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Citations sur la civilisation

Ne pas mourir est une chose. Vivre en est une autre…

« Ne pas mou­rir est une chose. Vivre en est une autre.
Nous entrons dans une ère où l’homme cultive et mul­ti­plie tous les moyens de ne pas mou­rir (méde­cine, confort, assu­rances, dis­trac­tions) – tout ce qui per­met d’étirer ou de sup­por­ter l’existence dans le temps, mais non pas de vivre.
Nous voyons poindre l’aurore dou­teuse et bâtarde d’une civi­li­sa­tion où le sou­ci sté­ri­li­sant d’échapper à la mort condui­ra les hommes à l’oubli de la vie. »

Gus­tave Thibon
Notre regard qui manque à la lumière, 1955, édi­tions Fayard, 1995

L’histoire est un drame…

« L’his­toire est un drame, chaque géné­ra­tion a son drame. Il y a des drames qui se ter­minent bien, d’autres qui se ter­minent très mal. Nous en savons quelque chose en ce siècle. Ce que nous pou­vons faire, c’est d’o­rien­ter les nations euro­péennes selon la réa­li­té et selon leur voca­tion. Si nous sommes sub­mer­gés par l’a­mé­ri­ca­ni­sa­tion, c’est que nous n’au­rons pas été assez intel­li­gents ni sub­tils pour assu­rer la suture entre pas­sé et avenir. »

Marc Fuma­ro­li
Notre art de vivre est né du mariage des lettres et de l’é­pée, entre­tien. Pro­pos recueillis par Patrick Jan­sen, Enquête sur l’his­toire n°24, décembre 1997 – jan­vier 1998

On a beau dire qu’Internet est une interactivité mondiale…

« On a beau dire qu’Inter­net est une inter­ac­ti­vi­té mon­diale : il lui man­que­ra tou­jours ce qui fait le propre de la conver­sa­tion, comme d’ailleurs du théâtre : la pré­sence vivante, char­nelle, émo­tion­nelle d’un inter­lo­cu­teur avec lequel on se sent enga­gé dans un espace qui n’a rien de vir­tuel. »

Marc Fuma­ro­li
Notre art de vivre est né du mariage des lettres et de l’é­pée, entre­tien. Pro­pos recueillis par Patrick Jan­sen, Enquête sur l’his­toire n°24, décembre 1997 – jan­vier 1998

L’Europe, la vraie, ne se fera pas sans les peuples slaves…

« À côté des âne­ries du réa­lisme socia­liste” s’est déve­lop­pé, dans des cir­cons­tances dra­ma­tiques, un under­ground” est-euro­péen d’une vita­li­té sai­sis­sante, et d’une extra­or­di­naire qua­li­té. Quatre au moins, par­mi les plus grands écri­vains du siècle, nous viennent des pays com­mu­nistes : les Russes Boul­ga­kov, Siniavs­ki et Sol­jé­nit­syne ; le Tchèque Kun­de­ra. Si enne­mis que nous soyons de l’i­déo­lo­gie mar­xiste, nous main­te­nons que l’Eu­rope, la vraie, ne se fera pas sans les peuples slaves — encore moins contre eux ! »

Pierre Gri­pa­ri
Cri­tique et auto­cri­tique, édi­tions L’Âge d’Homme, 1981

Faire pousser des lierres…

« Les monas­tères, de quelque obé­dience qu’ils soient, cherchent tous leur écrin de nature dans le res­pect des éner­gies tel­lu­riques. Ceux qui les habitent savent que la tête est le siège des tour­ments et le cœur celui de l’apaisement. La civi­li­sa­tion indus­trielle – à de pré­cieuses excep­tions près – est un pro­duit pur et sec de l’intellect que le cœur rejette et que l’âme ne visite pas. Il faut pour la rendre vivable l’attendrir par un immense effort de créa­tion : l’intégrer au cycle éter­nel de la nature comme dans les arrière-plans du Qua­tro­cen­to. Faire pous­ser des lierres dans cha­cun de ses interstices. »

Slo­bo­dan Despot
« Sor­tir de la tour sans porte », Livr’ar­bitres, hors-série « La nature comme socle – Actes du 7e col­loque annuel de l’Institut Iliade – Pour une éco­lo­gie à l’endroit », automne 2020

La protection de l’environnement est évidemment la vocation du conservatisme…

« Non seule­ment le conser­va­tisme est tota­le­ment com­pa­tible avec la défense de l’en­vi­ron­ne­ment, mais la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment est évi­dem­ment la voca­tion du conser­va­tisme, qui n’est rien d’autre que la défense du foyer. Une oiko­phi­lie. L’i­dée selon laquelle le monde ne nous appar­tient pas, il appar­tient à nos parents, à nos besoins. Il s’a­git de reve­nir au fon­de­ment de notre civi­li­sa­tion : le texte fon­da­teur de notre civi­li­sa­tion n’est pas la Bible, c’est l’O­dys­sée. C’est l’his­toire d’un homme, Ulysse, qui essaie de reve­nir à la com­pagne de sa vie, Péné­lope, qui voyage pour retrou­ver son foyer. »

Roger Scru­ton
« Le conser­va­tisme est la phi­lo­so­phie de l’at­ta­che­ment », Limite n°5, jan­vier 2017

Nous avons un marché universel…

« Nous avons un mar­ché uni­ver­sel, mais il n’est pas por­teur des effets civi­li­sa­teurs qu’en atten­daient avec tant de confiance Hume et Vol­taire. Au lieu d’engendrer une prise en compte nou­velle de nos incli­na­tions de nos inté­rêts com­muns – de l’identité essen­tielle des êtres humains sur toute la sur­face du globe – le mar­ché mon­dial semble inten­si­fier la prise de conscience des dif­fé­rences eth­niques et natio­nales. L’unification du mar­ché va de pair avec la frag­men­ta­tion de la culture. »

Chris­to­pher Lasch
La révolte des élites et la tra­hi­son de la démo­cra­tie (The Revolt of the Elites and the Betrayal of Demo­cra­cy), 1995, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 2007

Je fis un geste de la main, en adieu…

« Je fis un geste de la main, en adieu. La femme qui me regar­dait bais­sa aus­si­tôt la tête. Me vint alors la convic­tion que dix mille années nous sépa­raient, à laquelle s’en ajou­ta une autre : cette convic­tion était par­ta­gée. Ces mal­heu­reux aus­si le savaient, écra­sés par cet éloi­gne­ment sidé­ral. La dis­tance entre la barque et le navire aug­men­tait rapi­de­ment, jus­qu’à ce qu’elle ne fût à nou­veau qu’un point sem­blable à celui que nous avions vu s’a­van­cer à peine dix minutes aupa­ra­vant, et qui dis­pa­rut bien­tôt. Sur l’autre rive d’un fos­sé de cent siècles, les Ala­ka­lufs nomades s’en­fuyaient encore plus loin dans le pas­sé. »

Jean Ras­pail
Adiós, Tier­ra del Fue­go, édi­tions Albin Michel, 2001

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