­tiennent à la région moyenne des valeurs, tels que démo­cra­tie, droit ou per­sonne, c’est leur faire un pré­sent qui n’est sus­cep­tible de leur ame­ner aucun bien et qui leur fait inévi­ta­ble­ment beau­coup de mal.
Ces notions n’ont pas leur lieu dans le ciel, elles sont en sus­pens dans les airs, et pour cette rai­son même elles sont inca­pables de mordre la terre.
Seule la lumière qui tombe conti­nuel­le­ment du ciel four­nit à un arbre l’énergie qui enfonce pro­fon­dé­ment dans la terre les puis­santes racines. L’arbre est en véri­té enra­ci­né dans le ciel.
Seul ce qui vient du ciel est sus­cep­tible d’imprimer réel­le­ment une marque sur la terre. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

À notre époque d’intelligence obscurcie...

« À notre époque d’intel­li­gence obs­cur­cie, on ne fait aucune dif­fi­cul­té de récla­mer pour tous une part égale aux pri­vi­lèges, aux choses qui ont pour essence d’être des pri­vi­lèges. C’est une espèce de reven­di­ca­tion à la fois absurde et basse ; absurde, parce que le pri­vi­lège par défi­ni­tion est inégal ; basse, parce qu’il ne vaut pas d’être dési­ré. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Le malheur est par lui-même inarticulé...

« Le mal­heur est par lui-même inar­ti­cu­lé. Les mal­heu­reux sup­plient silen­cieu­se­ment qu’on leur four­nisse des mots pour s’exprimer. Il y a des époques où ils ne sont pas exau­cés. Il y en a d’autres où on leur four­nit des mots, mais mal choi­sis, car ceux qui les choi­sissent sont étran­gers au mal­heur qu’ils inter­prètent. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Quand la liberté d’expression se ramène en fait à la liberté de propagande...

« Quand la liber­té d’expression se ramène en fait à la liber­té de pro­pa­gande pour les orga­ni­sa­tions de ce genre, les seules par­ties de l’âme humaine qui méritent de s’exprimer ne sont pas libres de la faire. Ou elles le sont à un degré infi­ni­té­si­mal, à peine davan­tage que dans le sys­tème tota­li­taire. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

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