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Citations sur l'héritage

Cette idée d’un bien à sauver…

« Cette idée d’un bien à sau­ver et à trans­mettre est à la base du code d’honneur pay­san. Elle s’oppose à toutes les ten­ta­tions de l’individualisme : l’homme, anneau dans une chaîne, sent obs­cu­ré­ment qu’il doit résis­ter jus­qu’au bout pour que la chaîne ne se brise pas. C’est cet ins­tinct de conti­nui­té qui courbe jus­qu’à la mort le vieux pay­san sur la terre et lui ins­pire cette hor­reur qua­si phy­sique de tom­ber à la charge de ses enfants ou de ses proches. Et c’est de lui que pro­cède aus­si ce savoir-vivre dont la déli­ca­tesse et la pro­fon­deur débordent à l’infini le savoir-faire. Tout dans la conduite de l’existence, depuis le menu quo­ti­dien jus­qu’au choix d’une épouse, est domi­né par ce sen­ti­ment du patri­moine qui, comme le flam­beau ambu­lant des cou­reurs antiques, lie l’individu à son rang et le trans­porte au-delà de lui-même. »

Gus­tave Thibon
Pay­sages du Viva­rais, 1949

Il est évident que nous changeons d’époque…

« Il est évident que nous chan­geons d’é­poque. Il faut faire notre bilan. Nous avons un héri­tage, lais­sé par la nature et par nos ancêtres. Des pay­sages ont été des états d’âme et peuvent encore l’être pour nous-mêmes et ceux qui vien­dront après nous ; une his­toire est res­tée ins­crite dans les pierres des monu­ments ; le pas­sé ne peut pas être entiè­re­ment abo­li sans assé­cher de façon inhu­maine tout ave­nir. Les choses se trans­forment sous nos yeux avec une extra­or­di­naire vitesse. Et on ne peut pas tou­jours pré­tendre que cette trans­for­ma­tion soit un pro­grès. Nos « belles » créa­tions se comptent sur les doigts d’une main, nos « des­truc­tions » sont innombrables. »

Jean Gio­no
La Chasse au bon­heur, édi­tions Gal­li­mard, 1988

Naître sans héritage, grandir sans apanage, mourir…

« Naître sans héri­tage, gran­dir sans apa­nage, mou­rir sans lignage, c’est le lot de l’homme de pas­sage, de l’homme sans ancrage. L’homme de rien. Qui ne trouve rien en arri­vant, qui ne laisse rien en par­tant. Qui, fina­le­ment, n’aime rien. Rien que lui-même, ses pul­sions et appétences. »

Phi­lippe de Villiers
Les cloches son­ne­ront-elles encore demain ?, Albin Michel, 2016

En effet, la noblesse héréditaire, c’est une noblesse lunaire…

« En effet, la noblesse héré­di­taire, c’est une noblesse lunaire”, et pour ain­si dire faite de morts. Seule demeure en elle, prin­cipe vivant, authen­tique, dyna­mique, l’incitation qu’éprouve le des­cen­dant de main­te­nir par ses efforts, le niveau où attei­gnit son aïeul. Tou­jours, même en ce sens déna­tu­ré, noblesse oblige ! Le noble d’origine s’oblige à lui-même ; l’héritage oblige le noble héréditaire. »

José Orte­ga y Gasset
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

Notre corps, les produits de notre travail, notre langage, nos pensées…

« Notre corps, les pro­duits de notre tra­vail, notre lan­gage, nos pen­sées, nos ins­ti­tu­tions, nos arts, tout est pour nous héri­tage, tré­sor len­te­ment accu­mu­lé par les ancêtres. Une géné­ra­tion nou­velle arrive à la vie, et dans les mou­ve­ments, les pas­sions, les joies et les dou­leurs qui l’a­gitent en tous sens, pen­dant les quelques heures de son exis­tence, se mêlent, s’en­tre­choquent ou s’é­qui­librent toutes les forces du pas­sé. »

Léon Bour­geois
Soli­da­ri­té, 1896, édi­tions Le bord de l’eau, 2008

Il est aisé de discerner les continuités qui donnent au monde européen son identité…

« Il est aisé de dis­cer­ner les conti­nui­tés qui, dans la longue durée, donnent au monde euro­péen son iden­ti­té, de l’Antiquité anté­rieure au chris­tia­nisme puis à la moder­ni­té qui s’en est pro­gres­si­ve­ment éloi­gnée. L’héritage du chris­tia­nisme demeure, dans tous les cas, essen­tiel dans la construc­tion de notre civi­li­sa­tion, quels que soient les dénis de réa­li­té aux­quels nous avons été confron­tés quand les ins­pi­ra­teurs de la cala­mi­teuse Europe de Bruxelles ont refu­sé haut et fort de recon­naître les racines chré­tiennes pour­tant indis­cu­tables de notre civi­li­sa­tion. Le chris­tia­nisme est deve­nu, à par­tir de la fin de l’Antiquité, et pour les quinze siècles qui ont sui­vi, la reli­gion de l’Europe et a lar­ge­ment déter­mi­né les dif­fé­rents aspects sociaux, poli­tiques cultu­rels de sa civilisation. »

Phi­lippe Conrad
Dis­cer­ner les conti­nui­tés qui donnent au monde euro­péen son iden­ti­té, entre­tien au site Le Rouge & Le Noir, 20 avril 2015

Il est urgent que les Européens réapprennent à défendre…

« Il est urgent que les Euro­péens réap­prennent à défendre leur iden­ti­té par­ti­cu­lière et leur espace propre. Toutes les cultures ne se valent pas. Nos patries ne sont pas des villes ouvertes. À l’égard d’une immi­gra­tion de plus en plus mas­sive les Euro­péens ne doivent pas recher­cher un illu­soire opti­mum com­mun entre enva­his­seurs et enva­his. Mais pen­ser à pro­té­ger d’abord leur héri­tage et leurs héritiers. »

Jean-Yves Le Gallou
XXIe siècle, vers un nou­veau cycle euro­péen ?, allo­cu­tion au cin­quième col­loque de l’Institut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 7 avril 2018

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