Faire pousser des lierres…

« Les monas­tères, de quelque obé­dience qu’ils soient, cherchent tous leur écrin de nature dans le res­pect des éner­gies tel­lu­riques. Ceux qui les habitent savent que la tête est le siège des tour­ments et le cœur celui de l’apaisement. La civi­li­sa­tion indus­trielle – à de pré­cieuses excep­tions près – est un pro­duit pur et sec de l’intellect que le cœur rejette et que l’âme ne visite pas. Il faut pour la rendre vivable l’attendrir par un immense effort de créa­tion : l’intégrer au cycle éter­nel de la nature comme dans les arrière-plans du Qua­tro­cen­to. Faire pous­ser des lierres dans cha­cun de ses inter­stices. »

Slo­bo­dan Des­pot
« Sor­tir de la tour sans porte », Livr’ar­bitres, hors-série « La nature comme socle – Actes du 7e col­loque annuel de l’Institut Iliade – Pour une éco­lo­gie à l’endroit », automne 2020

Limite, foyer, prudence, beauté : tels devraient être les points cardinaux d’une écologie authentique…

« Limite, foyer, pru­dence, beau­té : tels devraient être les points car­di­naux d’une éco­lo­gie authen­tique. Il fau­drait lui en ajou­ter une cin­quième : l’écologie de la conscience, c’est-à-dire le droit de pré­ser­ver son âme de la publi­ci­té, du bruit, de la pol­lu­tion lumi­neuse et de tout ce qui dans le monde moderne conspire contre toute forme de vie inté­rieure” (Ber­na­nos). »

Eugé­nie Bas­tié
« Pour un sou­ve­rai­nisme vert », Front Popu­laire n°1, été 2020

Quelle faim morale lui crispait l’âme…

« Quelle était donc cette faim qui tenaillait le vieillard ? Quelle faim morale lui cris­pait l’âme sans qu’il pût la tra­duire autre­ment qu’en termes de gibier dis­pa­ru et de jeunes gens déser­teurs ? Je crois que je la connais­sais. Je l’a­vais déjà ren­con­trée. Sans doute la faim de ce qui fut, de ce qui ne sera plus, la silen­cieuse et invi­sible famine qui conduit les peuples per­dus à la mort plus sûre­ment encore que la vraie faim du corps. »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Exactement aptes à émouvoir les âmes sensibles…

« Un héli­co­ptère de l’Associated Press la sur­vo­la à vingt reprises à dif­fé­rentes alti­tudes, héris­sé de télé­ob­jec­tifs et de grands angu­laires. Par­mi les pho­tos qui furent publiées dans la presse du monde entier, cer­taines étaient pro­pre­ment bou­le­ver­santes, exac­te­ment aptes à émou­voir les âmes sen­sibles sans trop les effrayer. »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

L’émotion que j’avais ressentie…

« Tran­si, mouillé jus­qu’à l’os, l’âme déso­lée, je rega­gnai ma cabine. Par le hublot je ne vis plus rien que la pluie, et le pot du soir, au car­ré, fut empreint de mélan­co­lie. L’é­mo­tion que j’a­vais res­sen­tie est demeu­rée aus­si forte durant les cin­quante années qui ont sui­vi… »

Jean Ras­pail
Adiós, Tier­ra del Fue­go, édi­tions Albin Michel, 2001

Ces marginaux parasites que l’Europe a sécrétés…

« En jeans et bas­kets déla­vés, les che­veux longs, blonds et sales, l’aspect géné­ral négli­gé, le regard tra­his­sant l’avachissement de l’âme, il repré­sen­tait assez bien ces mar­gi­naux para­sites que l’Europe a sécré­tés par cen­taines de mil­liers et qui forment déjà en son sein, comme un can­cer, une sorte de tiers monde volon­taire. »

Jean Ras­pail
Le Camp des saints, édi­tions Robert Laf­font, 1973

Votre royaume est double Monseigneur…

« Votre royaume est double Mon­sei­gneur. Il y a le royaume visible, un peuple et un ter­ri­toire. Vous n’en êtes plus le roi, vous n’en êtes pas le roi, vous n’en serez sans doute plus jamais le roi. Et il y a le royaume invi­sible, celui qui n’a ni terres ni fron­tières, ce qui est un élan de l’âme. Celui-là est le fon­de­ment de l’autre et c’est pour le moment le seul qui vous reste. Ne le ris­quez pas dans la cohue et la confu­sion. Empor­tez-le avec vous en exil. »

Jean Ras­pail
Le Roi au-delà de la mer, édi­tions Albin Michel, 2000

Ainsi sont les âmes…

« Ain­si sont les âmes. Elles se mélangent par­fois, après avoir quit­té la petite patrie, à d’autres âmes venues de par­tout, elles se mêlent dans le plus odieux des creu­sets, dans la plus bruyante des pro­mis­cui­tés, mais elles gardent le bou­quet, la saveur et l’accent qui rap­pellent le ter­roir. »

Hen­ri Vin­ce­not
Récits des friches et des bois, édi­tions Anne Car­rière, 1997

Cet ordre impersonnel et divin de l’univers…

« Cet ordre imper­son­nel et divin de l’univers a pour image par­mi nous la jus­tice, la véri­té, la beau­té. Rien d’inférieur à ces choses n’est digne de ser­vir d’inspiration aux hommes qui acceptent de mou­rir.
Au-des­sus des ins­ti­tu­tions des­ti­nées à pro­té­ger le droit, les per­sonnes, les liber­tés démo­cra­tiques, il faut en inven­ter d’autres des­ti­nées à dis­cer­ner et à abo­lir tout ce qui, dans la vie contem­po­raine, écrase les âmes sous l’injustice, le men­songe et la lai­deur.
Il faut les inven­ter, car elles sont incon­nues, et il est impos­sible de dou­ter qu’elles soient indis­pen­sables. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

Qui ne sait le charme des landes ?

« Qui ne sait le charme des landes ?… Il n’y a peut-être que les pay­sages mari­times, la mer et ses grèves, qui aient un carac­tère aus­si expres­sif et qui vous émeuvent davan­tage. Elles sont comme les lam­beaux, lais­sés sur le sol, d’une poé­sie pri­mi­tive et sau­vage que la main et la herse de l’homme ont déchi­rée. Haillons sacrés qui dis­pa­raî­tront au pre­mier jour sous le souffle de l’industrialisme moderne ; car notre époque, gros­siè­re­ment maté­ria­liste et uti­li­taire, a pour pré­ten­tion de faire dis­pa­raître toute espèce de friche et de brous­sailles aus­si bien du globe que de l’âme humaine. »

Jules Bar­bey d’Au­re­vil­ly
L’En­sor­ce­lée, 1852, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio clas­sique, 1977

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