Citation

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

À propos de l'auteur

Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney, né en 1876 à San Francisco et mort en 1916 à Glen Ellen en Californie, est un écrivain américain prolifique, essentiellement connu du grand public pour ses nouvelles et ses romans d'aventures liés au grand nord canadien et à la nature sauvage (L'appel de la forêt, Croc-Blanc). Membre du Socialist Labor Party en 1896, puis du parti socialiste américain en 1901, il est également l'auteur d'une dizaine de romans dits socialistes, qui décrivent l'horreur libérale et urbaine (Le Peuple d’en-bas), ainsi que la répression des sociétés capitalistes et industrielles (Le Talon de fer, qui sera préfacé par Léon Trotsky). À l'avant-garde de la contestation politique de son époque, Jack London est également un aventurier qui a parcouru le monde par la mer, avant de mourir prématurément de ses excès d'alcool et de morphine.