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Citations sur la limite

La technologie contemporaine…

« La tech­no­lo­gie contem­po­raine entre en lutte contre le réel, parce qu’il est consti­tué de consis­tances qui sont autant de pesan­teurs pour notre exi­gence de mobi­li­té. La vie implique pour­tant de les assu­mer — et si nous pré­fé­rons les fuir, seule la mort pour­rait nous offrir la pers­pec­tive d’une absence de contra­rié­tés. Vivre et habi­ter ce monde, exis­ter et être un corps, sup­pose d’ac­cep­ter un ordre de contraintes, une infi­ni­té de renon­ce­ments. Se trou­ver vrai­ment quelque part, c’est à chaque ins­tant de cette pré­sence renon­cer à être ailleurs. Faire vrai­ment quelque chose, c’est ne pas faire tout le reste. Voi­là ce à quoi nous ne vou­lons plus nous résoudre. »

Fran­çois-Xavier Bel­la­my
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Que retient-on de ces premiers chants de l’Odyssée ?…

« Que retient-on de ces pre­miers chants de l’Odyssée ?
La vie nous impose des devoirs.
Il importe d’abord de ne pas trans­gres­ser la mesure du monde.
S’il faut répa­rer un for­fait com­mis, il ne faut pas dévier de sa course ni renier les objec­tifs fixés.
Enfin, ne jamais oublier l’individu que l’on est, ni l’endroit d’où l’on vient, ni l’endroit où l’on va. »

Syl­vain Tes­son
Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018

Si l’on recherche les causes nombreuses…

« Si l’on recherche les causes nom­breuses de cette misère ain­si géné­ra­li­sée et per­pé­tuée, on est for­cé de recon­naître que la pre­mière et la plus active de toutes se trouve dans le prin­cipe d’une pro­duc­tion presque sans bornes, et d’une concur­rence éga­le­ment illi­mi­tée, qui impose aux entre­pre­neurs d’industrie l’obligation tou­jours crois­sante d’abaisser le prix de la main‑d’œuvre, et aux ouvriers la néces­si­té de se livrer, eux, leurs femmes et leurs enfants, à un tra­vail dont l’excès ne suf­fit pas tou­jours à la plus ché­tive sub­sis­tance. »

Alban de Vil­le­neuve-Bar­ge­mont
Dis­cours à l’Assemblée natio­nale contre le tra­vail des enfants, 22 décembre 1840

Et si nos malheurs venaient…

« Et si nos mal­heurs venaient de ce que nous vivons à trop grande échelle ? La terre se glo­ba­lise, les fron­tières se dis­solvent, les mar­chan­dises cir­culent. J’ai la subite envie de m’in­ven­ter une vie au 125000. C’é­tait le rêve des anar­chistes, des com­mu­nards et des Grecs qui lisaient Xéno­phon : réduire l’es­pace de notre agi­ta­tion, se replier dans un domaine, ne vou­loir atteindre que ce qui est acces­sible. Accueillir des pen­sées uni­ver­selles en culti­vant un lopin. Ne côtoyer que les gens que l’on peut aller visi­ter à pied. Ne man­ger que les pro­duits de sa propre région, en bref, vivre sur les che­mins noirs, ces sentes secrètes qui strient les feuilles de l’I­GN, échap­pant au contrôle de l’É­tat. Il est urgent de chan­ger d’é­chelle. »

Syl­vain Tes­son
Une très légère oscil­la­tion, jour­nal 2014 – 2017, Édi­tions des Équa­teurs, 2017, p. 60

Saint-Exupéry disait qu’il faut des barrières aux routes…

« Saint-Exu­pé­ry disait qu’il faut des bar­rières aux routes ; il faut aus­si des bords aux pis­cines et des bandes aux billards. Cer­taines limi­ta­tions sont les condi­tions sine qua non de l’exis­tence de ce qu’elles limitent. Si je refu­sais d’être tout ce que d’autres peuvent être avec moi, je ne serais plus rien. L’in­di­vi­dua­lisme pur, à la roman­tique, est un leurre dont le propre est de séduire ceux dont l’âge men­tal est celui des ado­les­cents. »

Vla­di­mir Vol­koff
Le com­plexe de Pro­custe, édi­tions Jul­liard – L’Âge d’Homme, 1981

L’homme supérieur, l’homme d’élite, est caractérisé…

« L’homme supé­rieur, l’homme d’élite, est carac­té­ri­sé par l’intime néces­si­té d’en appe­ler de lui-même à une règle qui lui est exté­rieure, qui lui est supé­rieure, et au ser­vice de laquelle il s’enrôle libre­ment. On se sou­vien­dra que, au début de cet essai, nous dis­tin­guions l’homme d’élite de l’homme médiocre en affir­mant que le pre­mier exige beau­coup plus de lui-même, tan­dis que le second, au contraire, tou­jours satis­fait de lui, se contente d’être ce qu’il est. La noblesse se défi­nit par l’exigence, par les obli­ga­tions, et non par les droits. Noblesse oblige. « Vivre à son gré est plé­béien ; le noble aspire à l’ordre et à la loi » (Goethe). Les pri­vi­lèges de la noblesse ne sont pas, à l’origine tout au moins, des conces­sions ou des faveurs, mais des conquêtes. Et, en prin­cipe, leur main­tien sup­pose que le pri­vi­lé­gié devait être capable de les recon­qué­rir à tout ins­tant, si cela était néces­saire, ou si quel­qu’un les lui dis­pu­tait. Les droits pri­vés, ou pri­vi­lèges, ne sont donc pas une pos­ses­sion pas­sive ou une simple jouis­sance, mais au contraire ils repré­sentent les limites où se haussent les efforts des indi­vi­dus. En revanche, les droits com­muns comme ceux de « l’homme et du citoyen » sont une pro­prié­té pas­sive, pur usu­fruit et béné­fice, don géné­reux du des­tin, auquel tout homme peut par­ti­ci­per et qui ne cor­res­pond à aucun effort, à moins que ce ne soit l’effort de res­pi­rer et de demeu­rer sain d’esprit. Les droits imper­son­nels, on les a, mais les droits per­son­nels, il faut les sou­te­nir. »

José Orte­ga y Gas­set
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

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