Jamais je ne serai blasé devant la découverte…

« Jamais je ne serai bla­sé devant la décou­verte sou­daine de la proie, devant la décou­verte mira­cu­leuse de la sau­va­ge­rie. Je m’abandonnai béa­te­ment à la jouis­sance de sur­prendre sans être sur­pris. Tou­jours en ces ins­tants m’inonde une exci­ta­tion volup­tueuse mêlée de gra­ti­tude. Moi, médiocre et lourd bipède civi­li­sé, sans vue per­çante ni odo­rat sub­til, pour une seconde ou une minute, je suis maître du jeu, non par force mais par ruse et chance, à l’exemple de mon ancêtre à l’épieu de bois dur­ci. Que je sois un maître déri­soire, je le sais bien. Ici, je ne suis qu’un intrus, trop géné­reu­se­ment tolé­ré par les divi­ni­tés de la forêt. »

Domi­nique Ven­ner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006

À proximité des nuits précédant Noël…

« À proxi­mi­té des nuits pré­cé­dant Noël ou les équi­noxes, périodes rituelles de tran­si­tion et nuits de tem­pête pro­pices aux déploie­ments ima­gi­na­tifs, on voyait se déchaî­ner dans les cieux tour­men­tés une che­vau­chée fan­tas­tique qu’Henri Heine a décrite dans un bref poème :

C’est l’heure où les esprits
Font leur Chasse sau­vage…
Hal­loh ! Hus­sa ! Hen­nis­se­ments aigus,
Cla­que­ment des fouets, mugis­se­ment des cors.
Et les abois, et les cris, et les éclats de rire
Font rai­son­ner l’espace »

Domi­nique Ven­ner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006

Ils avaient concentré sur eux…

« Pen­dant des siècles et même des mil­lé­naires, ils avaient concen­tré sur eux toutes les ter­reurs des cam­pagnes pro­fondes où l’on col­por­tait sur leur compte des his­toires à vous gla­cer le sang. Ain­si, tout en effrayant le Gévau­dan, les loups ont-ils han­té les fan­tasmes de maints petits cha­pe­rons rouges, peu­plant aus­si l’imaginaire d’hommes et de gar­çons que sédui­sait leur répu­ta­tion de fier­té sau­vage et indomp­tée. Les Romains ne furent pas les seuls à se pro­cla­mer fils de la louve”. Incor­po­ré vers l’âge de huit ans dans une meute de lou­ve­teaux”, je me suis ini­tié à la fra­ter­ni­té des loups que nous ensei­gnait Rudyard Kipling. Il m’en est res­té quelque chose. »

Domi­nique Ven­ner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006

De toute manière, la lutte pour la vie…

« De toute manière, la lutte pour la vie n’é­tait une tra­gé­die que pour ceux qui étaient vain­cus. Pour les vain­queurs, elle était une conti­nua­tion, une joie et un renou­vel­le­ment. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Que le meilleur l’emporte…

« De toute évi­dence, il impor­tait peu que le vain­queur fût l’un ou l’autre de ses sou­pi­rants. La loi du Wild, la loi de la vie, exi­geait que le meilleur l’emporte, et le meilleur, quelque moyen qu’il uti­li­sât, était celui qui sur­vi­vait. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

Ils avançaient sans parler, tendus par l’effort…

« Ils avan­çaient sans par­ler, ten­dus par l’ef­fort, avares de leur souffle. Le silence presque solide qui les entou­rait les écra­sait comme l’eau écrase le plon­geur dans l’o­céan. Le sen­ti­ment de l’in­fi­ni, la conscience d’af­fron­ter une force supé­rieure pesaient sur eux de tout leur poids. Telle une grappe pié­ti­née qui exprime son suc, leur esprit se déta­chait peu à peu des fausses valeurs, des idoles de plâtre, des suf­fi­sances mes­quines, et ils se per­ce­vaient tels qu’ils étaient réel­le­ment, avec leurs étroites limites, leur insi­gni­fiance, leur sagesse d’in­sectes, lut­tant de toutes leurs faibles forces pour ne pas être empor­tés comme des fétus de paille par la puis­sance aveugle des élé­ments. »

