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Citations sur l'héritage

Le plus important est d’avoir sous nos yeux…

« Disons tout de suite, par paren­thèse, que je sais qu’il y a un pro­blème démo­gra­phique à résoudre, et qu’il faut loger les gens. Mais qu’on ne me dise pas que c’est le plus impor­tant ; le plus impor­tant est d’a­voir sous nos yeux un monde dont l’as­pect ne nous fasse pas vomir. On doit pou­voir construire de belles mai­sons. Les géné­ra­tions qui nous ont pré­cé­dés l’ont fait ; sommes-nous donc si imbé­ciles, si inca­pables, que nous ne sachions plus le faire… »

Jean Gio­no
Les ter­rasses de l’île d’Elbe, 1976, édi­tions Gal­li­mard, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Voilà pourquoi je révère l’objet…

« Voi­là pour­quoi je révère l’ob­jet. S’il n’a­vait exis­té, je l’au­rais inven­té. À nou­veau je le sai­sis. Pour la mil­lième fois depuis que j’en ai reçu la garde, j’en prends connais­sance tac­ti­le­ment. Je me calme. Je reviens à l’es­sen­tiel. Rien ne vaut l’ar­ron­di par­fois de l’ob­jet et la paume de mes mains glis­sant sur la pierre noire, polie trois mille ans plus tôt par quel­qu’un qui, peut-être, me res­sem­blait. »

Jean Ras­pail
La hache des steppes, édi­tions Robert Laf­font, 1974

Celui-là demeure un seigneur…

« Qu’on m’en­tende bien : ils ne sont pas morts. Sans doute même bien plus nom­breux qu’a­vant, trans­plan­tés dans une ville ou une autre, confon­dus, bras­sés, mêlés à la grande foule ano­nyme, igno­rante du pas­sé et de l’a­ve­nir, petits hommes sem­blables qui ont rejoint la ronde. Avec, peut-être, par­mi eux, un pro­lé­taire basa­né qui tri­pote, pen­sif, dans son bidon­ville, une hache de pierre polie, sou­ve­nir de son vil­lage, et qui sait encore qui il est : celui-là demeure un seigneur… »

Jean Ras­pail
Pêcheur de lunes. Qui se sou­vient des hommes…, édi­tions Robert Laf­font, 1990

Rien n’est plus beau que d’apprendre par cœur…

« Rien n’est plus beau que d’ap­prendre par cœur, c’est-à-dire de rece­voir plei­ne­ment une par­celle de cet immense héri­tage qui reste tou­jours à com­prendre. L’ex­pres­sion même mani­feste, de façon lumi­neuse, l’u­ni­té de l’in­tel­li­gence et de la sen­si­bi­li­té, aug­men­tées ensemble de ce qui nous est trans­mis. Apprendre par cœur, c’est lais­ser un texte, une musique, un savoir nous habi­ter, nous trans­for­mer, éle­ver et élar­gir notre esprit et notre cœur jus­qu’à leur propre hau­teur. De cette matu­ra­tion, notre être même a besoin. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

Si réactionnaire signifie être un amant des œuvres du passé…

« Si réac­tion­naire” signi­fie être un amant des œuvres du pas­sé, un amou­reux de Cha­teau­briand et de Flau­bert, ou si encore le mot ren­voie à la gra­ti­tude qu’un homme éprouve envers l’hé­ri­tage des siècles, la langue, la morale, envers le pays et le conti­nent de ses ancêtres, alors oui je suis réactionnaire. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

Le poids démesuré du plus glorieux des héritages…

« Je sens peser sur mes épaules misé­rables le poids déme­su­ré du plus glo­rieux des héri­tages. À moi, qui ne suis rien et qui n’apporte rien, la civi­li­sa­tion fait un cadeau gigan­tesque : le patri­moine de l’Europe. Il est fait de tré­sors et de sou­ve­nirs. Cha­cun de nous, je crois, à Londres et à Vienne, à Ber­lin et à Madrid, à Athènes et à Var­so­vie, à Rome et à Paris, à Sofia et à Bel­grade, doit res­sen­tir le même drame. Cha­cun de nous est le der­nier des Européens. »

Jean de Brem
Le tes­ta­ment d’un Euro­péen, édi­tions de La Table Ronde, 1964

Quand du haut de notre siège…

« Quand du haut de notre siège éle­vé nous regar­dions les séjours que l’homme a bâtis pour y cacher sa vie, son bon­heur, ses nour­ri­tures, ses reli­gions, alors tous les siècles fon­daient à nos yeux en une seule réa­li­té. Et les morts, comme si les tombes s’é­taient ouvertes, sur­gis­saient invi­si­ble­ment. Ils nous envi­ronnent dès que notre regard se pose avec amour sur une terre à l’an­tique culture, et tout comme leur héri­tage est vivant dans la pierre et dans le sillon, leur âme très ancienne est pré­sente sur les terres et les cam­pagnes. »

Ernst Jün­ger
Sur les falaises de marbre (Auf den Mar­mork­lip­pen) 1939, trad. Hen­ri Tho­mas, édi­tions Gal­li­mard 1942, coll. L’I­ma­gi­naire, 2017

Les théories de Hobbes sont à l’origine de toutes les théories de la table rase…

« Les théo­ries de Hobbes sont à l’origine de toutes les théo­ries de la table rase qui, sous des formes diverses, se suc­cèdent en Occi­dent depuis trois cents ans. L’humanité, ses socié­tés, ses géné­ra­tions suc­ces­sives sont des tabu­las rasas, des tablettes de cire sur les­quelles le temps a écrit des his­toires, des concep­tions du monde et des pra­tiques sociales. On pour­rait, en chauf­fant un peu la tablette, faire fondre la cire qui rede­vien­drait lisse, rase” et donc vierge, et l’on pour­rait donc écrire des­sus, en toute liber­té, un nou­veau droit, de nou­velles socié­tés, un homme nou­veau. Du pas­sé fai­sons table rase”, dit l’Internationale. Ces théo­ries sont l’origine du construc­ti­visme poli­tique, de la théo­rie des consti­tu­tions poli­tiques modernes et de la pré­ten­tion à rompre avec une nature et des héri­tages. Dans le temps pré­sent, la table rase sous-tend l’i­déo­lo­gie immi­gra­tion­niste puisque rien, dans cette concep­tion, n’empêche de voir des indi­vi­dus allo­gènes s’agréger libre­ment et de plein droit au contrat social, per­pé­tuel­le­ment ouvert” sur un ave­nir à construire ensemble par accord mutuel. »

Lio­nel Rondouin
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

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