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Citations sur la parole

On a beau dire qu’Internet est une interactivité mondiale…

« On a beau dire qu’Inter­net est une inter­ac­ti­vi­té mon­diale : il lui man­que­ra tou­jours ce qui fait le propre de la conver­sa­tion, comme d’ailleurs du théâtre : la pré­sence vivante, char­nelle, émo­tion­nelle d’un inter­lo­cu­teur avec lequel on se sent enga­gé dans un espace qui n’a rien de vir­tuel. »

Marc Fuma­ro­li
Notre art de vivre est né du mariage des lettres et de l’é­pée, entre­tien. Pro­pos recueillis par Patrick Jan­sen, Enquête sur l’his­toire n°24, décembre 1997 – jan­vier 1998

La vérité n’est jamais amusante…

« La véri­té n’est jamais amu­sante. Sans cela tout le monde la dirait. »

Michel Audiard
Lino Ven­tu­ra dans Les Bar­bouzes (film), 1964, in Audiard par Audiard, édi­tions René Châ­teau, 2005

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Ils sont bêtes, mais c’est pour faire rire…

« Ils sont bêtes, mais c’est pour faire rire. Ils ne savent rien, mais ils ont réponse à tout. Ils n’ont rien à dire, mais ils parlent tout le temps. Tout chez eux est incor­rect, sauf leurs idées. Ils n’ont que des amis car ils peuvent détruire ceux qui ne le sont pas. Ils ont tou­jours rai­son car ils sont applau­dis sur com­mande. Ils n’ont peur de rien, sauf de l’audimat.
Ils sont ani­ma­teurs de talk-shows ou de rea­li­ty-shows. Ils passent en prime time tous les jours ou toutes les semaines. Ils invitent les intel­lec­tuels, les artistes et les hommes poli­tiques, mais ils s’invitent aus­si entre eux. Ils disent ce qu’il faut pen­ser, ce qu’il faut aimer et ce qu’il faut détes­ter. Ce sont les grands prêtres de la pen­sée unique. »

Bru­no Mégret
L’Autre scé­na­rio pour la France et l’Europe, Édi­tions Cité liber­té, 2006

Seuls comptent alors les actes…

« Il arrive un moment où il ne sert plus à rien de par­ler. Seuls comptent alors les actes. Ces actes parlent pour toi. »

Erik L’Homme
Les Maîtres des bri­sants, tome 1, Chien-de-la-lune, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Hors-piste, 2004

En matière de langage…

« En matière de lan­gage, qui est l’ob­jet prin­ci­pal de la lit­té­ra­ture, il est clair que les mots se dégradent per­pé­tuel­le­ment. Ils cessent de dire ce qu’ils signi­fient ou de signi­fier ce qu’ils disent ; ils com­mencent tou­jours par signi­fier quelque chose qui non seule­ment est tout à fait dif­fé­rent, mais encore beau­coup moins défi­ni et beau­coup moins fort. Et dans cette chute des sym­boles choi­sis par l’homme, pour­rait bien se trou­ver un sym­bole de sa propre chute. Il a une dif­fi­cul­té à maî­tri­ser sa langue, non seule­ment en tant qu’or­gane de la parole, mais dans le sens de lan­gage par­lé. Presque tou­jours s’il n’y prête pas atten­tion, ce lan­gage s’af­fole ou, pire encore, s’affaiblit. »

Gil­bert Keith Chesterton
À bâtons rom­pus, pro­pos débri­dés, trad. Mau­rice Le Péchoux, Édi­tions L’Âge d’Homme, 2010

On ne saurait refonder l’action politique…

« On ne sau­rait refon­der l’ac­tion poli­tique sans s’ar­ra­cher men­ta­le­ment à tout ce qui inhibe la parole publique, sans se révol­ter contre l’é­touf­fe­ment de la liber­té d’ex­pres­sion, sans se révol­ter non plus contre ce qui empêche l’ac­tion publique. Il est pro­ba­ble­ment néces­saire de sor­tir de la mytho­lo­gie pro­gres­siste pour renouer avec un débat poli­tique qui ne dis­qua­li­fie pas à l’a­vance ceux qui confessent leur scep­ti­cisme devant la dyna­mique de la moder­ni­té. »

Mathieu Bock-Côté
L’Em­pire du poli­ti­que­ment cor­rect, Les Édi­tions du cerf, 2019

Le malheur est par lui-même inarticulé…

« Le mal­heur est par lui-même inar­ti­cu­lé. Les mal­heu­reux sup­plient silen­cieu­se­ment qu’on leur four­nisse des mots pour s’exprimer. Il y a des époques où ils ne sont pas exau­cés. Il y en a d’autres où on leur four­nit des mots, mais mal choi­sis, car ceux qui les choi­sissent sont étran­gers au mal­heur qu’ils interprètent. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

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