Jack Lon­don
Croc-Blanc (White Fang), 1906, trad. Phi­lippe Saba­thé, édi­tions Gal­li­mard Jeu­nesse, coll. Folio Junior, 1997

La religion n’est pas qu’un simple refuge…

« La reli­gion n’est pas qu’un simple refuge, un vec­teur de sécu­ri­té dans un monde agi­té. C’est aus­si un défi à l’apitoiement sur soi et au déses­poir. »

Chris­to­pher Lasch
Les femmes et la vie ordi­naire (Women and the Com­mon Life), 1997, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2018

La Fille aînée de l’Église n’est pas seule…

« Heu­reu­se­ment, la Fille aînée de l’Église n’est pas seule. La Pro­vi­dence s’est mani­fes­tée avec une force inha­bi­tuelle au cours de l’histoire de notre nation, depuis le bap­tême et le cou­ron­ne­ment de Clo­vis, la sain­te­té de Louis IX, l’onction du sacre, l’ardente volon­té de Louis XIII de consa­crer la France à Notre-Dame de l’As­somp­tion. Avec Jeanne d’Arc, le des­tin éli­ra une per­sonne humble, pour que la France puisse tenir ses pro­messes de fidé­li­té. Une pay­sanne, sans expé­rience mili­taire ou poli­tique, pour réa­li­ser un double exploit inex­pli­cable : chas­ser les enne­mis du royaume en redon­nant à tous les Fran­çais la digni­té per­due et la foi. »

Louis Alphonse de Bour­bon
Mes­sage de Mon­sei­gneur le Duc d’An­jou pour la Fête natio­nale de Jeanne d’Arc, legitimite.fr, 10 mai 2020

Le chevalier faisait le serment…

« À par­tir du XIe et pen­dant tout le XIIe siècle, la che­va­le­rie va se déve­lop­per. Le che­va­lier fai­sait le ser­ment de se ser­vir de son épée uni­que­ment pour défendre le faible. C’est une exi­gence de dépas­se­ment extra­or­di­naire. La femme y a joué un rôle non négli­geable, puisque c’est elle qui remet­tait son épée au che­va­lier. »

Régine Per­noud
His­toire et lumière, édi­tions du Cerf, 1998

C’est très bien de planter des bougies…

« C’est très bien de plan­ter des bou­gies, de mettre des fleurs, de pleu­rer, de mettre des pho­tos etc… Mais je ne com­prends pas pour­quoi ces mani­fes­tants, qui étaient très nom­breux à ce moment-là, ne sont pas par­tis en cor­tège pour aller faire une gigan­tesque manif devant une ambas­sade de pays arabe, l’une des plus sala­fistes pos­sibles – pas ça qui manque ! – en cas­sant quelques car­reaux, en fai­sant beau­coup de bruit etc… En mani­fes­tant une réelle indi­gna­tion ! Il n’y a pas de colère… Et tant qu’il n’y a pas de colère, je ne vois pas du tout com­ment on s’en sor­ti­ra. »

Jean Ras­pail
Mes­sage aux audi­teurs du troi­sième Col­loque de l’Ins­ti­tut ILIADE, avril 2016

Être gai, savoir l’être au plus âcre des souffrances du corps…

« Être gai, savoir l’être au plus âcre des souf­frances du corps, le res­ter lorsque la dévas­ta­tion et la mort frappent dure­ment auprès de vous, tenir bon à ces assauts constants que mènent contre le cœur tous les sens sur­ex­ci­tés, c’est pour le chef un rude devoir, et sacré. Je ne veux point fer­mer mes sens pour rendre ma tâche plus facile. Je veux répondre à toutes les sol­li­ci­ta­tions du monde pro­di­gieux où je me suis trou­vé jeté, ne jamais esqui­ver les chocs quand ils devraient me démo­lir, et gar­der mal­gré tout, si je puis, cette belle humeur bien­fai­sante vers laquelle je m’ef­force comme à la conquête d’une ver­tu. »

Mau­rice Gene­voix
Ceux de 14, 1949, édi­tions Flam­ma­rion, 2013

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